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Déontologie et liberté de la presse au Maroc

Mohamed SIHADDOU - Ingénieur en Télédétection - Toulouse/FRA le 6 Février 2006

Mohamed SIHADDOU - L’enjeu primordial aujourd'hui en politique publique au Maroc et qui continuera de l'être demain, c'est la liberté du citoyen et de son développement. Liberté du citoyen et développement humain sont étroitement liés en démocratie.



Déontologie et liberté de la presse au Maroc
La liberté de la presse, le droit d'informer et d'être informé, l'accès libre aux médias sont des conditions fondamentales de la liberté du citoyen et des garanties nécessaires pour le bon fonctionnement de la démocratie. Le rôle de la presse et des médias est capital pour la consolidation de la pratique démocratique à travers des débats et la confrontation des différentes idées et opinions qui composent la société. Une presse indépendante et libre peut servir positivement à l'émancipation du citoyen et au développement du pays. Au lieu d'aller chercher l'information sur son pays dans des médias étrangers souvent hostiles, le citoyen doit faire confiance à sa presse nationale et à ses médias locaux. Le citoyen doit être informé correctement et objectivement pour qu'il puisse adhérer aux projets de la société, participer au développement de son pays et se sentir concerné par les choix stratégiques de ses gouvernants.  

Sans médias libres, il n'y a pas de démocratie véritable; et sans démocratie, il n'y aura jamais de médias indépendants et il n'y aura pas non plus de développement possible. Le pluralisme trouve sa véritable signification en tant que fondement de la démocratie à travers une presse indépendante et des médias libres. Se réclamer de la démocratie, c'est aussi accepter la diffusion des opinions qui déplaisent et des informations qui gênent. Aujourd'hui, ces vérités sont devenues évidentes et acceptées par tout le monde, ou du moins par une majorité de Marocains. 

Depuis que le processus de démocratisation s'est imposé au Maroc comme alternative au régime autoritaire et que le principe de la pluralité des idées s'est imposé à la pensée unique, on évoque sans cesse la déontologie du journalisme, la dérive ou le dérapage dans la liberté de la presse et on assiste à une multiplication de procès pour diffamation. Dans ce contexte politique fortement caractérisé par la revendication des libertés optimales et l'obstination de certains milieux à étouffer ces libertés, deux logiques extrêmes s'affrontent:

D'un coté, celle d'une certaine presse extrêmement minoritaire, qui se sent victime d'une répression légale téléguidée et estime que la liberté de la presse n'est pas encore acquise au Maroc. C'est une presse réputée par ses excès et ses provocations, obsédée par les rumeurs du Palais Royal, au point que la personne du Roi est devenue une obsession pathogène et un fond de commerce juteux pour elle. Les auteurs de cette presse se considèrent champions des révélations et prétendent savoir tout sur ce qui se déroule dans l'enceinte du Palais Royal et dans les rouages de l'Etat. Bref, une presse prétentieuse qui se croit détentrice de tous les secrets et de toutes les vérités. De ce fait, elle se permet tous les excès et s'approprie tous les rôles, les fonctions et les compétences qui existent ainsi que le prestige de s'adresser directement au monarque au nom du peuple !
 
En réalité, cette presse, qui se considère indépendante ou objective et prétend ainsi Å“uvrer pour le bien du Maroc, ne fait que nuire gravement aux exigences conjoncturelles de la transition démocratique. Sa mission principale d'informer et sa vocation d'exprimer le pluralisme sont détournées au profit d'intérêts égoïstes politico-économiques dictés par une pensée marchande et mercantile. Comment accepter la diffusion de fausses informations, l'alimentation sans cesse des rumeurs, la déformation des faits  et la propagation des doutes…et malgré tout, elle se considère crédible…Comment expliquer ou comprendre que cette presse qui ne fait que dans la critique facile de toutes les actions entreprises par l'Etat, l'opposition systématique aux politiques du pays et qui ne dresse régulièrement qu'un tableau noir sur la situation du pays… et estime après tout que la liberté de la presse n'est pas acquise et que la liberté d'expression se rétrécit de plus en plus au Maroc…Comment admettre sa position, souvent en faveur des ennemis de l'intégrité territoriale, et son rôle ambigu comme « avocat du diable Â» contre les intérêts du Maroc… et dire qu'il s'agit d'une presse nationale et destinée aux Marocains…
 
Cette logique désolante, sans cohérence et sans objectivité, ne reflète aucunement la diversité de l'opinion nationale et ne respecte aucune éthique, ni déontologie de la profession. Avec cette attitude controversée, elle ne sert en rien l'intérêt national ni le pluralisme, ni la promotion de la démocratie. Au contraire, elle porte préjudice au processus démocratique et cause des dégâts graves à l'image du pays et à la réputation de ses institutions. Ce n'est pas la liberté de critiquer ou le droit d'informer qui est contesté ici, mais seulement l'excès et la mauvaise foi et la volonté de nuire à tous les coups. La liberté de la presse ne se conçoit pas sans la responsabilité, ni sans le respect de la vie privée des citoyens et des institutions du pays. Une presse libre et indépendante n'est pas synonyme d'une profession sauvage qui se pratique sans déontologie, ni règles.
 
De l'autre coté, une autre logique, elle aussi extrêmement minoritaire, liée au pouvoir politique et administratif hérité de l'ancien concept de l'autorité publique. Les acteurs de cette logique refusent les transformations socio-politiques accélérées que connaît actuellement le pays et utilisent le principe de la diffamation comme moyen de restriction des libertés et tentent de peser sur la presse à travers des procès et des amendes disproportionnées. Ces nostalgiques de l'ancien ordre sont les partisans de la presse « du tout va bien Â» qui diffuse et véhicule un seul message, celui de la pensée unique. 

Évidemment, ces détracteurs de la presse osée et ces régulateurs autoproclamés des libertés qui appartiennent à des milieux franchement opposés à l'ouverture démocratique se sont saisis juridiquement de la déontologie pour en faire le plus souvent un instrument de répression légale ou pour forcer les journalistes à l'autocensure. La multiplication des procès pour diffamation témoigne de cette logique qui cherche à limiter légalement les libertés à travers la justice. 

Le rappel à la déontologie et la menace par des procès pour diffamation sont devenus ainsi une épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus des journalistes. On s'en sert à chaque fois qu'on veut forcer un journaliste gênant ou une presse encombrante à rentrer dans les rangs. C'est là une façon détournée de vider le principe de la déontologie, de la liberté d'expression et du code de la presse de leur contenu. Que la presse soit poursuivie en diffamation est tout à fait normal dans un Etat de droit; encore faut-il que le fonctionnement de la justice soit totalement indépendant. A une déontologie du journalisme, il faut certainement répondre par une déontologie du fonctionnement de la justice et de l'exercice du pouvoir public.
 
Il est vrai que la régulation de la liberté de la presse serait difficile en dehors de l'action de la justice dont le rôle essentiel est de garantir les principes de l'État de droit et les libertés publiques. Seulement, il faut que les peines soient proportionnelles aux délits de la presse et les condamnations à des dommages et intérêts restent raisonnables comme c'est le cas dans beaucoup de pays démocratiques. 

Il est normal et même nécessaire d'exiger du journaliste le respect de la déontologie et les règles du code de la presse. Le respect de la déontologie comme dans tout autre corps de métier en relation directe avec le public est une condition essentielle pour exercer le journalisme avec beaucoup de rigueur et de sérieux. Mais quand la déontologie devient un simple instrument de répression pour limiter la liberté de la presse, le citoyen a le droit et le devoir de la dénoncer, parce que ce sont les libertés démocratiques qui sont menacées et non seulement les libertés de l'exercice d'une profession qui sont en danger. 

La perception que l'on a de la déontologie du journalisme et l'usage que les pouvoirs publics en font sont souvent très vagues. Avec cette ambiguïté, le journaliste a du mal à savoir quand il s'écarte de la déontologie et dans quelles proportions il s'éloigne des principes du code de la presse. Compte tenu de cette ambiguïté, peut-on accorder aux journalistes des circonstances atténuantes ? Dans ce cadre, jusqu'où peut s'exercer la liberté de la presse qui, comme toutes les libertés, est régie par la loi. 

Pour éviter tout risque de régression dans le processus démocratique et de dérapage autoritaire, il est nécessaire de se pencher d'urgence sur l'organisation de cette profession vitale pour la démocratie. L'urgence, c'est de mettre en place un conseil national de la presse au sein duquel les journalistes se chargent de l'organisation de leur profession avec la participation des différentes sensibilités politiques du pays, ce qui permettra à l'avenir d'éviter les dérives, que ce soit de la part des autorités ou de la presse. Par conséquent, il faut promulguer un nouveau code de la presse afin que celle-ci soit cernée de règles claires et d'un cadre juridique précis qui fixe les limites et les prohibitions d'une part, et le droit du citoyen à l'information et à l'expression libre d'autre part. 

La déontologie et la liberté de la presse ne concernent pas seulement les journalistes mais tous les citoyens, et méritent qu'on en fasse une préoccupation commune. Dans la transition démocratique en cours au Maroc, il est nécessaire d'accorder au problème des rapports difficiles entre le pouvoir politique et les journalistes l'attention qu'il mérite, et en faire par conséquent l'objet d'un débat national serein pour permettre à l'opinion publique d'apprécier les arguments des uns et des autres. 

Le problème de la déontologie n'est pas particulier à la presse marocaine et la situation tendue entre la presse dite « indépendante Â» et le pouvoir politique n'est pas spécifique au Maroc. Cependant, il faut avoir le courage intellectuel de reconnaître que le degré de liberté de la presse marocaine est en avance sur celui de beaucoup de pays de même niveau économique et socio-culturel. Le traitement des sujets politiques très sensibles, le ton élevé de l'expression libre et l'opposition franche qui s'exerce à travers la presse écrite sont des indicateurs clairs de cette avance. Sauf que ce progrès dans la liberté de la presse n'est pas encore visible à travers les médias audiovisuels du pays.

Déontologie et liberté de la presse au Maroc


Commentaires

1.Posté par Basimic le 06/02/2006 20:52
M. SiHaddou
Je ne peux pas commenter votre loooooooooong article, car il faut d\'abord
le lire en entier et verifier les faits .Pour cela il faut du temps et beaucoup de temps, autant de temps que celui que vous avez depense` pour l\'ecrire .
Sorry, maybe next time, if I have some time.

2.Posté par Najah le 07/02/2006 00:28
Salam,

Interessante perspective sur les Media. Je crois que, l'éducation de base, la formation professionnelle, et la participation des citoyens, font appel a la realisation d'une Bibliotheque Numerique avec moteur de recherche et security, a mettre en parallele avec le Projet de loi relatif à l'échange électronique des données juridiques.

Wa Allahou Aalam

Majid Najah
Ottawa, On
Canada
http://majidnajah.ifrance.com/





3.Posté par soum le 15/02/2006 14:39
M SiHaddou,
Votre article n'est plus ni moins qu'une continuation de la censure, du baillonement d'une certaine presse et l'abrutissement du peuple par une autre instrumentalisé par l'état et les politiciens.
Vous dites "mettre en place un conseil national de la presse au sein duquel les journalistes se chargent de l'organisation de leur profession avec la participation des différentes sensibilités politiques du pays", Depuis quand est ce que les politiques garantissent la liberté de la presse ???? C'est nouveau, ça vient de sortir, c'est au Maroc!!!
Au fait, il y a les 2 journalistes de "al ayam" qui sont condamnés à de la prison avec surscis et amandes, parce qu'ils ont osé ecrire 2 articles et montrés des photos du harème de palais!!! C'est beau le mot magique "DEONTOLOGIE", que vous utilisez à toute les sauces, ça a servi à les "punir". Arrêtez de prendre les gens pour des mulets ...!

4.Posté par Jamal Berraoui le 17/02/2006 18:39
La presse et la bonne foi

Ma position est constante depuis que le débat s’est installé il y a une bonne dizaine d’années : le journaliste n’est pas au-dessus de la loi. Dès lors la politisation de tous les procès est un subterfuge qui contrairement aux professions de foi qui le fondent, est une entrave à la construction de l’Etat de droit. Les avocats, «spécialisés», qui adoptent toujours la stratégie de la rupture, y compris quand le plaignant est une personne physique ou morale, en appellent simplement à un jugement politique né d’un rapport de forces, la négation même d’un Etat de droit. Ainsi tout le monde sait que la Cour d’appel n’accepte que les éléments produits en première instance, quitter celle-ci c’est refuser de plaider en appel. Cette tactique est en fait un défi lancé à la justice, présupposant des moyens de défense hors des prétoires. C’est cela qui m’est insupportable, parce que cela signifie que l’on veut forcer la main au politique pour amadouer la justice. Quand ce sont les mêmes qui nous rabâchent à longueur de journée leur attachement à l’indépendance de la justice, il y a nécessité d’un vrai débat pour savoir qui est quoi réellement. Cela dit, il faut reconnaître que nous avons deux problèmes essentiels. Le premier concerne les lois en vigueur que les différents protagonistes, ministère en tête, estiment dépassées ou en tous cas en inadéquation avec l’avancée de la construction démocratique. Il y a donc urgence à en adopter d’autres plus en rapport et si possible, acceptées par tout le monde. Sur ce chapitre je resterai ultra-minoritaire parce que je reste attaché aux peines privatives de liberté quand il y a mauvaise foi manifeste. Le second problème est que nous n’avons pas de jurisprudence ni de chambre spécialisée. C’est ce qui explique les différences de jugement nés du fameux pouvoir d’appréciation du juge. Ainsi, pour le même délit, certains ont eu droit à des dommages atteignant 10 fois celle imposée au copain d’en face. Il faut donc veiller à régler les deux problèmes en même temps, c’est-à-dire prévoir dans les nouvelles dispositions des chambres spécialisées avec la possibilité de justice en référé. C’est alors celle-là qui pourra saisir les publications à la demande des plaignants, fussent-ils les pouvoirs publics eux-mêmes. Dans ce contexte, il est évident qu’il faudra préciser la notion de bonne foi, qui est la pierre angulaire de tout échafaudage juridique concernant la presse en démocratie. Elle est l’outil de défense le plus performant sous d’autres cieux. Chez nous, elle n’est pas précisée, et surtout on a l’impression qu’elle n’est pas prise en compte. Prenons l’exemple de «La Mañana». Il est évident qu’il ne s’agit pas ici d’un repaire de révolutionnaires attardés, ni de mercantiles manipulés. Ce qui s’est passé est une erreur grotesque. Que le journal soit traîné en justice relève de l’égalité devant la loi, mais, il devrait largement bénéficier de la notion de bonne foi. L’exemple le plus frappant est celui de «TelQuel» face à Madame Jaïdi. L’information fausse, insidieuse, avait été publiée par plusieurs journaux dont l’hebdomadaire casablancais. Les torts sont réels, chiffrables, puisque la dame dans son activité associative a dû faire face à la réticence de ses donateurs. Mais «TelQuel» a été le seul journal parmi les fautifs à s’excuser dans un éditorial et à reproduire le démenti, bien avant les poursuites par ailleurs. Cela n’efface pas la faute, mais aurait dû atténuer les conséquences. On sait ce qu’il en fut, c’est «TelQuel» qui a écopé de la plus grosse amende. Noureddine Miftah a refusé de plaider devant les médias et accepté la procédure comme régulière. Nous avons échappé au ridicule avec l’acharnement de M. Ktiri pour impliquer les résistants dans ce procès. Le jugement aurait pu tenir compte des excuses des concernés et se limiter à l’amende maximale qui a été prononcée. Cette notion de bonne foi n’est pas une atteinte aux droits des autres, elle sert seulement à faire le distinguo entre le journaliste qui a pris les précautions d’usage mais s’est trompé et celui qui, sciemment, a voulu attenter à l’honneur de quelqu’un. Ce distinguo est énorme, il sépare les honnêtes gens en faute des mercenaires sans scrupules. C’est pour cela qu’elle me paraît fondamentale et qu’il faut la codifier.
http://www.aujourdhui.ma/chroniques-details43873.html

5.Posté par samir de casa le 10/10/2006 10:51

La propagande Islamiste et leur déviance extrémiste sur internet.....

Dans un contexte où la liberté d’expression est bridée dans de nombreux pays musulmans, Internet est un moyen privilégié pour alimenter les controverses sur l’islam

Une simple recension sur le moteur de recherche le plus populaire, Google, avec les termes « islam », « christianisme » et « judaïsme », en français et en anglais, montre la récurrence importante du premier terme : près de 140 millions de pages recensées, contre quelques millions pour les deux autres. Ces sites ne font que comporter les termes en question, ce qui ne signifie pas qu’ils soient consacrés aux religions elles-mêmes.

Toutefois, il ne fait pas de doute, aux yeux des spécialistes, que la présence islamique sur le réseau, notamment dans ses formes extrémistes, est notable. Dans de nombreux pays, la censure et la répression sont telles que, dans la masse des sites en arabe, le nombre de sites islamistes est proportionnellement important.

Créer un site implique de risquer la torture voire la mort, y compris quand on est un modéré. Seuls les fanatiques sont prêts à prendre un tel risque et le caractère apatride d’Internet leur permet d’arriver à leurs fins.

Résultat : l’internaute arabophone de base tombera facilement, même sans le vouloir, sur des sites extrémistes. Ces derniers forment un sous-réseau, renvoyant les uns vers les autres, et leur contenu est adroitement élaboré.



habtivoyage
eldriss
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Najah
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