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MAP - Safaa Bennour - publié le Jeudi 2 Février à 18:11

De plus en plus tarissable, l’eau s’invite à une nouvelle ère de prise de conscience



Rabat - Universellement citée comme l'une des menaces les plus inquiétantes de notre temps, la raréfaction des ressources en eau dans le globe qui, exacerbée par les effets des changements climatiques, semble désormais profiter de l'émergence d'une nouvelle conscience climatique chez l'humanité, en raison du rôle vital et incontestable que l'or bleu joue dans l'atténuation et l'adaptation à ces changements.



Ce n'est donc pas un hasard que la 22ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP22), qui a eu lieu en novembre dernier à Marrakech, ait connu l'organisation et pour la première fois dans l'histoire des COP, de la Journée d'Action pour l'Eau, qui visait à attirer l'attention sur le secteur de cette denrée vitale en tant que pourvoyeur de solutions pour la mise en œuvre de l'Accord de Paris.

Cette grand-messe planétaire voulue de l'action est venue donc constituer une percée dans le processus de lutte contre l’épuisement de cette ressource qui, de surcroît, a été identifiée comme un élément clé de l'adaptation dans 93% des contributions déterminées prévues au niveau national dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unis sur les changements climatiques (CCNUCC).

En effet, les intervenants à cette journée ont été unanimes à souligner la nécessité de mobiliser tous les acteurs sur le terrain, notamment les autorités locales, les secteurs économiques et la société civile, pour mettre en œuvre une vision commune et globale à même de faire face à l’épuisement rapide de l’eau qui ne cesse de se profiler à l’horizon.

Mais en réalité, agriculteurs, industriels, ou simples ménages sont conscients de l’urgence d’opter pour des comportements sains en faveur de la préservation de cette ressource précieuse, outre la rationalisation de son utilisation.

Au Maroc, l’agriculture est connue pour être le secteur le plus friand de l’eau absorbant plus de 80% des ressources mobilisées. Il y a lieu de citer quelques agriculteurs avertis qui ont recours, particulièrement au système d’irrigation goutte-à-goutte, tout en s’investissant dans des cultures à haute rentabilité et à moindre consommation d’eau, a fait observer le Président de l'Association Eau et Energie pour Tous (ASEET), Kafouni El Houssaine.

Toutefois, plus de 50% des eaux mobilisées dans ce secteur sont perdues dans la nature, à cause du système d’irrigation empirique basé sur l’arrosage de surface et par gravité, a regretté M. Kafouni dans une déclaration à la MAP.

Pour y remédier, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime a élaboré une stratégie pour l’économie d’eau et sa valorisation, particulièrement en matière d’agriculture irriguée.

Elle se base, entre autres, sur l’amélioration du service de l’eau d’irrigation, le renforcement et l’adaptation du système de financement et d’incitation à l’économie d’eau, ainsi que le développement d’un conseil de proximité en matière de conception des systèmes d’irrigation économes d’eau et d’appui à l’amélioration de la productivité, l’objectif ultime étant une gestion conservatoire et durable des ressources en eau limitées.

De son côté, le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI) s’inscrit dans les mesures transverses du Plan Maroc Vert, en visant à atténuer la contrainte hydrique, considérée comme le principal facteur limitant l’amélioration de la productivité agricole.

Pour ce qui est de l’industrie, les ressources consommées en eau par ce secteur sont en moyenne de 1,1 milliard de m3 par an, dont 81% provient de l’eau de mer, 14% des eaux superficielles, 4% de l’eau potable et 1% des eaux souterraines, selon le ministère délégué chargé de l'Eau.

Pire encore, le volume des eaux usées rejetées par ce secteur s’élève à plus de 964 millions de m3/an dont 80 millions de m3/an sont rejetés dans le domaine public hydraulique, tandis qu'une proportion importante de ce volume, soit près de 97% est rejetée par le secteur des industries chimiques et para-chimiques, qui représentent environ 83% du volume de l’eau utilisée.

Ces chiffres, si alarmants, sont malheureusement exacerbés par des comportements de "laisser aller" qui persistent encore dans certains milieux industriels où "il n'existe pas de prise de conscience en matière d’usage rationnel de l’eau", a fait savoir M. Kafouni.

Or, la conception et l’élaboration d’outils en termes d’atténuation de cette pollution industrielle et d’adaptation à cette raréfaction inévitable de l’eau, sont autant d’opportunités précieuses d’investissement qui se présentent aux entreprises.

A cet égard, la dépollution industrielle a bénéficié d’un intérêt particulier dans la politique nationale de protection de l’environnement qui s’est traduit, d’une part, par la mise en place d’un cadre réglementaire adéquat, notamment à travers la promulgation de la loi 10-95 sur l’Eau et la loi 11-03 relative à la protection et la mise en valeur de l’environnement, et d’autre part, par la mise en place de deux instruments incitatifs, à savoir le Fonds de Dépollution Industrielle (FODEP) et le Mécanisme Volontaire de Dépollution Industrielle Hydrique (MVDIH), qui encouragent la mise à niveau environnementale via un appui technique et financier des entreprises industrielles et artisanales.

Par ailleurs, l’épuisement de l’eau trouve largement sa place chez-soi, car, malheureusement, les ménages ne consomment pas uniquement que lorsque le besoin se fait réellement sentir.

Toutefois, les spécialistes s’accordent à dire qu’il existe une panoplie de pistes à même de consommer plus intelligemment de l’eau, à travers tout simplement l’adoption de gestes écolo, qui demeurent largement suffisants pour apaiser sa conscience écologique.

Entre cuisine, hygiène, ménage ou encore jardinage, il est fondamental d’opter pour des règles de bon sens, en prenant le soin de ne pas laisser le robinet couler inutilement jusqu’à l’équipement des douches de systèmes innovants, de micro-gouttelettes par exemple (permettant d’économiser jusqu’à 70 % d’eau), tout en passant par le jardinage "sans eau", en choisissant bien les plantes à cultiver, et en optant pour des espaces de plantation dits "en étage", faisant écouler l’eau de pluie dans les sols.

Ceci dit, l’instauration d’une culture de consommation modérée de l'eau s’avère fondamentale, a relevé M. Kafouni pour qui l’école a un grand rôle à jouer pour sensibiliser les futures générations quant à la prise de conscience de l’économie de ce bien vital et commun.

Il recommande ainsi d’incorporer cette culture dans les manuels scolaires en tant que capital immatériel, afin d’inculquer à l’enfant des valeurs lui permettant d’adopter, dès son jeune âge, des comportements sains vis-à-vis de son environnement, y compris l'eau.

Sur une autre échelle, M. Kafouni a souligné la nécessité de généraliser les Stations d'épuration des eaux usées (STEP), d’encourager davantage les recherches en matière de dessalement de l’eau de mer, d’intensifier la construction des barrages moyens et collinaires, de limiter l’impact de l’envasement, mais aussi et surtout d’être à la chasse des fuites en améliorant les systèmes de détection en la matière.

De l’avis de M. Kafouni, il est fondamental de veiller à la vulgarisation des lois en matière d’eau mais également à leur application, notamment le texte relatif à la police de l'environnement et ses missions qui vont de la sensibilisation jusqu’aux verbalisation et constatation des infractions, en passant par le contrôle et l’inspection.

A la ville ocre, une kyrielle d'actions et d'initiatives en faveur de l'amélioration de la prise en conscience de l'eau avait fait florès, mais au-delà, ce foisonnement se doit de perdurer dans le temps et de s'installer dans les esprits de tout un chacun.

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