Entre ALI TIZILKAD et AARAB ISSIALI qui êtes vous au juste ?
Les deux, mon Colonel ! Plus sérieusement, il y a de cela plus de trois décennies, j'étais amené à cumuler entre mes activités professionnelles de l'époque, en tant qu'enseignant, et mes débuts en traduction et journalisme, j'ai dû prendre un nom de plume, Ali Tizilkad. Pour le choix de ce deuxième nom, j'ai puisé dans ma mémoire et le nom de ce petit bled austère – et inconnu - des hauts plateaux de l'Oriental, où j'ai passé quelques années de ma petite enfance, s'est imposée à moi comme une évidence. Je ne fais pas d'effort particulier pour dissimuler mon nom d'état-civil, mais tous ceux qui me connaissent à travers mes activités littéraires et culturelles, me connaissent davantage sous mon nom de plume.
Que dit «la colline de papier» entre ses lignes? Comment peut-on associer la fiction à l'autobiographie et présenter en fin de compte un récit véridique ?
Le fonctionnement de la langue, dans tout acte de communication, et encore plus lorsqu'il s'agit d'un texte qui se veut littéraire, implique beaucoup d'implicite, de suggestion, de symbolique et de diverses figures de style. L'implicite de la «Colline de Papier» est ce que restitue le lecteur, ce qui lui est révélé sur le fonctionnement même du récit, sur l'aventure humaine, sur les liens sociaux, sur les sentiments, etc.. Ce qui nous conduit dans une dimension abstraite de la «compréhension» et de la lecture d'un texte. C'est peut-être l'une des dimensions les plus fascinantes et les plus magiques de l'écriture ; celle de proposer des potentialités et des virtualités et non pas des vérités vraies ou des certitudes.
Qu'en-est-il du prix grand atlas 2007 ?
J'ai été honoré de recevoir le Prix Grand-Atlas 2007 pour plusieurs raisons. D'abord, c'est mon premier livre. En plus du bon accueil qu'il a eu dans les médias, le Prix a attiré davantage l'attention du publics sur le livre. Ensuite il s'agit quand même du Prix francophone le plus prestigieux dans notre pays. Ma relation à la langue et à la culture françaises, profonde et sereine, me fait dire que ce Prix, s'inscrit dans les relations interculturelles entre la francophonie et notre univers culturel marocain polyphonique et diversifié, il est exemplaire des actions soutenues et constructives en matière d'échange culturel. Enfin, être lauréat de ce prix augmente la pression et l'exigence que j'aurai à la faveur d'autres projets d'écriture et d'édition. Sur ce point de vue là je me suis imposé, même involontairement, un surcroît de stress et d'adrénaline.
Que répondez-vous à ceux qui croient que votre récit profite de l'occasion pour promouvoir les régions de l'oriental ?
Promouvoir c'est un grand mot. Mais mon texte est bien inscrit dans le vécu des régions où se situent les faits relatés dans le récit. Par ailleurs, ce texte se nourrit beaucoup de la mémoire et l'une des fonctions premières de l'écriture, à mon sens est justement de laisser une trace de ce qui fut et qui n'est plus. Je renvoie dans le récit à un mode de vie semi-nomade qui n'existe presque plus aujourd'hui dans la région. Puis, les populations se sont fixées dans un mode de vie sédentaire, suite à la découverte et à la mise en exploitation du gisement houiller de Jérada à la fin des années vingt du siècle dernier. Une mine qui a fermé en l'an 2000. Là aussi, c'est un mode de vie, une organisation sociale et des relations humaines qui ont changé. Mais, durant les sept décennies de l'exploitation de la mine, c'est tout un vécu, avec ses malheurs et ses bonheurs, sa diversité, sa richesse, ses spécificités qu'il s'agit de valoriser, de conserver, réhabiliter, comme autant de devoirs envers notre passé et notre avenir. C'est de notre histoire commune qu'il s'agit.
Vous êtes finalement journaliste, traducteur, et chef de département à la HACA ? comment conciliez-vous entre vos différentes occupations ?
En vivant chaque activité et chaque obligation pleinement comme une source d'enrichissement intellectuel et d'épanouissement. Il y a tellement d'autres choses que j'aimerais faire, mais on est humain et on a nos limites…comme tout le monde.