Abderrazzak Benchaâbane, chantre de l’art de vivre marocain


Propos recueillis par Valérie Tazi le 30 Avril 2010


Abderrazzak Benchaâbane, ethnobotaniste, photographe, parfumeur, restaurateur du Jardin Majorelle, fondateur du Festival Jardin’art et du magazine «Jardins du Maroc, Jardins du monde», oeuvre sans relâche pour le rayonnement de Marrakech – sa ville natale – et la mise en valeur des richesses de notre pays. Infatigable, il vient de faire un pas de plus dans cet engagement en fondant le musée de l’art de vivre de Marrakech dans un riad entièrement rénové de la médina. Il nous en explique le pourquoi et le comment .


Abderrazzak Benchaâbane
Abderrazzak Benchaâbane
D’où vous est venue l’idée de fonder un musée de l’Art de vivre à Marrakech

Tout voyageur garde de ses vacances des souvenirs de paysages traversés, de monuments visités, de rencontres enrichissantes et de moments vécus. Parmi tous ces souvenirs, c’est la découverte d’un nouvel art de vivre, d’une civilisation qui est la plus marquante. L’architecture, la gastronomie, l’art de l’habillement, les us et coutumes habitent durablement les souvenirs.

L’art de vivre est vivant, il ne peut faire l’objet d’un musée où les collections semblent, en général, appartenir au passé. Mais la rencontre entre le voyageur et l’art de vivre d’un pays est nécessaire, voire même indispensable pour que le visiteur, au-delà de l’histoire et du patrimoine bâti d’une civilisation, découvre ses autres dimensions et valeurs, celles de son art de vivre.

J’ai remarqué à maintes reprises une intense curiosité chez les touristes qui se baladent dans les ruelles de la Médina de Marrakech. Dès qu’une porte de maison ou de riad est entrouverte, ils veulent voir l’intérieur. Il s’agit souvent d’habitations privées ou de riads transformés en maisons d’hôtes, donc fermés au public. Dès que j’ai pu faire l’acquisition d’un vieux riad du 19è siècle, il y a dix ans de cela, j’ai pensé y installer un musée. L’idée d’un musée de l’art de vivre s’est très vite imposée. En 2006, je l’ai restauré dans les règles de l’art avec les artisans de Marrakech. Cette maison qui appartenait au poète marrakchi du Malhoun Ben Omar a toujours été généreuse avec les artistes et les voyageurs. A mes yeux, le Riad devait conserver cette générosité et cette ouverture sur l’autre. C’est le lieu idéal pour abriter un musée de l’Art de Vivre marocain. D’ailleurs, par sa seule architecture, la décoration de ses plafonds et ses riches boiseries, le lieu suffisait déjà à lui tout seul à représenter un certain art de vivre marocain.

Quelle est la mission de ce musée ?

Il pourrait être un véritable médiateur pour la culture marocaine vivante. A travers un tel lieu dédié à la culture, le visiteur découvre, toute en respectant l’intimité d’un peuple, son art de vivre.

Désormais ce Riad du 19ème siècle abrite le musée de l’art de vivre à Marrakech
Désormais ce Riad du 19ème siècle abrite le musée de l’art de vivre à Marrakech

Musée de l’Art de Vivre à Marrakech.

Quels types d’expositions allez-vous y organiser ?

La présentation de collections permanentes d’objets d’art que je me plais à collectionner depuis de longues années et des expositions temporaires dédiées à l’art de vivre au Maroc. Ce Musée tentera de combler une lacune dans l’animation culturelle et touristique et offrira à la ville de Marrakech un espace de culture vivante. L’exposition inaugurale consacrée au caftan va se poursuivre jusqu’au 30 septembre. Suivra une exposition sur l’art du thé au Maroc.

Y-aura-t-il des animations culturelles ?

Outre sa fonction muséale, le musée a un programme culturel destiné aux habitants du quartier et au grand public dans l’objectif de pallier la fracture culturelle que connaît la médina de Marrakech. Il faut briser cette fracture et proposer aux jeunes du quartier des concerts, des rencontres avec des écrivains, des poètes…Cela pourrait même susciter des vocations et faire éclore des talents, jusque-là inexprimés. Le concert de musique arabe instrumentale de la formation Maqam Al Ochaq que nous avons organisé le 16 avril dernier à l’occasion du festival Jardin’Art 2010 a rencontré un vif succès, non seulement auprès des festivaliers mais aussi des habitants du quartier. Ce travail de proximité est important pour l’épanouissement de la jeunesse de la médina qui est loin de toute infrastructure culturelle. Cette programmation est complétée par un programme scientifique sous forme de colloques sur l’art au Maroc. Nous avons aussi une politique éditoriale avec la publication d’ouvrages sur l’art de vivre marocain qui a été inaugurée avec le superbe livre catalogue de l’exposition «Le temps du Caftan». Nous sommes conscients du rôle éducatif que doit jouer un tel musée dans la cité. Aussi nous avons mis au point un programme pédagogique qui invite les professeurs à venir faire des classes de patrimoine au musée.

Comment avez-vous financé la rénovation du riad et comment financerez-vous le fonctionnement du musée ?

Avec mes propres fonds. J’avais un lieu, une collection, de l’imagination et des amis qui m’ont soutenu pour répondre à une forte attente du public et des opérateurs touristiques. Le reste n’est pas si important.

Ne pensez-vous pas que ce genre d’initiative devrait plus souvent émaner des pouvoirs publics ?
Je pense sincèrement qu’il n’y a pas d’opposition entre le public et le privé. Les secteurs public et privé d’un pays sont tous les deux impérativement impliqués dans un projet de société. Ils sont complémentaires. Regardez le secteur de la santé publique par exemple. Le privé y est grandement impliqué et ce, dans l’intérêt de la santé de la population. Le secteur de la culture a besoin de la même synergie et j’espère que le secteur privé, par le biais des entreprises culturelles et des fondations privées, s’engagera davantage dans l’action culturelle au Maroc. Ainsi une nouvelle génération d’ingénieurs culturels viendra enrichir et compléter l’action du département de la culture. Vous savez que certains pays comme les USA par exemple, n’avaient pas de ministère de la Culture alors que des centaines de théâtres, de musées et de sites de qualité fleurissaient partout et assuraient une programmation culturelle de qualité.

Abderrazzak Benchaâbane, chantre de l’art de vivre marocain

Le temps du Caftan

C’est avec une exposition sur le caftan que le musée a été inauguré le 26 mars dernier. Ce vêtement introduit au Maroc au XVIème siècle ne s’est pas figé dans le temps et de jeunes stylistes continuent à le réinventer. Le musée présente donc une collection de caftans et accessoires anciens ainsi que des créations contemporaines de Fadilah Berrada, Kenza Melehi et Frédérique Birkemeyer. Cette exposition est aussi un moyen de rendre hommage à des artisans qui ont su transmettre de génération en génération tout un art de vivre perpétué aujourd’hui par une relève très créative.

2, Derb Chérif, Diour Saboun, Medina de Marrakech.
Tél.: 05 24 37 83 73


Entretien réalisé par Valérie Tazi et publié par Le Soir 2chos dans son édition du Vendredi 23 avril 2010.


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Commentaires

1.Posté par Eiram le 30/04/2010 20:05
C'est bien ce qu'il y a de plus intéressant, l'ouverture sur l'autre et si ce musée de l'art de vivre marocain induit cet intérêt pour l'autre, cet envie de le connaître grâce à des tradions ancestrales tel l'art du thé, cela doit mériter le détour, je note l'adresse, j'imprime dans l'objectif de m'y rendre lors d'un prochain séjour, Inch'Alla !

2.Posté par Eiram le 30/04/2010 20:15
Inch'Allah ! Je corrige...Avec l'aide de Dieu ! Que Dieu m'exauce !...et si ce musée induit cet intérêt pour l'autre, cette envie de le connaître, de le comprendre grâce à des traditions ancestrales ou plus récentes, cela doit mériter le détour !

3.Posté par محمد القنور elkennour mohamed le 16/07/2010 10:15
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زمن القفطان
رسالة حضارة وعناوين للروعة والأناقة



منذ دخوله إلى المغرب في القرن 16، لم يتحجر القفطان كلباس في شكل معين، أو نمط مكلس. بل وعلى العكس من ذلك لم يفتأ يغتني بالمؤثرات الشرقية، التركية والأندلسية وبعض الرسومات الأمازيغية وبقي في كل مرة انعكاسا لعصره ومتطورا حسب مقتضيات تشكله،ودأب فنانون شبابا، رجالا ونساء، على ابتداع القفطان بملامح حديثة وأنيقة، وذلك بإدخال مواد جديدة على هذه الصناعة.

يعتبر القفطان من أكثر أنواع اللباس التقليدي شهرة وذيوعا. يٌقد هذا اللباس الحضري من أفخر الثياب وأجودها حياكة، مثل التافتة، الحرير، الكاشمير والمخمل.... بعد اختيار الثوب يسلم لصانعة تقليدية تسمى الطرازة. هذه الأخيرة تشتغل عليه مقيمة توشيات مثبتة بخيوط من ذهب وفضة وحرير، توشيات تحاكي الطبيعة أو الزخرفة العربية. بعدها، يأتي دور المعلم صاحب القيطان الذي يتولى تزيينه بضفائر ومجادل قبل أن يعمل على تقويته بتبطين من الحرير أو القطن. وغالبا ما يٌعتمد في اختيار لون التبطين على اختيار لون يتكامل مع لون القفطان أو مستعيدا للون من ألوان الطرز أو القيطان المستخدمة في عناصره. وهو ما يضيف إلى هيئته بهاء ورونقا.
وبذلك بقي القفطان شاهدا على أناقة ورقة الحضارات التي شهدت نشأته، سواء تحت سماء بغداد، دمشق، قرطبة، غرناطة،أو مراكش وفاس وسلا. وظل فن اللباس هذا بوتقة تنصهر فيها جميع من الفنون والحرف. ابتداء بالنساجين الذين يصنعون في دكاكينهم الثياب والديباج، حتى الخياطين الذين يتكفلون بقد القفطان وتفصيله على شكل وهيئة تختلفان من منطقة إلى أخرى ومن زمن لآخر. فبعد تعاقب عمل الطرازة، والقيطوني يأتي دور المعلم الجمّاع الذي يشرع، معززا بمتعلمين ناشئين، في جمع بالأيد لأجزاء القفطان المختلفة ، متوسلين أنواعا مختلفة من القيطان. وفي كل مرحلة تتنافس أنامل محنكة وأياد ماهرة في إعطاء ثياب بسيطة روحا وشاعرية. كل قفطان بعد ذلك يخلد في سداه هذا التاريخ المجيد الذي بثه فيه هذا الصانع. بهذا ينسج القفطان في ثناياه ويعكس فنا كاملا للحياة. فلكل مرحلة من مراحل العمر، كما هو الحال بالنسبة لكل طقس من طقوس الحياة (ميلاد، ختان، خطبة أو زفاف...) يجترح الفنان الصانع قفطانا معينا، بأسلوب معين.
والحقيقة أن هذه الأهمية الجمالية وهذا الإشعاع الحضاري لمنزلة القفطان داخل الثقافة المغربية، هو ما وعاه متحف فن العيش بمراكش. لذلك اختار، بمناسبة عرضه الافتتاحي، أن يكرم نساء ورجالا لطالما تناقلوا، عبر قرون، فنون توشيح الإنسان، باللون والطيف والتنوع امرأة كان أو رجلا أو طفلا. حيث يزدان القفطان به في كل مراحل العمر ومن طرف الزوجين معا الذكر والأنثى.
وفي بلاغ توصلت "أصداء مراكش" بنسخة منه ذكر خلاله إدارة متحف فن العيش بمراكش تسعى من خلال التظاهرة أن المساهمة في التعريف الجيد بتاريخ هذا اللباس وتنوعه،وعبر بعمق الحضارة المغربية وأطيافها المتعددة ثقافيا وجماليا، والاحتفاء بالصناع الذين تناقلوا، جيلا بعد جيل،رسالة القفطان التليدة كفن راقي من فنون العيش ، فنا يجتهد اليوم فنانون شباب، بطرق حديثة، في تخليده،وتنويعه وإدخاله عالم الخياطة الراقية كإيقونة تحتفي بها أشهر دور الموضة وعرض الأزياء في العالم .
هذا، ومن موقعي كإعلامي ومهتم بقضايا التنمية والسياحة الثقافية ونظرية الفنون لايسعني إلا أن أحي الأستاذ عبد الرزاق بنشعبان على بادرته في الإضافة النوعية التي قدمها للسياحة الثقافية بمراكش، وتحويله أحد الدور العتيقة والجميلة بحي ديور الصابون في مراكش إلى متحف وجهة مأمولة للفنانين والمبدعين والباحثين والزوار مغاربة وأجانب يتوحدون في ظله مع الثقافة المغربية المتواصلة والمتسامحة والمتعددة شكلا ومضمونا







http://barakapresse.com/

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