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Aimé Césaire, chantre de la négritude et « prototype de la dignité »4 ans après sa disparition, une pensée s’imposeSamira BENDRIS le 12 Mai 2011
Aimé Césaire, « l’homme révolté » a quitté ce monde le 17 avril 2008, à l’âge de 94 ans, en gravant son nom avec des lettres, des verbes et des vers faits de beauté, de sensibilité et de courage et de dignité.
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Il a eu un parcours riche, tumultueux et souvent semé d’embuches, même si aujourd’hui on tente de « camoufler « cette vérité en rendant un hommage qui frise parfois le ridicule, tellement ses instigateurs sont faux. Né le 26 juin 1913 en Martinique, Aimé Fernand David Césaire a été artiste, député, écrivain, homme d’état, homme politique, maire et poète. Co-fondateur du concept de la « négritude » avec Léopold Sedar Senghor et Léon Gontrand Damas, Ce « Nègre fondamental » comme on aimait à l’appeler a très vite compris qu’il fallait « rendre à l’Homme noire sa fierté » et a donc consacré toute sa vie à « combattre pour la dignité de l’Homme noir et de tous les peuples opprimés en général. » C’est un grand homme. Un symbole de courage, de maturité et de sensibilité que tout le monde aimait, respectait et parfois même vénérait.
L’annonce de sa disparition avait ébranlé le monde et suscité une vive émotion chez tous ceux qui l’ont connu, approché, ou juste entendu parler de ses actions ou lu ses écrits. Au lendemain de sa mort, de nombreux hommages lui avaient été rendus. Le président sénégalais Abdoulaye Wade, déclarait avec émotion : « cet homme a consacré sa vie à la lutte pour le peuple noir, à la lutte pour l’indépendance de l’Afrique, pour la promotion des valeurs de la négritude ». Le président malien avait dit « Aimé Césaire n’est plus, mais la flamme qu’il a allumée lui survivra, entretenue par plusieurs générations de citoyens du monde qui se reconnaissent en son combat ». Abdou Diouf, le secrétaire général de la francophonie a salué pour sa part « la mémoire d’un homme qui a consacré sa vie aux multiples combats menés sur tous les champs de bataille où se jouait le destin culturel et politique de ses frères de race, un combat noble car exempt de cette haine qu’il avait en horreur ». -. Jaques Chevrier, président de l’association des écrivains de langue française, quant à lui, lui avait rendu un vibrant hommage, lors de sa visite au Cameroun, un hommage au « maitre de la pensée » dont les œuvres laissées à la postérité, sont d’une grande richesse et dénote d’un courage incommensurable. Le père de « Cahier du retour au pays natal » (1943) ; « Les armes miraculeuses » (1946) ; Discours sur le colonialisme » (1950) ; « La Tragédie du Roi Christophe » (1963) ; «Une saison au Congo » (1965) ; « Moi, laminaire » (1982) et d’autres écrits, a été durant toute sa vie, un fervent défenseur de la dignité humaine, criant sa révolte contre le colonialisme. Comme exemple de ces phrases frappantes et lourdes de sens, qui resteront gravés à jamais en lettre d’or, nous citerons ces mots tirés de son ouvrage « Discours sur le colonialisme », réédité en Algérie par les Editions Anep : « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a eu au Viêtnam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent ». Le président français Nicholas Sarkozy avait à cette époque, salué dans un communiqué officiel, le « symbole d’espoir pour tous les peuples opprimés » - en oubliant peut être que Césaire était l’un des Hommes noirs qui sont rentrés dans l’Histoire ! Ne lui en déplaise. Et cette année encore, ce même président français récidive dans sa volonté de montrer cette pseudo tolérance et ouverture à l’Autre, en oubliant qu’il parle aujourd’hui alors qu’il est le principal édificateur et le grand précepteur des concepts « diviseurs » tels que « identité », « laïcité », « communauté », « divergence » qui ne font qu’approfondir le gouffre qu’il a creusé au sein de sa « Communauté ». Prétendant encore une fois rendre hommage à l’homme noir et différent qu’était Aimé Césaire, il inscrit son nom au Panthéon en y installant une plaque le représentant comme « poète, dramaturge et homme politique martiniquais » qui « fait honneur à la France » et ajoutant solennellement « Je trouve que cette plaque est un très beau signal de la diversité"… Au regard de ce qui se passe aujourd’hui dans le monde entier et dans les pays arabes en particulier, nous ne pouvons nous empêcher d’avoir une pensée pour ce grand homme en nous demandant ce qu’il aurait pu penser et dire de tout ce qui s’y passe… Aimé Césaire, en conscience universelle qu’il était, ne s’est pas contenté d’être un simple homme noir qui revendiquait la dignité de sa race. Il a été aussi et surtout, comme l’a si bien dit son ami André Breton, « tout l’homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases, et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité ». ________________________Dans la même rubrique_________________________
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