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Cinéma turc : la nouvelle vague aborde des sujets difficilespar Asuman Suner - CGNEWS le 7 Juin 2010
Istanbul – Lorsque Miel, le film du réalisateur turc, Semih Kaplanoglu, a remporté l'Ours d'or du Festival de Berlin en février 2010, les critiques de cinéma internationaux ont porté leur attention sur le cinéma turc.
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Miel est le dernier volet de la trilogie de Semih Kaplanoğlu, qui raconte trois étapes de la vie d'un homme dans un ordre chronologique inversé. Les trois films traitent des questions universelles relatives à l'existence de l'homme, comme le sens de la vie et de la mort, la perte d'un être cher, la foi et la destinée au travers de mythes et rites religieux.
Semih Kaplanoğlu, l'un des réalisateurs en vue de la nouvelle vague du cinéma turc, a indiqué, lors d'une conférence de presse qui a eu lieu après la cérémonie de remise des prix, que sa trilogie cherchait à explorer le côté spirituel de la vie, un aspect souvent mis de côté dans la société laïque turque. Les films en provenance de Turquie n'avaient jamais touché autant de personnes à travers le monde que ces dernières années et cela grâce aux projections réalisées lors des festivals, dans les universités et par des organisations de la société civile. Ces films font la lumière, à la fois en Turquie et ailleurs, sur la vie qu'ont menée les gens ordinaires dans le climat politique agité qui a habité le pays ces dernières années. Après deux décennies de récession dans le secteur cinématographique, le milieu des années 90 a assisté à l'émergence d'une nouvelle vague du cinéma turc, un cinéma en nette rupture avec les précédentes productions cinématographiques turques. La nouvelle vague du cinéma turc comprend deux sous-genres : le nouveau cinéma populaire, essentiellement dominé par des comédies à grand succès, et le cinéma d'art et d'essai dont les films sont salués par la critique et reçoivent des prix prestigieux aux festivals nationaux et internationaux. Le cinéma indépendant d'art et d'essai a prouvé qu'il était immensément populaire auprès du public international et les films de ce type ont été présentés sans réserve en compétition et dans les festivals de cinéma en Europe. Il regroupe deux types de films: les films d'auteurs explorant l'âme humaine, comme Miel de Semih Kaplanoğlu, et les films politiques qui traitent de questions jusque-là peu explorées par le cinéma turc : les périodes de loi martiale (suite aux coups d'Etat militaires des 27 mai 1960, 12 mars 1971 et 12 septembre 1980); les mesures discriminatoires à l'encontre des minorités religieuses et ethniques telles que les personnes d'origine grecque ou arménienne; et le conflit avec les guérilleros séparatistes kurdes dans le sud-est. De tels films contribuent à faire naître un débat public autour de certaines questions taboues. En outre, ce cinéma au genre nouveau a un impact important sur la société, en contribuant à cultiver une nouvelle mémoire collective à travers laquelle la société turque peut commencer à regarder en face les épisodes douloureux de son passé, épisodes qui auparavant étaient passés sous silence. Par exemple, Le bel et triste automne, un des films politiques les plus acclamés de ces dernières années, qui marque les débuts derrière la caméra du jeune réalisateur Özcan Alper. Ce film traite de la violence infligée par l'Etat dans les prisons turques, en montrant des segments de métrage non-traité dans sa séquence d'ouverture pris lors de l'intervention sanglante de la police, en réponse à la grève de la faim menée par les prisonniers politiques en 2000, au cours de laquelle trente prisonniers ont trouvé la mort. Le film rend compte, avec éloquence, du retour dans son village, situé dans la partie orientale de la mer Noire, d'un prisonnier politique de gauche, emprisonné alors qu'il était étudiant à l'université et libéré depuis peu pour cause de maladie mortelle (due à la torture qu'il a subie en prison). Le bel et triste automne est l'un des nombreux films récemment sortis qui montrent le tout nouvel intérêt du cinéma turc pour les Turcs et leur possible acceptation des réalités politiques et sociales auxquelles ils ont été confrontés au cours des dernières décennies. En outre, sans pour autant apporter de solutions précises, ces films rendent compte à l'étranger de la complexité de la société turque et aident les Turcs à accepter ces périodes mouvementées. ### * Asuman Suner (asuner@itu.edu.tr) est maître de conférences au sein du Département des sciences humaines et sociales de l'Université technique d'Istanbul et l'auteur d'un nouvel ouvrage : New Turkish Cinema: Belonging, Identity and Memory ( I.B.Tauris Press). ________________________Dans la même rubrique_________________________
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