Au-delà des aspects humanitaires évidents de ce conflit, pourquoi le Baloutchistan interpelle-t-il la conscience du reste du monde?
Le Baloutchistan, région d’importance stratégique, partage deux frontières avec l’Iran et l’Afghanistan.
S’il devait partir complètement à la dérive, ce conflit entre le peuple baloutche et le gouvernement pakistanais autour des ressources de la province, aggravé par la talibanisation croissante des districts du nord du Pakistan, pourrait plonger le pays dans l’instabilité, puis le chaos.
Un conflit prolongé pourrait aussi déstabiliser les régions avoisinantes, politiquement et économiquement. Le Baloutchistan est riche en gaz, en ressources naturelles et en réserve de minerais rares.
De longs segments des deux gazoducs projetés — l’un reliant l’Iran au Pakistan et à l’Inde, l’autre le Turkménistan à l’Afghanistan, au Pakistan et à l’Inde — traverseraient le Baloutchistan. Les grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Chine, l’Iran et l’Inde lorgnent déjà du côté de cette région, où elles trouveraient un accès accru au gaz naturel, sans parler de l’utilisation du port de Gwada, à l’entrée du Golfe Persique.
Les Baloutches soutiennent depuis longtemps qu’ils ne bénéficient pas d’une part équitable de ces ressources, sous forme de développement et d’emplois. Depuis des décennies, le gouvernement pakistanais réprime les insurrections baloutches récurrentes, au prétexte que les autochtones revendiquent une autonomie injustifiée, voire l’indépendance.
Ces derniers temps, cependant, on a enregistré des développements encourageants. Depuis le cessez-le feu surprise annoncé début septembre par trois organisations activistes baloutche — l’Armée de Libération Baloutche, l’Armée Républicaine Baloutche et le Front Baloutche de Libération —, il n’y a pas eu d’attentats terroristes, ni d’actes de sabotage.
Dans ces conditions, peut-on espérer un retour de la paix dans cet état ?
Le succès ou l’échec dépendront, ici, de la rapidité et de l’efficacité du nouveau gouvernement pakistanais face à l’occasion qui se présente à lui de remettre les choses en ordre. Le temps est venu pour le peuple baloutche de panser les blessures psychologiques et de traiter par le dialogue les griefs politiques. La décision, surprenante, de cesser les hostilités prouve que ces mouvements veulent œuvrer au règlement du conflit par la voie du dialogue sincère et non des armes.
Il est capital que les deux côtés envisagent le conflit comme une situation, non de gagnant-perdant, mais de gagnant-gagnant. Pour que cela se produise, trois conditions fondamentales sont requises : Admission, Acceptation, Adaptabilité — les “trois A” du règlement du conflit, selon les experts en médiation Judith Warner et Thomas Crum
Tant le gouvernement pakistanais que la résistance baloutche doivent admettre l’existence du conflit, plutôt que tenter de l’éviter ou de la nier, et accepter l’implication de chaque partie.
Par Adaptabilité on entend l’ouverture aux idées susceptibles de conduire à des solutions viables. Un engagement et une résolution fermes, accompagnés de la flexibilité nécessaire pour faire des concessions, conditionneront la mise en œuvre de ces solutions. L’espoir est grand, au Pakistan, d’un traité de paix analogue à l’accord de paix d’Aceh, qui, en août 2005, mit fin, en Indonésie, à un conflit long de 29 années.
Par ce pacte, le gouvernement indonésien accepta de céder du pouvoir aux habitants d’Aceh dans tous les domaines de l’espace public, sauf les affaires étrangères, la sécurité nationale et la fiscalité. Au lieu de continuer leur combat pour une indépendance totale, les mouvements d’Aceh ont préféré un règlement consacrant l’autonomie locale.
Un règlement analogue conviendrait à la population du Baloutchistan. La violence ne fera que gêner un consensus entre le peuple baloutche et le pouvoir central. Le gouvernement doit regarder avec sympathie les revendications du Baloutchistan, en se montrant ouvert à une solution politique. La majorité des Pakistanais est portée à accorder aux régions davantage d’autonomie que ne l’autorise la constitution actuelle, de manière à faire prévaloir la paix et à réduire les disparités régionales.
Qui veut peut. Avec la mise en place d’un nouveau gouvernement démocratique, le temps est venu d’institutionnaliser un changement du statut du Baloutchistan, en réformant la constitution pour assurer aux Baloutche leurs droits légitimes, et au gouvernement central le minimum de contrôle qu’il estime nécessaire à l’exercice de sa souveraineté.
Un traité de paix entre Islamabad et le Baloutchistan pourrait même servir de modèle pour les régions de la frontière du Nord-ouest et pour les zones tribales sous administration fédérale à l’intérieur du Pakistan. Mais le plus important est que cela paverait le chemin d’une paix durable dans la région.