Que nous reste-t-il de notre XXe siècle, version marocaine, après la cure de modernité tant déclamée par l'ex-ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Benabdallah? Rien ou presque, à part les recommandations d'un ouvrage, « le Maroc Possible » sur les 50 ans de l'indépendance du pays et sur ses perspective 2025 (
www.rdh50.ma ) et du rapport de l'I E R (cette Instance Equité et Réconciliation, censée réparer les injustices commises par les serviteurs du Makhzen).
Ces deux œuvres, quasi-officielles, ne suffiront jamais à nous restituer, ni l'essentiel de notre récent passé, ni surtout celui des hommes qui continuent à hanter notre présent aux prix de mensonges, de trahisons et de fortunes montés sur les décombres des valeurs citoyennes et sur les cadavres des résistances patriotiques.
Néanmoins, le plus gros livre de cette période, qui éclaire tant la nôtre et révèle la face cachée de tant de nos "éminents" personnages, vient de sortir en douze volumes au Caire (et non pas à Casablanca ou à Paris) sans que toutes les parties concernées, à l'exception d'un seul quotidien national, ne s'en émeuvent pour le moins.
Le facteur Ben Barka A part les familles (naturelle, politique et tiers-mondiste) de Mehdi Ben Barka, qui se soucie réellement ici, de la mémoire vulnérable de cet intrépide marocain qui malmena les ennemis de son parti originel, l'Istiqlal, avant de se retourner contre celui-ci, puis après avoir essayé les options constitutionnelle et révolutionnaire, se retourna contre les empires Chérifien et Etats-uniens. Avec son dernier rebondissement, la révélation par l'hebdomadaire français, l'Express, de relations suspectes avec l'ex-bloc soviétique à travers les services d'espionnage tchécoslovaques, le personnage de Ben Barka joue parfaitement son rôle de sujet complexe de l'histoire, controversée, mais ô combien utile aux acteurs du présent. Pour se démarquer dans les grands rendez-vous de notre actualité, n'est -il pas recommandé de suivre la traçabilitè de l'ADN historique.
Si, avec la mémoire d'un roi, Hassan II, ou celles de quelques personnages remarquables (Khattabi, Glaoui, Ben Barka, Abdallah Ibrahim, El Ouazzani, Maâninou, Hajji…) on peut observer quelques pages, certes importantes, de l'histoire du XX siècle du Maroc, avec l'ouvrage en douze volume d'Abdekrim Filali, publié au Caire et présenté durant ce dernier ramadan par le quotidien de Rachid Nini (f
www.almassae.press.ma ) il s'agit d'un véritable révélateur et d'une très grande contribution qui nous donne l'assurance qu'il deviendra de plus en difficile d'occulter cette source et d'ignorer les références du passé. En composant les C.V de ceux qui prétendent se placer assez haut pour animer nos visions du Maroc, selon des légitimités invérifiables, le passage pour l'examen de l'histoire, s'avérera payant.
12 volumes. Un travail colossal "L'Histoire Politique du Grand Maghreb Arabe" d'Abdekrim Filali reprend et compète le chemin initié par le fameux Istiksa fi Tarikh Almaghrib Alaksa de Nassiri par les précisions chronologiques et biographiques qu'il apporte sur la période de la colonisation et des premières années de l'indépendance du Maroc, Il faut dire qu'il était aux premières loges du Makhzen, du mouvement indépendantiste et des cabinets ministériels de la première décennie de l'indépendance.
Accumulant depuis sa tendre enfance les archives, dont certaines sauvées de fours du hammam du méchouar ou des poubelles administratives, Abdekrim Filali, peut-être en revanche pour une carrière avortée, mais pour mieux nous servir et pour notre propre plaisir, trace des portraits implacables, susceptibles à chaque fois, de provoquer le scandale du siècle pour le tandem marocain délirant des pouvoirs politiques et économiques.
Et c'est justement à ces portraits au vitriol que nous invita Almassae dans ses pages ramadanesques 2007. Ni Mehdi Bennouna, ex agent de l'Espagne franquiste et fondateur de la MAP, ni Moulay Ahmed Alaoui, faux chérif, multi- ministre et improbable fondateur du groupe de presse Maroc-Soir, ni Réda Guédira (Celui du journal Les Phares et grand manitou hassanien du Cabinet Royal) ni l'historiographe officiel du Royaume du Maroc, Abdelouahab Benmansour, ni les résistants de la première heure, ni les dissidents des confins maroco-algériens, ni les actions menées au Nord, au Rif, au Souss, au Sahara, au Tafilalet, ni encore les relations diplomatiques du Maroc ne furent traités avec légèreté. Bien au contraire.
Imaginons ces approches historiennes à risque ailleurs. En Egypte il a suffi que la fille de Nasser, chef d'Etat de l'Egypte révolutionnaire, accuse, dans une émission de télévision, son successeur, Sadate, d'avoir participé à l'assassinat de son père, pour que la fille de celui- ci la poursuivre en diffamation et gagne son procès. En première instance. Feuilleton à l'égyptienne ? Non, il s'agit des rapports des vivants avec les morts, donc de l'histoire …
Plus proche, le Forum Maroco-Espagnol pour la Mémoire commune et l'Avenir, tente, tant bien que mal, avec l'appui de la gauche ibérique, d'obliger Madrid à reconnaître l'utilisation des armes chimiques lors de sa guerre du Rif et d'indemniser, par conséquent, les victimes. Sur ce long fleuve de la réhabilitation, l'Espagne connaît un bon bout du chemin avec ses débats très actuels sur sa" propre" guerre civile malgré le silence stratégique que s'est imposée l'élite espagnole, au lendemain de la mort de Franco, pour s'assurer une transition pacifique. Avec les résultats satisfaisants que l'on connaît, mais qui n'arrivent pas à effacer la mémoire des enfants et petits enfants des victimes des partisans franquistes.