Les musulmans sont partagés quant à la manière de réagir face à des statistiques si accablantes. Certains se surprennent à se sentir soutenus par de tels sondages dont ils pensent qu’ils révèlent une hostilité naturelle envers les musulmans et l’islam. D’autres favorisent la thèse du complot pour expliquer le déroulement des événements et “ne croient pas à ce matraquage”.
Cependant, un autre segment ressent le besoin de retrousser ses manches et de se mettre au travail pour faire évoluer la situation. Heureusement, une génération de jeunes musulmans dynamiques et aux idées claires est apparue au lendemain du 11 septembre; elle oblige la foule qui favorise la thèse du complot à réfléchir de façon critique. Les musulmans ont besoin de faire de l’ordre chez eux et cette nouvelle génération de musulmans est bien disposée à le faire.
Un débat a rapidement surgi dans le monde occidental, dans les rues, les foyers, les mosquées et les universités; un débat au sujet de l’identité de l’islam, de ce qu’implique “être musulman” et de celui qui parle au nom de l’ islam. Ceux qui veulent des réponses trouveront des jeunes musulmans entièrement engagés qui réfléchissent et posent des questions percutantes.
Le discours a (finalement) dépassé le problème de la viande Halal (acceptable au regard de la loi islamique) et de la longueur de la barbe pour s’attaquer aux questions telles que la morale, la responsabilité sociale, l’extrémisme, l’importance de comprendre les buts de la charia (Ies principes censés gouverner tous les aspects de la vie) et déterminer, dans la pratique, comment les musulmans peuvent vivre pleinement en tant que citoyens occidentaux et musulmans, sans pour autant perdre leur identité religieuse. Le débat est éloquent, tout comme le sont la sincérité et la ferveur qui poussent ces jeunes musulmans à aborder des questions aussi cruciales.
Mais, pour commencer, qui sont ces jeunes et d’où viennent-ils? Et bien, grâce à l’ American Society for Muslim Advancement (ASMA), 300 chefs (retenus sur près de 1000 candidats originaires de plus de 75 pays différents) rentrent chez eux après avoir assisté à la conférence mondiale des chefs musulmans de demain (MLT) qui s’est tenue à Doha, au Qatar, du 16 au 19 janvier 2009. Ces 300 chefs musulmans dynamiques sont des hommes et des femmes de toutes nationalités qui embrassent toutes les professions.
Il y a eu des débats, des discussions et des dissensions lorsqu’ils ont abordé les problèmes les plus critiques auxquels font face, aujourd’hui, les communautés musulmanes dans le monde. Ce fut le troisième événement de ce type (New York en 2004 et Copenhague en 2006), et ce fut le plus grand et le plus ambitieux d’entre eux. La conférence s’est achevée par une “lettre ouverte adressée aux dirigeants du monde d’aujourd’hui par les chefs musulmans de demain”. Certains participants avaient pris part aux Débats de Doha organisés par Tim Sebastian.
Vraiment, c’est un événement unique à tout point de vue: les musulmans issus de milieux différents (conservateurs, traditionnels, libéraux, réformistes, modernes, chiites, salafistes et soufistes) se sont engagés non seulement avec la communauté dans son ensemble mais aussi entre eux.
Plutôt que de chercher à s’affaiblir les uns les autres, ces musulmans ont cherché à apprendre les uns des autres et à utiliser leur esprit pour défier l’idéologie pervertie du terrorisme qui prend pour cible les musulmans et les non-musulmans partout dans le monde. Créativité, ouverture et tolérance ont été les maîtres mots de la réunion.
Après avoir assisté et participé à ces conférences, je m’en suis allé, réconforté de savoir que les musulmans n’étaient pas des victimes impuissantes; ils souhaitaient et pouvaient braver leurs semblables ainsi que le statu quo. Les débats ont obligé les personnes présentes à se pencher sérieusement sur ces questions cruciales et les présentations ont souligné les défis que doivent relever les musulmans aux niveaux local et mondial, favorisant ainsi les échanges et les courants d’idées.
Ces événements m’ont permis d’approcher, pour la première fois, un réseau international très dynamique de musulmans activistes sociaux, d’intellectuels, d’artistes et d’érudits qui n’ont pas toujours vu les choses du même oeil mais qui, cependant, sont portés par la même passion et les mêmes préoccupations.
Tandis que le président Barack Obama promet d’apporter le changement auquel nous aspirons tous, ces jeunes musulmans ont entrepris de devenir des agents du changement et ont, en chemin, insufflé l’espoir chez beaucoup de leurs semblables. Ils ont surmonté les difficultés, contesté les mensonges, cherché à concilier les précédents religieux historiques avec l’âge moderne et tenté d’examiner comment vivre en paix avec toutes les différences qui nous enrichissent en tant que famille humaine collective.
Le changement est en cours et il vient de l’intérieur.
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* Aftab A. Malik est un chercheur invité au Centre pour l’étude de l’ethnicité et de la culture à l’Université de Birmingham et éditeur de The State We Are In: Identity, Terror and the Law of Jihad (Bristol: Amal Press, 2006).