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En quelques minutes, l'usine de matelas est devenue un immense


En quelques minutes l'usine de matelas s'est transformée samedi en brasier et ceux qui n'ont pu sauter par les fenêtres ont été happés par les flammes dans l'incendie le plus meurtrier qu'a connu Casablanca, la capitale économique du Maroc.



Cinquante cinq personnes ont été tuées et 12 autres ont été blessées dans ce sinistre causé vraisemblablement par un court-circuit dans le quartier Lissasfa au sud-ouest de la ville "Je travaillais au premier étage comme tapissier. La fumée venait du rez-de-chaussée où sont entreposés la mousse, le bois et la colle", a raconté à l'AFP Omar Elaaz, 2O ans, admis dans un hôpital de la ville.
"J'ai défoncé avec une bonbonne de gaz le grillage qui protège chaque fenêtre", a-t-il ajouté.
L'usine de quatre étage a pris l'allure d'une prison meurtrière, notamment pour les ouvrières qui n'osaient pas se lancer dans le vide. "Parmi les victimes figurent 35 femmes", a déclaré à l'AFP un officier de la police scientifique, ajoutant qu'"il faudra des tests ADN pour identifier les nombreux corps carbonisés".
"J'ai sauté du troisième étage avec quatre autres camarades alors que les femmes, qui n'osaient pas nous suivre, périssaient dans cet enfer. Dieu m'a sauvé mais je n'oublierai jamais celles qui ont succombé", a confié Hakim Hakki, un tapissier de 31 ans, sur son lit d'hôpital.
Un autre miraculé, Ismaïl Benaahel,19 ans, a expliqué que tous essayaient d'éviter le piège mortel. "Avec quelques filles, nous sommes montés au quatrième étage pour échapper à la fumée et à l'odeur atroce mais il n'y avait aucune issue de secours. Elles n'osaient plus bouger. Je suis redescendu au second et je me suis emparé d'un extincteur vide pour casser la fenêtre", a-t-il dit.
Une centaine de personnes travaillaient à l'usine samedi matin et "celles qui sont décédées sont mortes asphyxiées ou calcinées", a indiqué à la presse un pompier.
Devant l'usine éventrée d'où se dégage une odeur insupportable de produits chimiques et de corps calcinés, pleurent des femmes vêtus modestement de djellaba, venues des bidonvilles et de la campagne environnants.
"Le propriétaire pensait plus à protéger ses matelas et son matériel qu'à la vie de ses employés", se lamente Fawza Badr, 70 ans, qui a perdu sa fille Hadida, 20 ans.

Les miraculés comme les parents dénoncent les conditions de travail et l'absence de l'usine.
Le père d'Abdelazziz Darif, 19 ans, qui a péri dans l'incendie, affirme que son fils "touchait la modique somme de 250 dirhams (20 euros) par semaine et ne bénéficiait d'aucune couverture sociale".
"Il n'y avait aucune issue de secours, les extincteurs étaient vides et les conditions de travail étaient difficiles", accuse Fadila Khadija, 28 ans, une ancienne employée
.
"Ce genre d'incendie est assez courant à Casablanca mais normalement les usines sont dotées de moyens pour faire face aux sinistres" a expliqué à l'AFP Lahcen Baddi, un industriel du textile.
Le ministre de l'Intérieur Chakib Benmoussa a promis une "enquête approfondie et transparente" sur les cause de la catastrophe. Il a précisé qu'elle devra déterminer "les causes de l'incendie ainsi que les responsabilités sur les conditions de travail et le respect des mesures de sécurité".

Il a souligné que "la tâche de la protection civile a été rendue difficile par la nature inflammable des produits, ce qui a fait qu'il a fallu des heures aux sapeurs pompiers pour venir à bout des flammes.

AFP
Samedi 26 Avril 2008

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