Ils se devaient en effet de protester contre les actes de violence commis au nom de l’islam par les criminels qui firent tant de morts à Mumbaï.
Selon un article du Times of India, “ils portaient des rubans noirs, présentaient des affiches proclament leur désir de paix, expédiaient des messages électroniques et des SMS réaffirmant leur attachement à l’harmonie et déployaient des bannières en hommage à ceux qui avaient péri dans les attentats du 26 novembre. Certains s’abstenaient même de faire les achats habituels en ces jours de fête, comme par exemples des habits neufs. Depuis la mosquée des mille lumières de Chennaï jusqu’à la mosquée de Jama de Delhi, du sanctuaire de Khwaja Banda Nawaz Dargah de Gulbarga jusqu’aux mosquées de Mumbaï – l’Aïd a été célébré dans la discrétion, les musulmans du pays manifestant ainsi leur indignation contre le terrorisme.
“A chaque autel, nous disions des prières à l’intention des familles en deuil de Mumbaï. Dans les villes de Ajmer Sharief, Kaliyar Sharief (Uttarakhand) et de Deva Sharief (Barabanki), les communautés se sont rapprochées, oubliant leurs différends, pour ne plus penser qu’à une seule chose: l’harmonie communautaire. En manifestant notre unité, nous avons gâché l’Aïd des terroristes”, a déclaré Qari Mohd Miya Mazhari, rédacteur en chef du quotidien urdu Secular Qayadat
La fête du sacrifice est également devenue le point de rencontre de la protestation généralisée, pour les personnages célèbres comme pour les citoyens ordinaires.
A Mumbaï, Aamir Khan, metteur en scène et comédien, portait un brassard noir, de même qu’Imtiaz Ali, metteur en scène de Jab We Met, Javed Akhtar, parolier, et son fils Farhan, acteur et metteur en scène lui-même.
Selon une agence de presse, d’autres célébrités de Bollywood comme Shah Rukh Khan et Salman Khan ont aussi préféré se tenir à l’écart des festivités.
Il s’agit là d’un acte de solidarité avec les victimes, quelles soient hindoues, juives, musulmanes ou chrétiennes, et ce, malgré le fait que les musulmans sont quotidiennement et systématiquement victimes de préjugés et d’une injustice structurelle propres à l’Inde. A travers mes lectures et mes études, j’ai toujours eu l’impression que l’islam indien, fort d’une des communautés musulmanes les plus nombreuses au monde, a toujours exprimé une forme profondément éthique de cette religion. Historiquement, il a offert au monde le modèle d’une communauté minoritaire qui cherche à la fois à affirmer son identité et à manifester une éthique confessionnelle résolument non violente.
Pourquoi le monde ignore-t-il tous ces millions de braves gens qui défendent la non violence alors qu’il consacre toute son attention à une vingtaine de criminels qui prennent une ville en otage? Plus important encore, pourquoi une prise d’otages serait-elle “musulmane”, et pas les manifestations pacifiques et les prises de position solidaires avec les victimes hindoues, qui jettent pourtant des millions de gens dans la rue?
Nous ne pourrons comprendre vraiment les problèmes qui se posent à l’humanité tant que les médias feront l’impasse sur ces expressions pacifiques du sentiment religieux. Je sais bien que le sang fait la une dans les médias. Mais ce mépris de la majorité pacifique fait couler au moins autant de sang que des actes de terrorisme.
Les trois religions d’Abraham partagent la même histoire: Abraham et son fils sont prêts à offrir à Dieu le sacrifice suprême. Cette fête musulmane célèbre la réponse de Dieu à leur totale soumission. Ce que je vais dire, je le dis pour protester contre ceux qui prêchent la haine parmi nous: je suis reconnaissant que Dieu ait épargné ce fils d’Abraham afin qu’une grande culture, une grande civilisation et une grande religion puisse naître, une culture et une civilisation du monde arabe et musulman.
Et je refuse de m’associer aux cris haineux de ceux qui, parmi nous, considérant les sinistres criminels robotisés de Mumbaï, disent d’eux: “ils sont la fleur de l’islam”. Ils ne sont pas plus la fleur de l’islam que Timothy McVeigh et son Christian Identity Movement, ou le Ku Klux Klan et ses croix enflammées ne sont la fleur de la chrétienté.
Un crime est un crime. Nous avons le devoir d’honorer les millions de musulmans indiens qui renoncent aujourd’hui à leur fête par solidarité avec les innocents. Quel merveilleux exemple, quel modèle pour le reste de l’humanité.