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Et le Maroc ?

Abdellatif Laâbi le 1 Février 2011

Désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Voilà, me semble-t-il, le ressenti actuel d’un nombre croissant de Marocains, de la jeunesse en premier, mais aussi de larges couches de la population allant des plus démunies jusqu’à l’élite intellectuelle en passant par les classes moyennes.



Abdellatif Laâbi
Abdellatif Laâbi
Le résultat, alarmant, de cet état d’esprit est la perte collective de ce que j’appellerai « le goût de l’avenir ». Comment en est-on arrivé là ? Après les ouvertures prometteuses du début de la dernière décennie, nous sommes passés à une phase d’hésitations, puis d’inertie.

La politique officielle est devenue illisible à force d’être opaque. La concentration des pouvoirs s’est accentuée à tel point que les règles du jeu politique, dans ce qui nous a été présenté au départ comme un processus démocratique, se trouvent dévoyées, inopérantes. Au regard d’une telle impasse, force est de constater que la pensée politique est loin de relever le défi. Elle a abandonné chez nous les dimensions critique et prospective pour se cantonner, disons, dans la chronique, la réaction à l’événementiel au jour le jour. Finie par exemple la revendication ferme d’une réforme constitutionnelle en vue d’un juste rééquilibrage des pouvoirs et leur séparation selon les normes démocratiques établies universellement, et ce sans parler d’une revendication qui s’est exprimée au lendemain de l’indépendance, celle d’une Assemblée constituante qui aurait eu pour tâche d’élaborer le contenu et les règles d’une telle réforme. Le chantier institutionnel ainsi déserté, quelle marge de négociation reste-t-il à notre classe politique, et surtout parmi elle aux partis qui affichent encore sporadiquement quelque velléité d’indépendance vis-à-vis du pouvoir ?

La négociation se réduit, pour eux, au nombre de portefeuilles qu’ils aspirent à se voir réserver dans l’équipe gouvernementale selon les résultats électoraux obtenus, qu’ils soient d’ailleurs controversés ou non. Piètre ambition quand il est de notoriété publique que ce gouvernement gouverne si peu, à l’instar du parlement légiférant lui-même si peu, de son propre chef. De son côté, la gauche non institutionnelle, qui jouit d’une grande respectabilité due aux sacrifices qu’elle a consentis dans son combat contre l’ancien régime, n’a pas réussi à acquérir une véritable visibilité politique. Souffrant du mal congénital de la division et, pour ses ailes les plus combatives, d’un certain enfermement idéologique, elle peine à assumer le rôle que l’on attendrait d’elle, celui justement d’impulser le renouveau de la pensée politique, de proposer un projet alternatif de société et d’ouvrir des voies inventives pour la mobilisation citoyenne. La société civile quant à elle, malgré son dynamisme et son degré de conscience grandissants, semble ne pas avoir pris la mesure du poids non négligeable qu’elle représente dans le rapport de force politique, social et intellectuel existant. Pourtant, bien de ses réalisations, à tous les niveaux du développement humain, de l’aide aux personnes et aux catégories de la population les plus fragiles, de la création et de l’animation culturelles, dénoncent, exemples à l’appui, l’indigence de l’action partisane traditionnelle comme celle des gouvernants dans ces domaines.

Mais la dynamique qu’elle a créée risque de s’enliser, à terme, dans des tâches cloisonnées si elle n’est pas portée par une vision du projet social dans son ensemble, où la construction de la démocratie serait une œuvre citoyenne fondée sur des valeurs éthiques dont les politiciens s’inspirent de moins en moins, quand bien même ils prétendent en être convaincus. Aussi, face à ces multiples carences, l’on ne peut que constater, la mort dans l’âme, que les maîtres à penser, les vrais décideurs d’aujourd’hui ne sont même pas les économistes qui font la pluie et le beau temps sous d’autres climats, mais les technocrates, les managers, les conseillers et consultants en tout genre, éminemment attentifs aux orientations fixées par les institutions financières internationales et les officines d’études stratégiques (de préférence étrangères) aux avis pertinents selon la formule consacrée. Le résultat en est que le Maroc n’est pas géré comme un pays qui, du fait de son identité affirmée et de la richesse de sa culture, aurait des atouts à faire valoir ; où le peuple, artisan incontesté de la souveraineté nationale, devrait avoir son mot à dire sur la gestion de ses affaires et la construction de son avenir ; où la société, qui n’ignore rien de ce qui se passe dans le village planétaire, désirerait jouir elle aussi des avancées qui s’y sont réalisées sur le plan des connaissances, de l’éducation, de la satisfaction des besoins matériels et moraux, des droits et des libertés.

Le Maroc se trouve plutôt géré comme une méga entreprise ou une multinationale dont la finalité est l’enrichissement illimité de ses principaux actionnaires, quitte à distribuer quelques miettes aux petits porteurs afin de créer une classe tampon entre elle et la masse grandissante des laissés-pour-compte. Le décollage économique du pays, dont certaines prémices sont incontestables, d’autres sujettes à caution, est à ce prix. Et sur cet autel où le culte du veau d’or est célébré de façon indécente, c’est le décollage démocratique qui est en train d’être sacrifié. Comment comprendre autrement les atteintes réitérées à la liberté d’opinion, le harcèlement des organes de presse, les condamnations des journalistes sous les prétextes les plus fallacieux, et dans d’autres domaines tout aussi symboliques la démission de l’Etat face au délabrement du système éducatif ou le désintérêt vis-à-vis de cet enjeu majeur que représente la culture dans la formation de l’esprit de citoyenneté et la structuration de l’identité épanouie d’une nation ? Le scénario ainsi rédigé, presque bouclé, n’est sûrement pas celui auquel on s’attendait il y a juste dix ans. Et rien ne laisse présager qu’il reste ouvert à une réécriture quelconque. D’où : désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Dois-je rappeler que la perte du goût de l’avenir est une aubaine pour ceux qui n’ont pas attendu ce constat pour cultiver « le goût du passé » le plus trompeur qui soit, et se positionner en secouristes soi-disant altruistes des victimes du système : les déshérités, les désespérés, les abonnés aux miracles ?

Les éléments de réflexion qui précèdent, conçus je dois le préciser avant les « événements » de Tunisie, me renforcent dans l’idée qu’un changement de cap s’impose au Maroc. A cet égard, l’amalgame simpliste aussi bien que la politique de l’autruche seraient éminemment périlleux. Le Maroc, et pour de multiples raisons, n’est assurément pas la Tunisie, mais certains ingrédients qui ont été à l’origine de la Révolution dite de jasmin sont réunis, presque à l’identique et depuis fort longtemps dans notre pays. Si, comme je le crois, la majorité des Marocains aspirent ardemment à une transition pacifique, mais irréversible, vers la démocratie, le moment est donc venu d’un sursaut citoyen impliquant toutes les forces politiques, sociales et intellectuelles qui partagent la même aspiration. L’heure est au bilan critique et autocritique, au réarmement de la pensée, à la libération des initiatives, à l’affirmation claire des solidarités, au débat de fond et à la synergie entre toutes ces forces. Le moment est venu pour nos gouvernants de donner des gages concrets de leur volonté à satisfaire une telle aspiration, le gage le plus urgent consistant à prendre des mesures radicales pour répondre à la détresse économique et sociale qui a atteint un seuil critique. Cela impliquerait, disons-le sans ambages, la remise en question des choix économiques et du modèle de croissance mis en œuvre jusqu’à nos jours et qui a creusé irrémédiablement les inégalités et les injustices.

L’autre gage qui permettra à l’ensemble de la communauté nationale de renouer avec le goût de l’avenir serait un acte fondateur, négocié avec l’ensemble des acteurs de la scène politique et de la société civile, en vue d’imprimer à la Constitution du pays les principes d’un Etat de droit, instaurant la séparation des pouvoirs, l’égalité devant la loi, la protection des libertés, mais aussi d’un Etat de type nouveau prenant acte de l’identité culturelle et autres spécificités de certaines régions pour accorder à leurs populations l’autonomie à laquelle elles ont droit. Une nouvelle croisée des chemins est en vue pour le Maroc. Le rendez-vous que l’Histoire nous y a fixé ne souffre aucune attente. Puissent la raison et les intérêts supérieurs du pays nous y conduire à temps et nous faire choisir la voie la plus sûre du progrès, de la dignité et de la justice, celle du décollage démocratique.


Commentaires

1.Posté par Houcine le 02/02/2011 10:59


Quelle retrouvaille concernant notre terre calcinée, ne s´agissant que des souvenirs de jadis!

Avec joie et après de longue absence, sur e-Marrakech j´ai senti la résonnance d´une des belles voix de ma triste génération! Condamné en 1972 à une longue peine de prison (crimes d´opinion), l´auteur grâce à son dévouement et sensibilité humaine, il n´a jamais démissionné, ne manifestant que le suivant:

(1) le règne de la barbarie -, (2) l´écorché vif -, (3) tous les déchirements ,- (4) le soleil se meurt -, (5) l´automne promet ,- (6) œil de la nuit ,- (7) les rides du lion ,- (8) le juge de l´ombre (9),- Saïda et les voleurs du soleil,- (10) cornique de la citadelle de l´exil,- (11) la brûlure des interrogations, (12) écris la vie,- (13) mon cher double! (14) l´exercice de la tolérance,- 15),- Tribulation d´un rêveur,- (16) discours sur la colline arabe,- (17) l´étreinte du monde,- les fruits du corps,- (18) le chemin des Ordalies,- Rimbaud et Schéhérazade,- (19) l´écorché vif,- (20) les 7 crucifiés__

Mes sincères salutations / Houcine en Exil

2.Posté par Anne Campagna le 02/02/2011 17:49
Texte très bien écrit, bien construit, et frappant, mais dans un contexte de mondialisation exacerbée, résultat des ententes de dérèlementation des marchés mondiaux des années 90, hélas, dont beaucoup se souviendront comme ayant été les années théâtre de manifestations qui souvent n'ont abouti à aucun changement des nouvelles politiques économiques, je doute que le Maroc n'ait tant le choix d'un large éventail de politiques fiscales peut-être au goût de certains trop allégées sur le plan de l'imposition lors de l'implémentation dans le pays, et ce, au détriment des futurs employés marocains. Ce qui serait à revoir serait non pas l'aujourd'hui mais l'hier de ces déreglementations dans le cadre de la mondialisation, de refaire les barrières tarifaires qui ont mené à la surexploitation des mains d'oeuvre locales partout à travers le monde et de l'enrichissement des patrons d'entreprises qui a la moindre menace de syndicalisation ont le loisir de délocaliser à tout va.

3.Posté par Eiram le 03/02/2011 20:51
Question qui est dans tous les esprits, dans tous les coeurs, sur toutes les lèvres, question que tout le monde se pose tout bas...dans le Grand Maghreb et ailleurs...Cette question, Abdellatif Laâbi la pose tout haut et donne sa réponse.
Le Maroc dont on ne parle pas...et pourtant ! et le Maroc ? dans tout ça ?
Face aux "événements" qui secouent l'Orient, le monde retient son souffle !
"Et voilà que je songe à ces tribus arabes d'avant l'Islam qui façonnaient des statuettes de Dieux avec des dattes..."
Dans une fulgurance jamais vue jusque-là, les hommes et les femmes du monde arabe viennent d'inventer une nouvelle forme de révolte, tel un feu qui s'étend dans une forêt dont on a négligé pendant trop longtemps, d'enlever les bois morts et les feuilles sèches.
Par intuition ou par "foi" ou peut-être les 2, je crois le peuple du "Royaume", dans la volonté d'avenir qui est la sienne, capable d'écrire une nouvelle page de son histoire à la hauteur de ce qu'il est.

4.Posté par Visa le 04/02/2011 05:01

On peut lire, sur l'article, ce qui suit :

1- Désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois.

2- la perte collective de ce que j’appellerai « le goût de l’avenir

3- Le Maroc se trouve plutôt géré comme une méga entreprise ou une multinationale dont la finalité est l’enrichissement illimité de ses principaux actionnaires, quitte à distribuer quelques miettes aux petits porteurs afin de créer une classe tampon entre elle et la masse grandissante des laissés-pour-compte.

4- La démission de l’Etat face au délabrement du système éducatif ou le désintérêt vis-à-vis de cet enjeu majeur que représente la culture dans la formation de l’esprit de citoyenneté et la structuration de l’identité épanouie d’une nation ?

Ce sont des ingrédients magiques, pour concocter le repas le plus succulent et le plus recherché dans le monde entier, et qui s'appelle " le repas éternel de la liberté". Nous devons remercier le ciel, d'avoir fait pousser dans notre pays ces ingrédients fantastiques, pour nous donner l'ultime chance de goûter à ce repas, de goûter à la liberté. Merci mon Dieu.
Les Tunisiens ont mangé leur plat, et ils se portent comme des charmes. les Egyptiens sont en train de préparer le leur, avec les mêmes ingrédients qui poussent chez nous. Alors, serions-nous plus mauvais cuisiniers que les autres ? Au contraire, la cuisine marocaine est l'une des plus sublimes dans le monde. Lorsque le repas sera mijoté, et les carottes tout à fait cuites, les Marocains mettront tous la main dans le plat, d'autant plus que beaucoup ont souvent faim....


5.Posté par Anne Campagna le 04/02/2011 19:15
Houcine et Eiram, vraiment côté littérature, chapeau! je suis un peu jalouse, quels beaux écrits! j'ai de la compétition! Donc je vais moi aussi m'essayer de concert avec vous:
Maroc, terre brûlée au sud, verdoyante, oasis dans des déserts parfumés des normades et des berbères, terre d'histoire et de pouvoir, d'intrigues, de complots avortés, quel sera ton avenir au coeur des tempêtes soulevées par tes voisins, quel sera ton sort et ton destin, Maroc, Maroc, comment vivront tes adultes de demain ?

6.Posté par Houcine le 06/02/2011 15:13
Monsieur Abdellatif Laâb est parmi les plus indiqués et les plus qualifiés pour analyser ce nouveau phénomène arabe et la tradition de ceux qui sans être ni patriotes ni bons économistes, en qualité de technocrates au service des Institutions étrangères, ils se font voir assez doués dans leurs œuvres et sans se laisser questionner, ne dictant que ce qui va avec leurs gouts, ils s´imposent face à la volonté populaire. Comptant sur cette mentalité trop primitive, à travers le regard de Monsieur Laabi, peut-on donc comprendre les événements tunisiens, égyptiens et ceux de notre patrie?

Concernant la Tunisie du Destour, du Néo Destour et Aix-les-Bains (Edgard Fore), dans un autre court commentaire, j´ai déjà revu l´histoire de ce pays maghrébin, remontant à l´époque de la Dynastie des Fatimides, et je crois bien que la seule différence qui nous sépare, c´est celle de la présence des Ottomans limitée à l’abord de la Moulouya, sans moins apprécier leurs 40.000 soldats chez les saadistes. Néanmoins, le Destour et le Néo Destour, ils correspondraient à l´Istiqlal d´Allal Al Fassi, Balafrij et la désertion d´Al Mahdi Ben Barka. Quant aux événements égyptiens, ils se situent dans le cadre de la politique coloniale de 1880, lorsque les français et les britanniques avaient conclu partager le monde, établissant leurs hégémonies respectives sur notre Blad et l´Egypte. Face à ces défis et au détriment du roi Farouk, comme Abdelkrim Al Khattabi contre les espagnols et la puissance des Résidents généraux, Saad Zaghloul à la tête du Wafd, il avait dit non aux usurpateurs anglais. Il a fallu attendre la création de la League arabe, pour que Farouk en profite, faisant sa publicité parmi les plus ignorants dans les Mosquées, s´intitulant descendant du Prophète (SWS). Désormais, les disciples de »Mohammed Abdou« se précipitèrent affirmant que l´homme n´était que fils d´une herbeuse française et d´un mafieux albanais! Pour faire face à ce scandale, rusé Farouk avait envoyé ses militaires à combattre les sionistes en Palestine n´étant équipés que d´un tout défectueux armement léger! Parmi les expédiés à cette boucherie face aux mercenaires polonais, Tchèques et français bien entrainés et hautement équipés, se trouva un jeune appelé »Jamal Abd an-Nasser« qui avait saisi cette occasion, jurant devant ses camarades d´aller détrôner marionnette Farouk. En 1952, les Officiers libres ont instauré la république et dans un effort sous hauts risques au détriment des anglais et des français, ils ont nationalisé le Canal de Suez. Parmi ces braves jeunes, il y avait Anoir Sadat qui deviendra Rais, nommant en 1975 Hosni M´barek au poste de Vice- Président.

Après Mohammed Ali Basha, Hosni est le plus ancien Chef d´Etat en Egypte. Sous l´influence de Suzanne, il a eu la folie de se considérer Pharaon! N´étant dans ses origines que fils de Fellah et pilote de chasse, pendant son règne, sa famille a ramassé plus de 50 billions de Dollars, là où des enfants accompagnés de leurs misérables mères, ils finissent leurs nuits se réfugiant aux cimetières et pendant les si longs et trop douloureux jours, ils survivent dans les rues, grâce à la mendicité et la charité des plus humains.

Pendant la guerre du Gulf (1991), M´barak fut récompensé par les régimes des Cheikhs, lui offrant 14 billions de Dollars. Etant l´individu le plus suspect, il a souffert plusieurs attentas menés par des volontaires, comme en Ethiopie (Juin 1995) et à Port Saïd (Septembre 1999). Pour se maintenir au pouvoir, sans jugements, il a incarcéré plus de 20.000 opposants, appartenant à la »Jamaa«, et l´état d´exception a toujours permis aux policiers ripoux d´arrêter et de torturer n´importe quel innocent. Après l´invasion de l´Iraq l´an 2003, sous la pression américaine, il a remanié son Premier Ministre »Atif Eibed par Ahmed Nazif«. Dans ce climat de discordes générales, les privatisations n´ont fait que fleurir et la présence des étrangers est devenue primordiale pour Mobarak & Co, se protégeant sous la couverture de la magie israélienne. En dépit de ce violent vent qui secoue certains Maharajas en Tunisie et en Egypte, il faudrait reconnaître que les Tyrans de ces contrées ils n´ont jamais été les plus redoutables, par rapport à ceux qui licitent leur existence et hégémonie au nom de l a miséricorde du tout beau ciel et la supériorité des origines.

Après la supposée réforme constitutionnelle de l´an 2005 et l´informelle légalisation de certains partis, pendant les dernières élections présidentielles, les plus corrompus hommes de Hosni Moubarak ont utilisé des véhicules de l´Etat, ramassant des campagnards et misérables Fellahs vers les centres du suffrage; parfois récompensant leurs ignorance par le petit bakhchiche, parfois les contraignant à voter grand Rais, et d´autres voix ont été déposées n´appartenant qu´à des défunts et à des gens inexistants! Dénonçant cette injustice, »Ayman Nour« se trouva dans la mire des sauvages membres de la Mokhabarat et fut arbitrairement condamné à 5 ans de prison. D´autres 17.000 citoyens rebelles ont connu le même sort, là où seulement 3 journaux et la télévision de Moubarak classifient la presse du Nil, occupant le rang 133 parmi 168 autres nations. À cette dictature, s´ajoute la surveillance des universités, des mosquées et de l´Internet.

Ce concours de circonstances nord africaines a permis à un diplomate américain (Margaret Scobey) de conclure, affirmant que personne ne pourra envisager le successeur du Pharaon de notre ère! Et chez nous, les nôtres dans leur majorité absolue sont soumis à toutes les contraintes, sans honnêteté au sein de la classe gouvernante (esprit raciste et colonial), comment serait-il le visage du prochain encore assez obscur avenir?

S´agissant de justice, de démocratie et de réclamations civilisées (sans violence), doit-on faire la révolution par procuration? Et pourquoi les jeunes des autres parents ne descendent-ils pas dans leurs rues, abolissant toute l´historique et archaïque tradition de Mazarin et de Richelieu?

Houcine en Exil__

7.Posté par annecampagna le 09/02/2011 19:22
Houcine, et quelle sera selon toi la prise de position du Maroc face a une Egypte...dirigée par les Islamistes? Un Maroc coincé dans une position plutôt incomfortable, entre son passé arabe, présent arabe aussi, et l'acceuil de ses frères,soeurs,cousins,cousines d'Espagne lors de l'inquisition?De ses obligations ou devoir envers Israel?

8.Posté par Eiram le 09/02/2011 21:17
Bien sûr, c'est l'article d'A.Laâbi, dans sa clarté et dans sa justesse qui nous a "inspiré" ce que nous avons écrit, à la lumière de ce qui se passe autour.
Je crois, Anne Campagna, que c'est aussi la vie tout simplement qui nous dicte nos mots, en dehors de toute "littérature"...
Ce sont ces peuples en marche vers la justice, la liberté et la démocratie, c'est le jasmin, c'est l'olivier, c'est le frisson qui nous parcourt face à ces hommes et ces femmes rassemblés dans les rues et place de Tunis et du Caire, qui nous dictent nos mots aussi.
D'Houcine en exil à Eiram en liberté _et de l'exil à la liberté, il n'y a peut-être qu'un pas aujourd'hui_ on écrit au peuple du Maroc pour son rendez-vous avec l'Histoire.
Bien sûr, ils savent ce qu'ils font, ils savent ce qu'il faut faire.

9.Posté par Visa le 10/02/2011 13:51

Une Egypte libérée de la dictature, libérée de l'emprise d'une Amérique hébraïque, libérée de cette toile d'araignée que lui a tressé un système perfide de généraux et de politicollaborateurs, vendus à Israêl, sera pour nous tous, peuples arabes, le vaisseau qui nous conduira vers les cieux de la liberté. Liberté que nous attendons depuis la chute de Grenade, depuis l'affaiblissement de la puissance de la nation arabo-musulmane, pour sombrer enfin dans la décadence.
L'Egypte est le coeur de la nation. C'est elle qui va battre la cadence de la démocratisation du reste de tout le monde arabe, de l'Atlantique jusqu'au Golf persique.

Le problème d'Israël sera résolu de lui même, lorsque toute la région qui l'entoure sera démocratique. Et ce sera plus tôt qu'on le pense, ou qu'on veuille ne pas vouloir le croire.
Le problème sera résolu selon le droit, dans des Cours et des tribunaux internationaux. La force dont se targue Israël, aujourd'hui, parce qu'elle a devant elle a un peuple sans Etat et sans armée, ne lui servira plus à rien. C'est le droit international qui tranchera. Le Maroc n' a aucune "obligation ou devoir" envers Israël. Bien au contraire. C'est ce dernier qui aura l'obligation absolue de s'expliquer sur toutes ses exactions pratiquées sur le peuple palestinien, devant les instances internationales..
La question qui va être posée devant la Cour internationale est la suivante : Dans quel cas peut-on voler tout un pays et chasser ses occupants ? En aucun cas ! Le problème est déjà résolu.
On attend seulement que les forces démocratiques arabes de se mettre en place.



10.Posté par AnneCampagna le 10/02/2011 19:19
Eiram,
la liberté des peuples selon moi, n'est pas toujours dans le changement, le changement apporte parfois avec lui de pires duretés que le passé, je ne sais pas quel sera le destin du Maroc, mais j'ai tendance à trouver que pour le moment, vous êtes plus chanceux que bien des pays du Maghreb. La liberté? un bien grand mot. Encore faudrait-il que nous soyons libres de l'intérieur, libres de nos passions de dévorer nos frères, de s'entretuer pour l'argent, le pétrole, l'amour, les diamants, libres de notre animalité, de nos démons, et puis j'en passe, la liberté des peuples ne viendra que quand l'être humain sera libre de lui-même, les chansons, les drapeaux,les slogans, les lendemains qui chantent et déchantent, tout ça nous avons vu,connu,entendu, mais l'être humain qui se lève, un matin, en se disant à lui-même, aujourd'hui, c'est le premier jour du reste de ma vie, celui ou je ne me mentirai ni a moi ni aux autres, celui ou j'accepterai pleinement d'être homme ou femme, car on ne nait pas mais on le devient parait-il, au delà de la préhistoire de mon être, dans l'amour de mon âme et celle de mon prochain, Seulement ce jour là seront nous libres nous les peuples, et non esclaves de nous-mêmes, d'abord et avant tout.

11.Posté par AnneCampagna le 11/02/2011 18:07
Merci Visa pour tes commentaires, j'aimerais tant y croire avec toi,un peuple libre, mais il y a des libertés qui coûtent cher, parfois vaut mieux ne pas être libre mais en sécurité, enfin une sécurité de compromis, mais si on regarde l'exemple de l'Algérie, quel prix a coûté leur liberté, et puis liberté de qui, de quoi par la suite je te le demande? Liberté au prix de guerres civiles, de montée de l'intégrisme? Je ne suis pas pour l'esclavage au contraire, mais une fois Moubarak parti, qui prendra le pouvoir et comment et quels seront les résultantes pour les egyptiens?

12.Posté par Visa le 12/02/2011 06:42

Voilà ce que tu as écrit :

1- "parfois vaut mieux ne pas être libre mais en sécurité"

2- "mais si on regarde l'exemple de l'Algérie, quel prix a coûté leur liberté"

3- mais une fois Moubarak parti, qui prendra le pouvoir et comment et quels seront les résultantes pour les egyptiens?

Tu es simplement aveuglée par l'inquiétude sur le sort d'Israël. Sinon, que signifie donc tous ces non-sens ?

1- " Parfois, vaut mieux ne pas être libre" ?? C'est quoi ça ?
Sans la libération du peuple noir américain de son esclavage, on n'aurait jamais pu connaître ces génies de la musique, qui ont fait le bonheur de la terre entière. Toute cette créativité fantastique, ce foisonnement musical prodigieux, que les Blancs ne pourront jamais égaler, n'aurait pas pu voir le jour sans la liberté. Les anciens esclaves dominent leurs "anciens oppresseurs" dans plusieurs domaines, malgré les portes qui leur restent fermées.

2- L'Algérie, s'est vu confisquer sa liberté, pour être confiée à des dictateurs, par les anciens colons. Il en est ainsi pour les autres anciennes colonies. Elle a payé le prix fort pour une liberté tronquée.

3- Et ce ne sont pas les résultantes pour les Egyptiens qui t'intéressent, n'est-ce pas ? C'est le sort des juifs d'Israêl qui t'inquiète. Ni plus, ni moins.
Certains juifs, des plus malins, ont déjà commencé à faire leur valise, parce qu'il n'est plus question de taper sur des vieillards, sur des femmes et des gosses pour voler maisons et terrains, comme cela a toujours jalonné la vie des juifs : l'enrichissement par le vol.
Mais tout ça, c'est fini maintenant. A moins que les juifs ne veuillent être à l'origine d'une troisième guerre mondiale, puisqu'ils ont déclenché les deux dernières, mais cette fois-ci, elle sera la dernière. Les peuples d'Occident ne se laisseront pas manipuler, par les juifs, au point de partir en guerre contre le monde musulman. Ce sera la fin du monde.

Si le peuple israëlite veut avoir une existence dans la terre sainte, qui a vu naître le Christ et les autres prophètes, que ce peuple ne reconnaît pas, il ne peut exister que sous l'aile protectrice de l'Islam, puisque toute cette région fait partie du monde arabe, avec ses Chrétiens et ses Musulmans, qui ont toujours vécu en harmonie, jusqu'à l'arrivée du parasite juif, qui a crée des divisions et susciter des haines entre les différentes croyances, s'appuyant sur la règle classique et perfide : diviser pour régner. Tous les traîtres à la tête de nos pays vont disparaître. L'Histoire a entamé son inexorable marche. La nation arabo-musulmane qui a fait l' histoire pendant mille ans, va l'accompagner de nouveau, pour la faire, l'écrire et influer le sens de son court.

La menace du nucléaire et les agitations d'Israël vont se retourner contre lui, pour mener à sa totale disparition, s'il ne change pas sa vanité en sagesse, son arrogance en profile bas.
On ne vole pas un pays. Jamais. La colonisation européenne l'a bien démontré. On peut tuer un homme ou l'emprisonner, mais on ne peut briser sa volonté, son aspiration à la liberté. Il en est ainsi pour les peuples.


13.Posté par Eiram le 12/02/2011 20:46
La liberté n'est pas un vain mot ni une abstraction, Anne Campagna, elle est une chose très précieuse aussi bien pour les individus que pour les peuples. Elle rend les gens et les peuples heureux, regarde la place Tahrir...même si rien n'est encore acquis, même si c'est compliqué. Elle redonne force et dignité.
Et puis les Arabes sont des conquérants dans l'âme et aujourd'hui ils sont les conquérants de leur liberté, ils sont comme des cavaliers sur leurs pur-sang, lancés au grand galop et rien ne va pouvoir les arrêter ; c'est comme ça, c'est leurs territoires, c'est leur Histoire, c'est à eux.
Je garde en mémoire l'image de ces sortes de chevaliers "sans peur et sans reproche"...
Et la peur a changé de camp, les peuples n'ont plus peur, leurs dirigeants ont peur, ils partent...
Alors, oui, il faudrait une liberté gagnée sans une seule goutte de sang versée. C'est ça.

14.Posté par annecampagna le 16/02/2011 17:33
Merci Eiram pour ce beau morceau de texte, mais la liberté d'un peuple n'est pas toujours celle que l'on croit. Des gouvernements éclairés, ça existe. Comment va agir l'armée en Egypte maintenant? En Algérie on s'entend que ce ne peux pas être pire...En Tunésie non plus..Mais au Maroc, je crois que vous êtes bien gouvernés en général et la perfection n'existe pas.

15.Posté par AnneCampagna le 16/02/2011 17:41
Merci Vista pour tes analyses sur mon texte, mais je ne crois pas qu'elles collent à mon discours, qui tient à la fois du ''real politics'' et des idéologies diverses dont je m'inspire, oscillant entre les unes et les autres, n'ayant pas moi, la vérité, et ne prétendant pas avoir la vérité pour les autres, l'ayant si peu déjà pour moi même. Je ne crois pas que ce que j'écrive soi du n'importe quoi non plus, sinon e marrakech ne me mettrais pas aussi régulièrement en première page, je me respecte comme intellectuelle et trouve ton commentaire déplacé face a mes écrits, mais je ne me laisse pas écraser facilement ne t'en fais pas. Ce n'est pas parce qu'on est pas d'accord avec toi qu'on dis n'importe quoi, behave yourself my dear et prends un scone avec du thé, un peu de tenue s'il vous plait dans tes commentaires. De plus, je ne suis ni pour Israel, ni pour l'Egypte, ni pour personne, je profite de l'espace que m'accorde e marrakech pour entrer en contact avec des intellectuels très intéressants du monde arabe. Merci et a la prochaine Vista.

16.Posté par annecampagna le 16/02/2011 17:52
Je vais être concrète dans mon commentaire Vista: changez le gouvernement au Maroc et vous allez voir que Moodys va vous décoter plus vite que l'éclair. Pour ceux qui pensent que l'argent n'est pas important, bonne route.

17.Posté par Visa le 16/02/2011 19:27

Personne ne cherche à "t'écraser", comme tu dis. De la tenue c'est de ne pas dire, par exemple, "ce que l'Algérie a fait de sa liberté", ou " qu'il vaut mieux parfois de ne pas être libre" ou alors, une chose aussi drôle que "le devoir" qu'a le Maroc envers Israêl..etc..what kind of talk is this ? Un peu de tenue, my dear..Israël ne mérite aucun égard. Et le glas pour sa fin vient de sonner avec la révolution arabe qui va remettre les pendules à l'heure pour Israël. L'heure pour ceux qui ont débarqué de Pologne, de Russie, des USA, du Canada et d'Europe pour occuper un pays, et chasser sa population, l'heure est arrivée d'utiliser leurs billets de retour. C'est la solution la plus raisonnable qui leur reste. Ils ont exploité ce pays et ses habitants pendant 60ans, avec la complicité des traîtres qui étaient à la tête de nos pays. Aujourd'hui, ça suffit.

18.Posté par annecampagna le 16/02/2011 19:29
Madame Visa...a propos, avec un nom comme ce dernier, vous devez avoir un bon crédit! je ne me sens pas écrasée par vos propos, mais j'aimerais qu'ils soient un peu plus comment dire....enfin...hauts de gamme? Il me reste quelque chose de mon éducation parmi l'establishment canadien il faut croire, vous m'excuserez de ce petit snobisme.

19.Posté par Eiram le 19/02/2011 21:41
Ecoute, Anne Campagna, la liberté, c'est la Liberté, pas la peine de faire du "chichi" avec Elle, elle est irremplaçable. Mais elle est exigeante et elle coûte cher, plus cher que l'or, plus cher que les diamants !
Mais ceux qui préfèrent rester sous le joug et être enchaînés, baillonnés, ils sont libres.
Et dans le Maghreb qui s'embrase, pays après pays, le "Royaume enchanté" est à part, de toutes façons, parce que c'est un royaume, avec un Roi, une Reine aimés par leurs sujets, des princes et des princesses, des palais et du bel argent sonnant et trébuchant, tous les ingrédients pour un conte de fées, et si ça aide à vivre, pourquoi pas ?
Mais la réalité de ceux qui triment jour et nuit est toute autre.
Pleins de courage, de fierté et d'amour de leur pays.

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