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'Le temps', l'ennemi principal de Mahmoud Darwich


Rabat : "J'irai consoler les monts de Galilée, après ta mort", avait promis l'écrivain palestinien feu Edward Said à son ami et compatriote le poète Mahmoud Darwich, décédé samedi dans un hôpital à Houston, aux Etats-Unis.



'Le temps', l'ennemi principal de Mahmoud Darwich
L'annonce de la mort de Darwich est une blessure, une tristesse et une victoire en même temps : " ô Mort, tous les arts t'ont vaincue", déclamait-il.

Darwich ne craignait pas la mort, elle était pour lui comme un être familier avec lequel il échangeait et discutait, mais son ennemi juré était le temps : "Nous en voulons à la mort, mais nous ne questionnons jamais son maître, Notre ennemi principal, c'est le temps", disait-il.

De ce temps, en tout cas, il en a fait quelque chose et en est sorti vainqueur, après tout ! car Darwich était convaincu que "la vie définie par son contraire, la mort, n'est pas une vie".

"Ce qui est difficile, estimait-il, c'est la lutte avec la mort, pas la pensée de la mort" que le poète a connu de près, en 1988, après avoir été opéré une première fois d'un infarctus. Darwich était alors persuadé qu'il était en prison, torturé.

Une autre hallucination qu'il a eue : il a vu le poète français René Char poser des pièges à des oiseaux. Ses compagnons de route et son entourage pensaient qu'il était devenu fou.

Il décide, un an après s'en être sorti, d'écrire un poème qui restitue une partie du délire et qu'il a intitulé "Murale" : "Ce livre résume mon euvre.

On peut commencer par lui, et finir par lui", insistait Darwich.

Mais si dans ce recueil le poète déclame la mort, c'est pour mieux glorifier la vie. Il y mobilise et emprunte tous les chemins poétiques, en allant du lyrisme jusqu'au post-modernisme, en traversant l'épique et tous les modes du classicisme, pour invoquer sous toutes les possibilités cette dimension particulière de la vie qu'est la mort.

Natif d'un village de Galilée, Birwa, et maintes fois exilé, ce poète-militant aux mots lancés comme des pierres ("Inscris : Je suis arabe !") et adulé des foules d'Orient et de partout qui se disputaient à chacune de ses apparitions en public, avait fini par laisser de côté le combat politique.

Sa poésie, marquée foncièrement par la blessure, l'occupation des terres palestiniennes et l'injustice que subit son peuple, parle désormais également sans détour des petits plaisirs de la vie de tous les jours, de l'odeur arômée du café, des fleurs, des femmes musulmanes, chrétiennes et juives que Mahmoud Darwich avait adorés.

Ainsi, dans ses derniers écrits, le poète Darwich refusait "la victimisation" et l'héroïsme du Palestinien. Il voulait que le peuple palestinien puisse mener une vie normale et souhaitait qu'il soit lu "comme un poète et non pas comme une cause".

Il disait à qui voulait bien le comprendre : "Je n'aime pas les hauteurs.
C'est pourquoi, je préfère la poésie lyrique à l'épique. Je n'aime pas le vol des gerfauts. Je préfère les volatiles qui volent bas, comme la colombe".

Si la terre devait un jour se changer en gouffre, le poème reste l'un des présents de la consolation, s'en réjouissait-il.

"Crie pour t'entendre et crie pour savoir que tu es encore vivant et vivant, que la vie sur cette terre est encore possible. Invente un espoir pour les mots. Crée un point cardinal ou un mirage qui provoque l'espérance et chante, car le beau est liberté ", en ces termes pleins d'espérance que Darwich s'adressait dans un hommage saisissant à son alter ego Edward Said qui a résisté tout comme lui contre toutes les formes d'injustice.

MAP
Mardi 12 Août 2008





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