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Essaouira : Une oasis juif dans le monde arabe

Walter Ruby le 19 Juin 2009



Essaouira (Maroc) - Le voyage idyllique que je viens d’effectuer au Maroc, avec ma fiancée Tatyana, a commencé par la célébration de la Pâque juive à la synagogue, au style très chargé, de Neveh Shalom, au cœur du quartier juif de Casablanca – zone plutôt huppée, de style français, de cette ville très moderne où vivent 3500 juifs entourés d’un bien plus grand nombre de musulmans. Puis nous avons été conviés dans le très bel appartement d’un membre important de la communauté, Sammy Ifergan, et avons partagé un magnifique seder (repas traditionnel de la Pâque juive) avec lui, sa femme Natalie et leurs deux adorables filles adolescentes.

L’élégante synagogue vieille d’une centaine d’années était remplie d’environ 200 fidèles, dont un grand nombre issus de la diaspora juive marocaine éparpillée dans le monde, estimée à un million de personnes réparties entre Jérusalem et Paris en passant par Montréal et Caracas. Ainsi, Tatyana et moi avons-nous vécu notre premier seder sépharade, fascinés par les différentes étapes du rituel accompli par Sammy Ifergan, qui a notamment tenu un plateau de matzos (pain sans levain) au-dessus de la tête de chacun des membres de sa famille et des invités en prononçant ces paroles : « A une époque, tu fus esclave en Egypte, mais maintenant tu es libre ».

Nous avons appris que chez les juifs marocains, les herbes amères que nous mangeons d’habitude lors du seder ne sont en fait pas du tout amères et s’apparentent plutôt au céleri (« peut-être bien, comme le dit Sammy Ifergan, parce que notre exil au Maroc, qui dure depuis 2000 ans, n’a pas été aussi amer que d’autres. ») et nous avons dégusté un dîner de Pessah aux couleurs étincelantes.

Notre hôte nous a raconté que son épouse et lui-même avaient quitté le Maroc et émigré à Montréal au début de leur mariage et y avaient vécu plus d’une dizaine d’années. Mais il y a 15 ans, lorsque le gouvernement marocain lui a proposé un poste d’administrateur au sein de la Compagnie nationale d’électricité, il a signé un contrat pour deux ans. Depuis, ils ne sont plus repartis . « Pour les juifs, le Maroc est tout simplement un pays très agréable à vivre», explique-t-il.

En rendant visite à d’autres familles juives à Casablanca ou à Rabat, la capitale, ou encore à Marrakech, nous avons retrouvé partout la même sérénité apparente que chez les Ifergan. Malgré la vague d’attentats terroristes qui a sévi à Casablanca en 2003 - dont une explosion dans un centre juif (causant des dégâts considérables mais aucune victime) - les juifs du Maroc restent là, en tout cas pour le moment.

Selon Serge Berdugo, charmant homme d’affaires de 72 ans, nommé à la fonction de secrétaire général du Conseil des Communautés israélites du Maroc depuis 1986 : « Personne ne peut affirmer avec certitude ce qui se passera demain. Mais nous avons été confortés dans notre décision de rester ici lorsque le roi s’est rendu au centre israélite – sur les lieux de l’attentat – et a dit : « Les juifs sont des citoyens. Je suis là pour protéger leur personne, leurs biens et leurs valeurs sacrées. » Des membres d’associations musulmanes sont également venus retrouver des membres de la communauté juive pour veiller avec eux, une bougie à la main. C’était très émouvant. »

L’histoire des juifs marocains remonte à il y a plus de 2000 ans, bien avant que les armées arabes arrivent ici au 8ème siècle. Effectivement, certains berbères, qui était au fond les premiers habitants de ce pays et qui représentent encore aujourd’hui une majorité au sein de la population, se sont convertis au judaïsme il y a des centaines d’années. Et à travers tout le Maroc, on retrouve des mausolées de saints berbères juifs comme la tombe très ornementée de Shlomo Bel-Hench qui date du 14ème siècle et que nous avons visitée dans la luxuriante vallée d’Ourika qui s’enfonce entre les cimes enneigées des montagnes de l’Atlas. Les juifs qui vivent aujourd’hui au Maroc sont les descendants à la fois des tout premiers colons juifs et des juifs chassés d’Espagne, venus s’y établir à l’époque de l’Inquisition.

La chaleur et la vitalité intemporelle de la communauté juive marocaine reflète les caractéristiques propres au pays où elle habite. Dans un monde où tout tend de plus en plus à être uniformisé, le Maroc, doté d’une culture vieille de mille ans, suit son petit bonhomme de chemin, selon son propre rythme, à la fois exotique et moderne, et en même temps si accessible et accueillant. Les Marocains ont le don de créer de beaux objets que l’on trouve en quantité dans les souks bariolés ; la beauté de ces objets est le reflet miniature de la majesté des anciennes cités et des paysages de montagne, de désert et d’océan du Maroc.

A Rabat, ce sont Hanane et Khadija, deux soeurs portant le voile, qui nous ont hébergés et servi de guide pour visiter cette ville, dotées d’anciennes casbahs (forteresses) et de jardins cachés. Elles nous ont parlé avec fierté de l’esprit de tolérance qui règne dans leur pays, et qui pour reprendre l’expression d’Hanane « permet à chacun de décider s’il veut prier ou non ».

L’immense souk à l’intérieur des murs de Marrakech est un marché énorme et plein de vie où l’on peut trouver tous les produits possibles et imaginables - tapis, articles de ferronnerie, poteries, bijoux, herbes et épices exotiques. Les passants peuvent regarder les artisans coiffés d’un turban et vêtus d’une ample tunique fabriquer des objets artisanaux qui ont traversé les temps, ou encore travailler le cuir, teindre des étoffes ou confectionner des babouches.

Tatyana et moi sommes particulièrement tombés amoureux d’Essaouira, ville fortifiée du littoral, bien plus modeste et si charmante, où l’on peut explorer le souk de manière agréable, s’asseoir au-dessus des canons espagnols du 18ème siècle sur un parapet de pierre surplombant l’époustouflant océan atlantique et enfin se balader à dos de chameaux le long de la plage et à travers des dunes toutes proches.

L’habitant le plus illustre d’Essaouira, le conseiller du roi aux affaires étrangères, André Azoulay, qui est de confession juive, nous a dit que sa ville natale, « l’unique endroit dans le monde arabe dotée d’une population majoritairement juive jusqu’en 1930, pourrait servir aujourd’hui d’exemple pour le dialogue entre les juifs et les musulmans à travers le monde ». Il serait certainement très difficile d’imaginer un endroit plus propice à une quête de points communs entre juifs et musulmans que cette ville enchanteresse, exposée aux vents, au cœur d’une terre où les fidèles des deux confessions se sont côtoyés pendant si longtemps et en si bonne entente.

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*Walter Ruby travaille au sein du programme « Relations entre musulmans et juifs » de la Foundation for Ethnic Understanding qui a son siège à New York. Article abrégé, distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l’autorisation de l’auteur. Le texte est disponible dans son intégralité (en anglais) sur www.thejewishweek.com.




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