Ce ne sera pas chose facile. Depuis la Révolution iranienne, 30 années se sont écoulées dans un désert diplomatique absolu, en l’absence de tout dialogue soutenu entre Washington et Téhéran, les deux parties campant, l’une et l’autre, fermement sur leur méfiance.
L’Iran remet sans cesse sur le tapis notre soutien à Saddam Hussein lors de la guerre entre l’Iran et l’Irak dans les années 80, ainsi que les budgets votés par le Congrès pour financer les mouvements démocratiques en Iran, y voyant la preuve que les Etats-Unis veulent s’ingérer dans les affaires iraniennes, voire renverser le régime.
Les Américains, de leur côté, se rappellent avec angoisse l’occupation par les étudiants de l’ambassade américaine, avec tout son personnel, en 1979, le rôle supposé de l’Iran dans les prises d’otages au Liban dans les années 80 et 90, ainsi que la fourniture d’armements et d’une formation à certains groupes irakiens et libanais.
Pourtant, combien d’Américains se rappellent-ils comment l’Iran est venu soutenir les Etats-Unis en Afghanistan après notre invasion de 2001, comment il a appuyé les travaux de la conférence de Bonn pour reconstruire le nouvel Etat afghan et comment il a ratifié la décision du parlement afghan de porter Hamid Karzaï à la présidence du pays?
Certes, l’attitude de l’Iran à notre égard doit changer. Mais l’attitude des Etats-Unis à l’égard de l’Iran doit elle aussi changer. Nous nous sommes mis en tête que le Moyen-Orient est le “pré carré” des Etats-Unis, balayant d’un revers de main les intérêts des autres Etats, à commencer par l’Iran, dans leur propre région.
C’est en partie pour cette raison que Téhéran s’est commis avec tout l’éventail des partis chiites en Irak, attisant les querelles internes et rendant plus difficile un éventuel retrait de l’armée américaine. En leur procurant des armes, une formation et des investissements, l’Iran a également renforcé son influence en Syrie, au Liban et à Gaza.
En accordant sa protection au Hezbollah, le parti libanais chiite, l’Iran a favorisé l’émergence d’une milice capable de tenir l’armée israélienne en échec en 2006 et qui depuis lors a tenu tête au gouvernement libanais.
Les rapports similaires de l’Iran avec le Hamas ont contribué à embrouiller plus encore le conflit israélo-palestinien, en brisant l’unité palestinienne (ce dont nous ne nous sommes pas privés d’ailleurs).
En somme, l’Iran est en mesure d’activer des éléments qui pourraient s’opposer à un accord israélo-palestinien ou à un règlement de paix syro-israélien. D’une façon générale, il serait capable de faire monter la pression entre Israël et ses voisins. Mais il pourrait tout aussi bien aider à calmer les tensions et à ouvrir la voie à d’autres solutions.
Le gouvernement Bush a concentré sa politique iranienne sur le dossier nucléaire, recherchant avant tout des sanctions. Ce n’est que récemment qu’il s’est rangé à la démarche européenne consistant à persuader Téhéran de faire la lumière sur son programme et de s’ouvrir à des inspections rigoureuses. Jusqu’à présence, cette alternance de la carotte et du bâton n’a produit aucun résultat concret. Le programme nucléaire iranien se serait même accéléré à un point qui semblait impensable il y a seulement quelques mois.
Les sanctions déjà imposées aux banques et aux intérêts iraniens en général ont grevé la croissance du pays, frappant ainsi non pas tant le régime que la population, dont la bienveillance à l’égard du peuple américain, sinon de son gouvernement, ne s’est pourtant pas démentie.
Dans le même ordre d’idées, l’emploi de la force contre l’Iran par les Etats-Unis et leurs alliés créerait à n’en pas douter plus de problèmes qu’il n’en résoudrait.
Nous avons plusieurs façons de signifier notre changement de pied. En élargissant les échanges d’étudiants, les manifestations sportives, par exemple. Quant au dialogue officiel, il devra démarrer à un niveau modeste, mais il faudra s’assurer que les fonctionnaires iraniens qui interviendront sont bien autorisés à parler au nom de leur gouvernement.
Les négociations ne doivent pas se réduire à des tentatives du bout des lèvres, juste pour donner l'impression que “nous avons bien essayé”, mais que nous n’avons d’autre choix que de revenir à notre politique antérieure de confrontation
Si Washington doit soutenir un dialogue américano-iranien, il faudra tôt ou tard que l’Iran renonce à ses menaces contre Israël et se déclare prêt à soutenir un règlement futur entre Palestiniens et Israéliens. Toutefois, Washington ne doit pas faire de ce revirement iranien un préalable à notre dialogue avec Téhéran.
Par ailleurs, l’Iran s’attendra également à un bouleversement des options américaines à son égard et dans l’ensemble de la région. Ce n’est qu’une fois le dialogue amorcé que les décisions concernant ces modifications pourront se préciser.
La route est semée d’embûches. Mais un redressement des relations entre les deux pays ne pourra, c’est évident, que bénéficier à tous les deux. Il est plus que temps de se mettre en chemin.