Comment exploiter le contenu en ligne : entretien avec un petit éditeur nigérien


CP le 13 Mars 2009


Dans plusieurs pays africains, notamment la Mauritanie et le Ghana, une poignée de journaux ont dû renoncer à leurs éditions imprimées. Il ne leur reste que leur site web en cette période de crise économique.


Boubacar Diallo
Boubacar Diallo
Parallèlement, certains journaux ont découvert une stratégie efficace pour conserver les deux plateformes. L’un d’eux, le petit hebdomadaire nigérien indépendant Libération, sélectionne plusieurs articles qu’il publie en ligne quelques jours après avoir distribué la version papier du journal. Grâce à ce laps de temps entre ce qu’on peut acheter sous forme imprimée et lire gratuitement en ligne, le rédacteur en chef du titre, Boubacar Diallo, dissuade les gens d’abandonner leur abonnement ou de ne pas acheter le journal en kiosques. Dans l’entretien suivant, Diallo aborde ce processus et les problèmes liés au fait de mettre le contenu en ligne, d’atteindre de nouvelles audiences dans la diaspora et de rester rentable.

RAP 21 : Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez mis Libération en ligne ?


Boubacar Diallo : Le site a été créé par Planeteafrique.com, en 2003. Au début, l’informaticien de notre imprimeur convertissait la maquette du journal en PDF qu’il expédiait par mail, au webmaster de Planeteafrique basé à Dakar, au Sénégal. Ce dernier le mettait alors en ligne et permettait aussi à d’autres sites d’utiliser son contenu. Tout cela se faisait de façon informelle, au point que notre équipe éditoriale ne savait pas ce qu’il y avait exactement sur le net. C’était avant tout un accord entre l’informaticien de l’imprimerie de Niamey et le webmaster de Dakar.

RAP 21 : Quelle a été votre réaction en voyant que vos articles étaient mis en ligne ?

Boubacar Diallo : Ce fut un plaisir au départ de constater que nos journaux étaient sur Internet car cela permettait à la diaspora nigérienne d’être informée des événements qui avaient lieu dans le pays. Toutefois, avec le temps, nous nous sommes rendu compte que nous ne recevions plus d’abonnements de l’étranger et que les ventes au Niger chutaient également pour la version imprimée. Les gens ayant accès à Internet à leur bureau imprimaient l’ensemble du journal pour le lire, puis le passaient à d’autres et parfois l’archivaient.

RAP 21 : Quelles mesures avez-vous pris pour lutter contre la baisse des ventes et des abonnements ?

Boubacar Diallo : Constatant que nous risquions de fermer boutique, nous avons demandé à l’informaticien d’envoyer le PDF seulement quelques jours après la mise du produit dans les kiosques. Vu le coût croissant de la fabrication des journaux au Niger et le faible revenu des lecteurs, on ne publie que des hebdomadaires (une cinquantaine). L’Etat est le seul éditeur et distributeur de l’unique quotidien du pays (le Sahel), qui est entièrement subventionné par des fonds publics.


Malgré cette mesure, nous constations que la chute des ventes était toujours importante et que bon nombre d’internautes attendaient le temps qu’il fallait pour continuer à télécharger le contenu du journal. Alors nous avons changé de tactique depuis un trimestre : nous faisons envoyer sur internet 1 ou 2 articles seulement au lieu de l’ensemble du journal


RAP 21: Libération étant un très petit journal nigérien, quelles autres difficultés avez-vous rencontrées en lançant votre site web ?

Boubacar Diallo : Nos difficultés sont nombreuses. La connexion internet est très faible, 115kbits/s au niveau de ma rédaction. Il est donc impossible de publier des images sur le site. Somme toute, je ne sais qu’écrire et poster mes articles. J’ai donc encore beaucoup à apprendre, mais aussi en tant que premier responsable de notre association, il me faut partager cette formation avec le reste de mon équipe. J’ai d’ailleurs quelques projets à ce sujet pour cette année, si je trouve des bailleurs.


RAP 21 : Pensez-vous que votre journal touche principalement la diaspora nigérienne ou la population du pays ? Cela implique-t-il de choisir différents sujets ?

Boubacar Diallo : Ma cible principale reste la diaspora nigérienne, mais aussi, au Niger, la population du pays et les institutions internationales. S’agissant de la diaspora, j’ai rencontré son représentant au Canada en octobre 2008, qui pensait que sa communauté pourrait même payer les téléchargements, pour rentabiliser le site, pourvu que l’on découvre comment le programme fonctionne.


La diaspora a soif d’informations politiques, économiques, concernant notamment les possibilités d’investissements au Niger. Ici, sur place, dans la plupart des cas, c’est surtout la politique qui intéresse les lecteurs.

RAP 21: Pensez-vous pouvoir publier en ligne du contenu original dans le futur, ou continuera-t-il de provenir du journal papier ?

Boubacar Diallo : Dans le contexte actuel, les deux sont valables. Le journal papier est plus facile d’accès pour les populations de mon pays, car l’Internet est encore inaccessible à l’écrasante majorité. Dans le même temps, l’information en ligne est incontournable : c’est la mode, on a l’info en temps réel parce qu’on peut écrire et poster à partir du lieu de l’évènement, à table ou même au lit. C’est vraiment un outil révolutionnaire.

RAP 21 : Espérez-vous équilibrer un jour les coûts de mise en ligne du journal ?

Boubacar Diallo : Il est difficile d’estimer ces coûts pour le moment. Il me faut une bonne organisation avec une connexion Internet à haut débit (pour très bientôt) et surtout trouver des annonceurs qui accepteront de publier leurs annonces.

RAP 21 : Envisagez-vous de créer votre propre site Internet ?


Boubacar Diallo : Je veux absolument créer mon propre site et être complètement autonome. Pour qu’il marche correctement, j’aurai inévitablement besoin d’une formation pour contrôler cet outil révolutionaire et permettre aux rédacteurs en chef qui travaillent avec moi au Niger d’en bénéficier.


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