Alors que l’attention du monde entier se porte, une fois de plus, sur le Cachemire, toutes les grandes parties prenantes de la région — Pakistan, Inde, séparatistes cachemiris, extrémistes religieux, et pacifistes tous tant qu’ils sont — nourrissent l’espoir que cet éclairage international de plus en plus intense pourra faciliter la fin d’un conflit qui dure depuis des décennies et qui a fait autour de 80.000 morts et des centaines de milliers de personnes déplacées.
Au contraire de l’idée, largement répandue, d’un Cachemire déchiré par des conflits, en proie à des interventions militaires et à des soulèvements armés, la région jouissait, il y a encore quelques décennies, d’une paix relative — jusqu’au moment où démarra la lutte armée pour la séparation d’avec l’Inde.
Pendant la guerre de 1948, qui a suivi l’indépendance du Pakistan séparé de l’Inde britannique en 1947, le Cachemire avait préservé dans l’ensemble un sentiment d’harmonie communautaire. Certes la région du Jammu avait alors subi le pire épisode de massacre et d’exode de musulmans chassés vers les territoires voisins du Pendjab sous domination pakistanaise. Mais hors du Jammu la vie quotidienne de la plupart des Cachemiris n’en avait pas été affectée.
Le Cachemire comprend trois religions et régions distinctes. La population de la Vallée du Cachemire est musulmane à 98 %. Dans le Jammu, 60 % pour cent des habitants sont hindous, alors que dans le Ladakh 49 % sont bouddhistes. Les Cachemiris ont toujours été fiers de la diversité de leurs cultures, de leurs traditions et de leurs religions ; hindous, chrétiens, bouddhistes et musulmans y vivent ensemble dans l’harmonie communautaire. Même Gandhi, qui félicitait les Cachemiris pour leur naturel pacifique, appelait le Cachemire “un rayon d’espoir dans les ténèbres”.
Si les racines du conflit actuel remontent jusqu’au temps de la partition, les violents combats plus récents ont démarré lorsque des musulmans cachemiris, enhardis par le succès afghan dans leur lutte contre les Soviétiques, ont lancé à la fin des années 80 un mouvement analogue contre l’Inde.
Les 18 années qui ont suivi, faites de révolte armée, a créé des clivages religieux là où, auparavant, il n’y en avait aucun, et obligé 200.000 hindous du Cachemire à s’enfuir de la Vallée. Cependant, le conflit armé a fini par se tasser, grâce à la pression internationale et au recul, dans le sillage du 11 septembre 2001, du soutien populaire aux méthodes violentes.
En 2008 des soulèvements de masse se reproduisirent dans le Cachemire lorsque le gouvernement indien proposa de faire don d’un grand morceau de territoire cachemiri pour la construction d’un temple hindou. Voyant là un projet visant à changer la démographie du Cachemire, avec pour inévitable conséquence de nouvelles implantations hindoues, les musulmans commencèrent à manifester contre l’Inde. Malgré quelques victimes, ces manifestations se sont déroulées, pour l’essentiel, dans le calme.
Le 18 août 2008, un demi million de personnes environ descendaient dans les rues de Srinagar, capitale du Cachemire, et marchaient sur le bureau du Groupe d’observateurs militaires de l’ONU en Inde et au Pakistan (UNMOGIP), installé dans l’établissement de Sonawar à Srinagar. Ils entendaient rappeler au monde que la question du Cachemire est toujours pendante.
Tout en bénéficiant du soutien de certains groupes de la société civile indienne, ces manifestations de masse ont attiré l’attention de la communauté internationale. Les parties prenantes cachemiris, y compris des groupes activistes, ont salué avec enthousiasme l’intérêt international renouvelé pour le règlement du conflit. Même Syed Salahudin, chef du Hizb ul Mujahideen (le Parti Moudjahidin) déclara, au nom du Conseil Unifié du Djihad — qui regroupe plusieurs organisations activistes —, que les déclarations de Barak Obama et de Susan Rice étaient des éléments encourageants pour la poursuite du règlement du conflit.
De plus, Omar Abdullah, chef, récemment élu, du gouvernement du Jammu et Cachemire, contrôlé par l’Inde, a dit, en prêtant serment le 5 janvier, qu’il soutient de tout coeur la normalisation des relations entre Islamabad et New Delhi. Il s’est engagé publiquement a favoriser le règlement de la question du Cachemire.
Ces démonstrations non violentes ont attiré l’attention du monde, le président Obama vient de reconnaître l’existence du conflit, mais les mots seuls ne suffisent pas : les Etats-Unis doivent prendre des initiatives concrètes pour favoriser l’avènement d’une paix durable dans la région.
Un premier pas serait l’envoi d’un émissaire spécial au Cachemire. De fait, le staff de campagne d’Obama annonçait à la fin janvier que le mandat de l’émissaire américain en Asie du Sud, Richard Holbrooke, ne comprenait pas le Cachemire, ce mandat devant revenir à un autre émissaire. Celui-ci aurait pour mission d’inciter l’Inde et le Pakistan à associer des représentants du Cachemire aux consultations et au dialogue entre les deux pays tout au long du processus.
En relançant le processus de paix pakistano-indien et en impliquant les Cachemiris dans le dialogue indo-pakistanais, les Etats-Unis peuvent faire oeuvre utile et contribuer à résoudre ce problème du Cachemire, qui fait, depuis si longtemps, obstacle à l’instauration de la paix dans la région. Ce serait aussi promouvoir des relations saines entre deux états dotés de la puissance nucléaire.