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20 ans après la chute du mur de Berlin : entre bilan et célébrations


Sarra Grira le 9 Novembre 2009

eMarrakech (Paris) : Voilà une semaine que les médias européens –et plus particulièrement français- font le mur. Le point culminant de cette commémoration était évidemment aujourd’hui, lundi 9 novembre 2009, qui marque jour pour jour la chute du Mur de Berlin. Célébration, cours d’histoire, témoignages. Berlin est à nouveau sous le feu des projecteurs.


20 ans après la chute du mur de Berlin : entre bilan et célébrations
Il faut dire que, d’un côté comme de l’autre, c’était le cumul des symboles. Du côté allemand, ce 9 novembre correspond aussi à « La nuit de cristal ». Côté français, on instaura intentionnellement ce jour comme celui de la célébration de l’amitié franco-allemande. Une photo illustrant cette initiative restera dans les annales de l’Histoire : celle qui réunissait François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main.

De fait, côté français comme outre-Rhin, les commémorations se sont multipliées. « Il est 9 heures à Berlin » entendait-on aujourd’hui sur Radio France, qui a installé ses studios dans la capitale allemande, dans une diffusion unique pour toutes ses chaînes. Là-bas, une cérémonie officielle réunissant Gordon Brown, Dimitri Medvedev, Hillary Clinton et Nicolas Sarkozy faisait vive ou revivre l’événement au public. « Vingt ans depuis la chute du mur. Pour les jeunes, c’est de l’histoire. Pour nous c’est de la mémoire », entendait-on dire par les aînés. Les souvenirs alors affluent : cette impression de vivre l’Histoire en direct, les retrouvailles de familles déchirées pendant 28 ans…

Mais comme dans toute fête il y a un rabat-joie, certaines voix se sont aussi élevées pour faire part de leur réserve. Ainsi en est-il d’Hubert Védrine, porte-parole de l’Elysée à l’époque qui a plus tard tenu les fonctions de Ministre des Affaires Etrangères. L’ancien ministre s’interroge aujourd’hui dans un quotidien français sur ce qu’on célèbre au juste : « […] qu’est-ce que les dirigeants actuels veulent célébrer avec ce sommet ? Le triomphe romain de l’Occident ? ». En effet, si depuis vingt ans la capitale allemande n’a pas connu l’essor économique et démographique qu’on lui avait prédit, la chute du Mur semble surtout être la porte ouverte à une uniformisation idéologique du monde, laissant la voie libre au Capitalisme dans sa victoire ultime sur un Communisme agonisant. Quant à Obama qui a brillé par son absence, Védrine juge, non sans une certaine ironie, qu’il avait mieux à faire : que lui importe en effet cet événement dit majeur dans la construction d’une Europe qui n’a qu’une présence fantoche sur la scène internationale ?

Nous étions alors tentés de nous demander ce qu’il en était du Monde Arabe dans ce chamboulement historique. Il faut dire que la chute du Mur fut l’annonce majeure de l’événement historique par excellence de l’après-guerre, à savoir la fin de l’URSS, déjà en perte de vitesse depuis quelques temps. Certains pays arabes se sont alors trouvés en porte-à-faux, d’autres ont surtout perdu un allié de taille dans leur lutte « anti-impérialiste » ou la guerre contre Israël. Dès lors, la nature n’aimant pas le vide, ce fut la porte ouverte à l’avènement d’une nouvelle forme d’anti-américanisme qui connut son essor depuis : la lutte dite « islamique ».

Mais alors que Paris ou Berlin célèbrent l’événement en grande pompe, l’Occident continue à fermer les yeux sur les nouveaux murs qui ont été érigés depuis : le mur –illégal, soit dit en passant- séparant officiellement Israël des territoires palestiniens, celui entre les Etats-Unis et le Mexique ou encore les murs que comptent faire construire les puissances européennes autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc, et j’en passe. Les motifs invoqués sont toujours les mêmes : sécurité nationale, lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue, l’immigration, etc. Il ne faut pas craindre de faire fausse note dans cette euphorie générale quand on veut évoquer aujourd’hui ces vérités qui dérangent. Non, le monde après la chute du Mur de Berlin ne se porte pas comme un charme.

A signaler qu’une brèche a été ouverte, vendredi dernier, dans le mur qui sépare la Cisjordanie d’Israël. Des activistes palestiniens ont en effet abattu un pan de béton de 6 mètres de hauteur, dans la région de Ramallah. Le village de Nilin près duquel passait le mur était complètement asphyxié par la construction. Un mur bien présent celui-là et dont les proportions (730 km jusque-là) dépassent de loin ceux du Mur de Berlin.

Les Allemands, réunifiés –du moins géographiquement- après cette longue épreuve n’ont pas à bouder leur plaisir. Aux autres peuples d’espérer entamer les brèches qui sonneront à leur tour le glas des murs du 21e siècle.


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