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Chicago : un prix récompense un militant pakistanais de l'éducation

par Naazish YarKhan le 2 Décembre 2009



Chicago – Au Pakistan, au-delà des nouvelles d’attentats suicide et d’exode de personnes déplacées, il y a aussi, dans ce pays, des gens qui travaillent à l’émergence d’une génération de jeunes dotés d’une formation qui leur permettra de faire face.

Shehzad Roy, célèbre pop star et président fondateur du Zindagi Trust, qui s’est donné pour mission de rehausser le niveau de l’enseignement au Pakistan, vient de se voir décerner la bourse 2009 Patricia Blunt Koldyke Fellowship on Social Entrepreneurship par le Chicago Council on Global Affairs, organisation qui se consacre à la promotion du dialogue sur les problèmes planétaires.

Le but de M. Roy est de réformer le système d’enseignement public du pays. "L’écart entre riches et pauvres a toujours heurté ma conscience," dit-il. "Quand j’étais enfant j’étais tout excité quand nous allions à l’aéroport accueillir mes cousins, qui vivaient à l’étranger. Mais hélas, le voyage de retour était toujours une corvée, car les cousins ne cessaient de nous demander pourquoi les petits mendiants qui nous sollicitaient aux feus rouges n’étaient pas à l’école.

Au Pakistan, l’école privée accueille les enfants des familles nanties, la masse des enfants pauvres devant se rabattre sur les écoles publiques, dont le niveau est très bas, ou rejoignant directement le marché du travail. Selon Shehzad Roy, "tous les citoyens ont droit à une éducation de qualité ; l’état a le devoir de la garantir à chacun. Il faut un bouleversement de la politique scolaire, des mentalités et du système d’enseignement si nous voulons sauver les générations futures de l’ânonage et de l'illettrisme."

Ce constat a conduit à la fondation du Zindagi Trust en 2002 et au lancement de son projet phare, "On me paie pour apprendre". A l'heure actuelle, quelque 10,5 millions d’enfants pakistanais de moins de 15 ans sont obligés de trouver des petits emplois mal payés pour faire vivre leur famille. Grâce aux bénéfices provenant des concerts du chanteur et à des dons privés, ce programme a pu payer un salaire de 20 roupies (0,15 euros) par jour, chaque jour, à 3.000 enfants pour qu’ils aillent à l’école. Cette somme dérisoire équivaut plus ou moins à ce que ces petits écoliers gagneraient s’ils étaient au travail.

Au bout de quelques années, M. Roy s’est rendu compte que de payer les enfants pour qu'ils apprennent n’est qu’un début. Encore faut-il réformer l’école et les programmes scolaires, mission qui s’est rapidement imposée à l’organisation : militer pour une école publique de qualité, en réformant les programmes et les manuels scolaires, école par école.

Pour y parvenir, M. Roy a d’abord essayé de se faire confier la gestion de l’école publique Fatima Jinnah, de l’académie du Sindh Madrassa, qui compte un effectif de 2.600 écolières. Bien qu’elle fut considérée comme une des meilleures écoles du système public, ses bâtiments étaient sur le point de s’effondrer, des chiens errants traînaient dans les couloirs, l’eau potable était contaminée par l’eau des égouts, l’absentéisme faisait rage parmi les élèves et les enseignantes.

Malgré tout le poids que lui donnait sa renommée de chanteur à la mode, M. Roy s’est heurté à la résistance des autorités, on lui demandait à de revenir un autre jour chaque fois qu’il leur proposait de confier la gestion de l’école au Zindagi Trust.

Le Zindagi Trust a fini par pouvoir "adopter" l’école Fatima Jinnah en mai 2007. La première tâche a consisté à parer au plus pressé, c’est-à-dire "reclasser" les chiens abandonnés qui se promenaient dans l’école pendant les cours. Dans un deuxième temps, il a fallu restaurer les bâtiments de fond en comble, puis réformer l’administration et les programmes.

Fidèle à son principe de former un "être pensant", le programme comporte désormais des matières novelles : épanouissement personnel, matières artistiques, photographie, sports. Les nouveaux manuels, qui ont remplacé ceux qui remontaient à des programmes vieux de soixante ans, sont adaptés aux besoins de l’enfant et l’invitent à réfléchir. Une nouvelle bibliothèque, un atelier de peinture, une salle d’ordinateurs et une salle d’audio-visuel se sont ajoutées aux locaux existants.

"Notre intention est de trouver les meilleures pratiques du monde entier". dit Shehzad Roy. "Le programme Academy for Urban School Leadership (AUSL) mis en place par les Koldyke à Chicago, dans lequel les enseignants reçoivent une formation spéciale pour fonctionner dans les quartiers pauvres et sont assistés dans chaque classe par un auxiliaire d'enseignement nous a paru particulièrement intéressant.

L'école de filles Fatima Jinnah est la première et la seule école publique du Pakistan dont la gestion ait été confiée à un organisme de droit privé. Si les négociations avec le gouvernement réussissent, cet établissement pourrait devenir un modèle pour des milliers d'écoles dans le pays. A en juger d'après les résultats obtenus jusqu'à ce jour, le système aurait tout à y gagner: en une année de gestion du Zindagi Trust, les écolières du Sindh Madrassa issues de milieux défavorisés participaient à des épreuves communes d'expression artistique et d'aviron avec l'élite des écoles de Karachi - et les gagnaient.

"Ces gens ont consacré leur vie entière à l'enseignement. C'est une chance que de pouvoir leur donner cette récompense", a déclaré Michael Koldyke, époux de Pat Koldyke, au nom de qui le prix est décerné. "Les enjeux sont tellement élevés, au Pakistan. Cette époque est importante et dangereuse. Valoriser l'éducation dans ce pays est d'une extrême importance et pour le Pakistan et pour les Etats-Unis."

Shehzad Roy ajoute: "[Ce projet] a permis de révéler tout le potentiel inexploité de nos enfants illettrés et déscolarisés". La guerre permanente contre l'extrémisme à elle seule ne suffira pas à donner naissance à une génération éprise de paix. Une bonne instruction, qui seule peut déboucher sur l'autonomie économique, offrira, nous le souhaitons, une alternative viable à ces jeunes esprits impressionnables.

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* Naazish YarKhan est écrivain, rédactrice, conférencière et présentatrice à la radio publique du Pakistan (NPR). Elle a récemment participé à l'émission Chicago Tonight de PBS et à Speaking of Faith de NPR. Elle blogue sur literatihall.com et Huffington Post. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 20 novembre 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=267...




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