Je n’avais cependant jamais imaginé que ce simple concept pouvait également permettre d’établir des liens durables entre Américains et gens du Moyen-Orient. Pendant le semestre d’automne 2008 au cours duquel je suivais un cours d’islam et de sciences politiques, j’ai commencé à participer au Soliya Connect Programme, une organisation à but non lucratif qui facilite le dialogue interculturel par le biais des nouvelles technologies.
Je me suis retrouvée associée à une étudiante en anglais appliqué en Jordanie se prénommant Maha. La technologie vidéo avancée, le courrier électronique et le réseau social en ligne Facebook ont permis de cultiver notre relation. Il s’agissait d’une version XXI ème siècle améliorée du mode de communication que j’utilisais avec la correspondante de mon enfance lorsque j’étais au cours élémentaire.
Lors de notre première conversation, Maha et moi-même avons été surprises de découvrir que nous avions beaucoup en commun. Nous partagions des sentiments semblables au sujet de l’école, de l’amour et de nos rêves d’avenir.
Nos similitudes nous ont permis de poser les bases pour un respect et une compréhension mutuels et, plus encore, pour l’amitié.
Les liens que nous avons tissés se sont révélés suffisamment solides pour nous permettre d’aborder rapidement des questions plus sensibles. Maha, originaire de Palestine, était concernée de très près par le conflit israélo-palestinien. L’écouter en parler m’ouvrit les yeux sur le problème.
En parlant avec une personne qui avait été personnellement touchée par le conflit, je devins moi-même concernée par la question. J’en appris plus sur le sujet de la bouche de Maha que je n’en aurais jamais appris en écoutant les nouvelles.
De plus, Maha n’était pas mon unique source d’exposition à la vie au Moyen-Orient. Par le biais de Facebook, elle me présenta quatre de ses amies proches et membres de sa famille. J’avais quatre nouvelles correspondantes! Par les échanges de messages avec elles, j’eus accès à un large éventail d’opinions et d’idées concernant une région souvent étiquetée à tort comme étant l’antithèse de l’Amérique.
Les opinions de mes nouvelles correspondantes n’étaient pas très différentes de celles des gens en Amérique. En fait, elles étaient étonnamment semblables. Par exemple, lorsque je leur ai demandé ce qu’elles estimaient être le plus grand défi auquel Jordan devait faire face, l’une d’elles me répondit : le ‘‘manque de démocratie’’. Et trois d’entre elles considérèrent la pauvreté comme le plus grand problème qu’elle relevaient dans la vie de tous les jours.
Ces deux réponses ne contredisent pas la façon dont les Américains envisagent les problèmes de politique extérieure ou intérieure; au contraire, elles confirment leur manière de voir les choses à travers des subtilités morales complémentaires d’égalité et de justice. Peu d’Américains s’opposeraient à l’amélioration du processus démocratique et à l’éradication de la pauvreté. Il se trouve que les deux cultures, que des spécialistes tels que Samuel Huntington et Bernard Lewis ont souvent décrites comme ‘‘opposées’’, ont en réalité des problèmes similaires et sont toutes deux à la recherche de solutions.
Compte tenu de ce qui ressort des conversations avec mes nouvelles amies du Moyen-Orient, je pense que c’est au niveau individuel qu’il faut commencer à surmonter les divisions idéologiques et culturelles perçues entre les Etats-Unis et le monde arabe. Ma réponse est une méthode très ancienne: les relations épistolaires.
Les dernières technologies ont modernisé cette forme de communication et transformé le rapport des cultures globales en quelque chose de nettement local et personnel.
Développer des relations personnelles à travers les cultures permet d’acquérir un regard d’initié et une remarquable compréhension des conflits compliqués. Par ailleurs, ceux qui prennent part aux échanges interculturels sont susceptibles de se rendre compte du large terrain d’entente qu’il y a avec leurs homologues.
J’ai appris de Maha plus qu’elle ne pourra jamais l’imaginer. Son amitié, sa sagesse et son humour me resteront tout au long de mes études ainsi que dans le vrai monde. J’espère que de la même façon, grâce à moi, elle aura compris la vie et la culture américaines.