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"Belvédère", une plongée amère dans l'après-massacre de SrebrenicaMAP le 5 Décembre 2011
Marrakech - Fort de sa présélection aux Oscars 2012 pour représenter la Bosnie-Herzégovine, le long-métrage "Belvédère", signé par le prometteur réalisateur Ahmed Imamovic, est bien parti pour figurer dans la dernière short-list pour l'un des prix du festival international du Film de Marrakech (FIFM).
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Il s'appuie pour cela sur trois atouts remarquables : une histoire vraie, une trame bien ficelée malgré des séquences assez monotones et une performance époustouflante de l'actrice principale, Sadzida Setic.
Projeté dimanche dans le cadre de la compétition officielle du FIFM, "Belvédère" replonge dans l'atroce génocide de Srebrenica en Juillet 1995 et tente, plus précisément, d'imaginer une vie après le massacre. En 90 minutes de souffle coupé et de paysages lugubres, tantôt en noir et blanc tantôt en couleurs, la trame se tisse autour de Ruvejda, une femme qui a perdu son fils et son mari dans le massacre et qui continue, malgré tout, de "survivre", en emportant avec elle l'histoire de ses douloureux souvenirs, mais surtout d'un quotidien fait de peine et de superficiel. Le teint livide, les yeux perdus dans l'exiguïté des espoirs de retrouver les restes de l'enfant et du mari, le corps travaillé par 15 longues années d'interminable attente, Rudjeva laisse tomber son métier d'enseignante pour se consacrer à la médication d'un voisin handicapé et courir derrière cette lueur d'espoir de faire correctement son deuil. Premier film à aborder directement le nettoyage ethnique de Srebrenica, "Belvédère" est la pénible histoire de tous ces survivants du génocide qui traînent derrière eux un véritable drame humain, social et psychologique où seule la quête acharnée de la vérité les garde en vie. Sur les traces de cette quête, la caméra s'arrête sur des scènes d'une tristesse indescriptible où des femmes, âgées et moins âgées, attendent les résultats des fouilles dans les tombes communes pour pouvoir remporter des restes d'un père, d'un mari, d'un enfant ou d'un proche. Une épreuve traduite par des visages envahis par des rides précoces qui donnent toute la mesure de leur profonde peine. Mais leur vie, aussi pénible soit-elle, doit continuer. C'est là où le réalisateur, qui est d'ailleurs à son second film, réussit à introduire tout en douceur l'autre facette d'une société en transition, sous l'emprise des émissions de télé-réalité et de la superficialité qu'elles génèrent chez tout individu. C'est l'acteur Adis Omerovic, dans le rôle d'Adnane, l'adolescent qui incarne cette autre facette de l'après Srebrenica. Celle d'une nouvelle génération qui aspire à laisser derrière elle toute cette souffrance quotidienne, tout cet attachement au deuil inachevé, pour courir derrière ses rêves. De fil en aiguille, le film vacille entre les deux facettes sans pour autant rompre avec son arrière-plan lugubre du génocide de Srebrenica. La fin résume à elle seule le message du film : Rudjeva part de la maison avec l'intention de donner la mort à celui qui a tué son enfant, son mari et ses proches, pour pouvoir, enfin, faire son deuil. Dans l'autre, Adnane quitte le programme de téléréalité auquel il participe, chez les Serbes, qui ont tué son père. Le rideau tombe alors sur une phrase : "The show must go on". Autrement dit, la vie doit continuer. "Le message que nous voulons véhiculer à travers ce film est que le génocide de Srebrenica ne doit pas se répéter, mais la vie, elle, doit continuer", confie à la MAP, Adis Omerovic. Le film veut refléter deux images contrastées, où la douleur ne peut empêcher la vie de poursuivre son chemin, dit-il. Cô té technique, le film a réussi plus ou moins son passage entre les scènes en noir et blanc de douleur et celles en couleurs sur la gaieté de la vie. Reste, cependant, la monotonie de quelques séquences où le scénario perd en fluidité. Un point qui pourrait être attribué à la complexité des rôles dramatiques. "Jouer des rô les tragiques, c'est comme faire du théâtre antique", estime Adis Omerovic. "Belvédère", qui a déjà été primé au Festival International du film de Karlovy Vary, en République Tchèque, ne manquera pas de propulser la carrière cinématographique de son réalisateur, Ahmed Imamovic, qui a obtenu, en 2001, son diplô me de réalisateur à l'académie du cinéma et des arts dramatiques de l'université de Sarajevo. ________________________Dans la même rubrique_________________________
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