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De Larache au ciel de Mohamed Sibari


Jamais aucun autre n'a été aussi épris de Larache que le grand poète et écrivain marocain d'expression espagnole Mohamed Sibari. Aucun roman, pas une nouvelle, nul recueil, point de contes où il n'en parle. C'est à croire qu'il est l'historien officiel de Lixus.



Les événements du roman remontent aux années cinquante

De Larache au ciel de Mohamed Sibari
Sibari par-ci, Sibari par-là, toute Larache le connaît. Il est là, le matin, dans son petit restaurant populaire Neptuno près du Marché Espagnol. Les démunis y sont les bienvenus. Sibari donne plus qu'il ne reçoit. On aurait dit le Patron de la ville après Lala Menana. N'a-t-il pas épousé Chérifa, la petite-fille de cette dernière ?

Notre Sibari, me dit le propriétaire d'une agence de voyage. Sidi Sibari, me dit un vendeur de cigarettes en détail. Maître Sibari, me dit un instituteur qui publie dans des journaux. El Gran Sibari, me dit un poète espagnol musulman. Chérif Sibari, me dit le poète Moulay Ali Filali qui le connaît mieux que quiconque. Sibari de Larache ou Larache de Sibari ? Je n'allais pas tarder à le savoir.
- Monsieur Sibari, s'il vous plait ?
- C'est le restaurant d'en bas.
Je descends les marches du Souk et j'aperçois deux personnes assises devant l'entrée d'un petit restaurant.
- Si Sibari, s'il vous plait ?
- C'est lui-même ! Répond un sexagénaire qui buvait un grand verre de thé vert sans menthe.
Un homme d'une simplicité extraordinaire qui me fera don de son dernier roman De Larache al Cielo (De Larache au ciel) qui vient de paraître, avec une dédicace.
C'est le troisième livre dédicacé que je possède. Le passé Simple de Driss Chraïbi et Maqatib (destins) de la poétesse Ilham Ezidi.
Un premier contact incroyable pour l'écrivain débutant que je suis. Je n'ai, en effet, que mon Air Aphone, un recueil de poésie. Sibari, lui, en a une douzaine.

Un quart d'heure après, je vais être le traducteur de son dernier ouvrage De Larache al Cielo, de son recueil de poésie Poemas de Larache (Poèmes de Larache). Et, à ma grande surprise, il accepte même de participer à l'édition de décembre de la revue Poetas Sin Fronteras que je dirige.
À aucun moment la question d'argent n'a été soulevée. Ce n'était, ni pour lui, ni pour moi, une finalité.
Les rencontres avec lui vont se faire quotidiennement. Je lui présente les traductions. On en discute. Il approuve ou bien refuse. Car il connaît aussi très bien le français. Et puis, je ne veux pas émettre un mot ou une phrase sans son approbation, étant moi-même autodidacte en langue espagnole.

Les événements du dernier roman de l'écrivain marocain d'expression espagnole Mohamed Sibari De Larache au ciel remontent aux années cinquante.
C'est en poète et en parfait conteur qu'il rapporte les paroles de Chérif Moulay Ahmed Er-Raissouni, adressées à l'intention de son pire ennemi Sylvestre, au début de ce prenant et attachant ouvrage où presque tout est véridique.

Sidi Heddi et sa confrérie ne seront plus un mystère pour ceux qui en ont entendu parler. L'auteur nous fera toute la lumière sur cette importante confrérie regorgeant de drogués, de fugitifs et d'espions appartenant au service des renseignements espagnol. Nous aurons même droit au témoignage de l'un de ses amis espagnols, combien nombreux, qui ont connu les Haddaoui.

Dar El Baroud, quartier très populaire à Tanger, trouvera l'origine de son appellation à la lecture de l'histoire du Chérif Albaroud qui vint de Soumata, depuis les environs de Larache, au port de Tanger pour prendre le premier bateau espagnol dans l'histoire du pèlerinage au Maroc.

Mohamed Tayibi, le héros du roman, le petit-fils de Mohamed Albaroud, passera une enfance bien difficile après la mort de son grand-père. Tout comme les sans-logis, il connaîtra la vie de la rue, jusqu'à ce qu'une famille espagnole de Ceuta l'adopte, le baptise et lui donne le nom de Jésus Oliva.
Devenu chrétien et Père Blanc, en apparence, il endurera les insultes des siens. S'engageant dans l'armée espagnole, il sera considéré comme espion et passera soixante pénibles jours aux cachots de Bab-Zair.
L'histoire du Maréchal Amezian débutera quand Tayibi fera appel à lui pour s'engager dans l'armée marocaine comme parachutiste.
C'est en 1911 que Amezian fut parrainé par le roi Alfonso XIII pour monter en grade et dépasser, son ami d'armes, le Général Franco.
L'histoire du Sahara marocain et de ses Chorfa Lâaroussi, qui sont les descendants de Moulay Abdessalam Ben Mechich, nous transportera avant et après la glorieuse Marche Verte vers la ville de Lâayoun où l'histoire prendra fin avec le retour de Tayibi à Larache avec sa femme Lâaroussi, sahraouie de pure souche, et son unique fils devenu médecin après ses études à Cuba pour le compte de l'Algérie.
Soixante seize pages de beauté et d'art. Un style coulant et agréable. Point de descriptions de remplissage. Point de fantasia, ni de cartes postales locales pour essayer de plaire. Point de parenthèses pour le simple fait de rallonger. Point de grossisse-ment des moments d'intimité afin de satisfaire Eros.
Un ouvrage qui trace l'histoire d'un Maroc d'avant et d'après le protectorat. Un roman qui trace la vie d'un citoyen d'avant et d'après la misère.
Mohamed Sibari n'est pas nouveau dans le monde de la publication. Il a déjà à son actif douze ouvrages publiés. Des romans, des contes, des histoires et des recueils de poésie. Le tout en espagnol. Les hispanophones le connaissent très bien et ce n'est pas pour rien qu'il a eu la croix d'officier du mérite civil en 2003 par SM Juan Carlos I, roi d'Espagne, et le prestigieux prix littéraire Pablo Neruda en 2004.
Le but de ce premier roman traduit de l'espagnol vers le français c'est de faire partager les plaisirs de la lecture aux lecteurs non hispanophones qui connaissent très bien le grand écrivain et poète Mohamed Sibari sans pour autant pouvoir le lire.
Nous espérons répondre à cette attente avec ce travail de traduction que nous entreprenons pour la première fois.
Aussi comptons-nous sur l'indulgence des lecteurs qui comprendrons bien que nous avons agi avec beaucoup plus de cœur que par une intention purement scientifique en rapport avec la traduction, puisque seul le cœur est artiste.
Il résulte que nous avons la chance de consulter la source, la meilleure référence qui soit, l'auteur lui-même, pour essayer de rester aussi fidèle que possible.

*Ouvrage traduit de l'espagnol vers le français par Abdelouahid Bennani

Abdelouahid Bennani
Dimanche 17 Février 2008




Commentaires articles

Ruse de femme - 28/06/2008

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