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En Afrique, de nombreuses inquiétudes sur l'après-Bongo


AFP le 10 Juin 2009


Christophe Parayre — Les hommages à l'"ami" et au "frère" Omar Bongo ont continué d'affluer mardi en provenance des présidences africaines, mais la presse et la société civile du continent s'inquiètent pour la stabilité du Gabon, confronté à une difficile succession.


Ali Ben Bongo
Ali Ben Bongo
Les craintes sont d'autant plus vives que ce pays d'Afrique centrale, même s'il jouit d'une stabilité exceptionnelle dans la région, n'a guère brillé dans le passé par ses pratiques démocratiques, tant d'un point de vue de la gouvernance que du processus électoral, selon des observateurs.

"Le premier danger, ce sont les divisions et les luttes au sein du clan et de la famille. C'est le danger le plus immédiat et le plus grave", indique à l'AFP le président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho), Alioune Tine.

"Il y a aussi le problème ethnique, car Omar Bongo était issu d'une ethnie minoritaire", ajoute le responsable d'une des plus importantes organisations de défense des droits de l'Homme en Afrique et qui a effectué de nombreux voyages au Gabon, dont le dernier remonte à "un mois et demi". "De plus, le Gabon est un pays très endetté, la plupart des travailleurs qui n'ont jamais profité de la manne sont tous mécontents aujourd'hui. Les luttes sociales vont être très âpres", prévient-il.

Pour le quotidien pro-gouvernemental sénégalais Le Soleil, "l'après-Bongo (...) ne sera pas facile" après sa mort à l'âge de 73 ans, dont 41 au pouvoir, même si les présidents d'Afrique du Sud, d'Algérie, de Tunisie et de République démocratique du Congo ont salué mardi la perte d'un grand homme.

"Que va-t-il se passer" après la mort du président Bongo?, se demande à Kinshasa le quotidien L'Observateur, qui craint qu'"un scénario à la guinéenne" ne se produise au Gabon, c'est-à-dire un coup d'Etat militaire juste après la mort du chef de l'Etat.

Selon la presse du Cameroun, "plusieurs dauphins sont sur la liste" notamment Ali Ben Bongo (fils d'Omar Bongo et ministre de la Défense), Pascaline Bongo (fille et chef du cabinet du défunt président) et Paul Toungui (ministre des Affaires étrangères) et compagnon de Pascaline Bongo.

Ali Bongo, 49 ans, "serait en pôle position" puisqu'il "bénéficie de l'onction du pouvoir français" et "a placé dans les postes clés de l'armée des hommes de confiance pour contrôler le pouvoir", croît savoir Le Messager. "La querelle entre Ali et Pascaline (Bongo) peut être fatale à la dynastie Bongo, s'ils se fâchent entre eux. Mais s'ils s'entendent, ils ont tous les moyens, l'armée et les finances, pour assurer la succession", résume le responsable de la Raddho.

Le coordonnateur de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI), Patrick N'Gouan, craint également que la succession d'Omar Bongo soit "une affaire familiale".

De toute façon, "Bongo a réalisé son rêve consistant à mourir au pouvoir. Et ça, c'est le propre des dictateurs. Le Gabon n'a pas été dirigé de manière démocratique", accuse-t-il.

Le président du Mouvement burkinabè des droits de l'Homme et des peuples (MBDHP), Chrysogone Zougmoré, renchérit: "c'était un homme très rusé qui a toujours réussi à se maintenir au pouvoir en tripatouillant les élections et en réduisant à néant ses principaux opposants".

Le doyen des chefs d'Etat africains en exercice n'avait pas "créé les conditions optimales d'une alternance démocratique par l'exercice libre de la démocratie à tous les niveaux. Et il n'est pas le seul, en Afrique et ailleurs", relève le quotidien privé sénégalais Le Matin.

Le journal salue en conséquence les départs du pouvoir des présidents sud-africain Nelson Mandela et sénégalais Léopold Sédar Senghor, qui ont réussi à "partir à temps" ainsi que du président sénégalais Abdou Diouf, qui a su "perdre des élections".


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