Climat mis à part, les convives ont commencé à proférer des critiques aussi irréfléchies qu'ignorantes sur un pays où ils n'avaient jamais vécu. En effet, ils venaient eux-mêmes soit du Moyen-Orient, soit d'Europe.
Une affirmation, parmi tant d'autres, m'a fait sortir de mes gonds: Dubaï serait sans âme. D'autres décèlent un "manque de culture" dans ce pays moderne où les autochtones sont en minorité. Allant encore plus loin, d'autres encore n'hésitaient pas à dire qu'ils ne vivraient pas là-bas pour tout l'or du monde!
Bon, j'essaie de rester calme. Je commence à réfuter leurs affirmations irréfléchies. J'essaie de défendre le pays que je considère désormais comme le mien, non sans reconnaître que chacun a droit à son opinion, dans la mesure où celle-ci est étayée par les faits. A dire vrai, j'ai vraiment envie de leur faire ravaler leurs paroles, surtout pour ce qui est de l'"âme" et de la "culture".
La notion d'âme, leur dis-je, est relative. Chaque endroit dans le monde a une âme. Quant à la façon dont chacun la perçoit plus ou moins intensément, c'est une question personnelle. Pour peu que vous soyez un tant soit peu sensible, vous percevrez une âme en tous lieux de la planète. Et Dubaï, avec sa population si bigarrée, a de l'âme à revendre.
Pour la culture, c'est la même chose (et je ne parle pas d'héritage). Ce minuscule émirat a plus de culture que bien des pays plus anciens que je connais, et je me targue d'avoir beaucoup voyagé!
En fait, c'est ici que vous êtes bombardés de culture, à commencer par les langues, et en finissant par la diversité des pratiques religieuses. Il faut seulement être attentif et perméable. Dubaï est probablement un des rares endroits où, lorsque Noël et le ramadan tombent aux mêmes dates, on peut publiquement fêter les deux sans réserves.
Ici, on respecte les pratiques culturelles de tous les groupes ethniques et religieux, on les encourage même. C'est ici que les étudiants des nombreuses écoles privées du pays chantent allègrement des chansons arabes, anglaises, françaises, indiennes et philippines lors de leurs soirées. C'est ici aussi que des femmes voilées travaillent la main dans la main avec des femmes en minijupe, pour le bien du pays, sans juger ni critiquer l'autre.
Ici, les enfants reçoivent des bonbons et des coups de bâtons à Halloween, mais apprennent aussi à donner de la nourriture, des vêtements, de l'argent et des jouets aux victimes du tsunami. Ici, ils apprennent qu'ils ont une chance de réussir, sans distinction de race, de nationalité, d'origine ethnique ou de religion. Ici, le mérite, le dur travail et l'acharnement sont les seuls facteurs de réussite dans tous les domaines.
Mes amis affirmaient que ce lieu de passage, personne n'en fera jamais sa patrie, si ce ne sont les autochtones. Eh bien, je ne suis pas d'accord. Des quantités d'expatriés reconnaissent qu'ils ne peuvent rêver d'un style de vie aussi "confortable" chez eux et qu'ils n'imaginent pas quitter l'Emirat à moins d'y être absolument obligés.
Ils sont nombreux à vouloir que leurs enfants naissent à Dubaï et à leur enseigner non seulement à respecter la culture et la tradition des gens du crû, mais aussi à rendre à la société qui, selon eux, leur a tant donné. Tolérance, coopération et respect sont les clefs de la réussite dans ce pays. Ceux qui ne possèdent pas ces qualités ne se fondront jamais dans le creuset qu'est Dubaï.
Ça oui, les étés sont torrides, mais ça ne ralentit pas pour autant l'activité des Dubaïtes car ce dont la nature les a privés, ils se le fabriquent tous seuls! Îles artificielles, piste de ski couverte et, bientôt, terrain de golf intérieur, les exemples ne manquent pas. On n'a pas de pluie, dans ce petit coin du désert, mais on a beaucoup d’ idées.
Dans la région, d'autres pays essaient d'imiter Dubaï, que ce soit dans son architecture excentrique ou dans son sens aigu des affaires, mais la main des dirigeants tient le cap d'une main si ferme qu'il est difficile aux autres de se maintenir à flot.
Non, ce n'est pas le paradis sur terre. Mais ce que les dirigeants, ainsi que la population locale et expatriée ont réalisé en quelques années est réellement admirable.
Il reste beaucoup à faire pour que le business model de la région soit aussi un modèle en matière de droits de la personne, d'égalité des sexes, de qualité de l'enseignement et autres. Mais Dubaï l'a prouvé mainte fois: qui veut, peut.
Alors, je dis à mes amis: j'accepte volontiers les étés torrides si je peux faire partie de cet endroit fabuleux où je me sens vraiment comme chez moi.
Natasha Bukhari, journaliste pigiste vivant à Dubaï, est l'ex-conseiller de presse du premier ministre de Jordanie. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org