Mais le fait est que l’élection présidentielle en Iran aura lieu en juin prochain. Le vrai problème est donc, pour les Etats-Unis, de savoir quand et comment faire bouger l’Iran.
Obama voit bien qu'il existe de vastes zones de convergence entre les Etats-Unis et l'Iran quand il s'agit de l'Irak et de l'Afghanistan, et bien d'autres encore où une démarche constructive pourrait produire des résultats concrets pour les deux parties. Au début de ce mois, Hillary Clinton a fait part de l'intention de son gouvernement d'inviter l'Iran à une conférence sur l'Afghanistan. Prévue pour la semaine prochaine, cette rencontre pourrait constituer le point de départ d'une action conjointe.
Les deux pays pourraient ainsi collaborer pour empêcher le trafic de drogue entre l'Afghanistan et l'Iran, puis, au-delà, dans le reste du monde. La communauté internationale devrait applaudir une telle entreprise, qui aiderait à assécher ce canal névralgique du commerce mondial de l'opium. L'arrestation des trafiquants pourrait également régler certains problèmes politiques immédiats de l'Iran et des Etats-Unis en coupant les sources de financement des groupes de Taliban qu’alimentent ces ventes.
S'il était possible d'instaurer la loi et l'ordre dans les régions frontalières de l'ouest de l'Iran où l'armée et la police iraniennes sont inférieures en nombre, en armement et en connaissance du terrain devant des contrebandiers de plus en plus agressifs, on pourrait du même coup affaiblir ou éliminer les réseaux de trafiquants. D'ailleurs, certains de ces margoulins sont alliés à al Qaïda, qui mène une double campagne terroriste, à la fois contre les Etats-Unis et l'Iran, et contre les populations chiites du Pakistan et de l'Irak.
Si le gouvernement américain se déclarait intéressé par l'expédition du matériel de transport, de reconnaissance et de communications qui fait défaut dans les régions de l'Iran frontalières de l'Afghanistan et du Pakistan, où "la guerre anti-drogue" est bien plus qu'une métaphore, cette mesure serait acclamée par la société civile iranienne elle aussi.
Grâce à plusieurs récoltes exceptionnelles et à l'entrée pratiquement libre de la drogue sur territoire iranien, le prix de l'héroïne dans les provinces occidentales de l'Iran est tombé plus bas que celui des cigarettes, ce qui a déclenché une consternante épidémie d'héroïnomanie dans la population iranienne.Combien d'Iraniens, à commencer par moi, ont assisté, impuissants, à la lente marche à la mort des jeunes de nos familles qui ont succombé à l'attrait de ce fléau à la fois abondant et abordable?
Quelle meilleure façon de relancer les relations irano-américaines que de d'attaquer ensemble cet ennemi commun grâce à une coopération entre les experts des deux pays?
Mais avant que ces actions communes puissent exister, il faut que les relations diplomatiques soient reprises. Un geste spectaculaire de ce genre aurait plus de portée que de grandioses promesses de règlement. Toute démarche diplomatique doit à tout prix être assortie de mesures concrètes. Après trois décennies d'occasions ratées, les Iraniens de toutes couleurs politiques se méfient des missives furtives acheminées par des émissaires masqués. A ceci s'ajoute une cruelle incertitude: comment choisir le bon interlocuteur pour la négociation?
Si le président Obama, dans la foulée de son message vidéo, tendait la main directement au guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, il donnerait l'impression de vouloir court-circuiter le parlement et le président démocratiquement élus. S'il se rapprochait du président Mahmoud Ahmadinejad, partisan de la ligne dure, le risque serait encore plus grand, dans la mesure où celui-ci arrive usé à la fin de son mandat. De plus, cette démarche pourrait le conforter dans sa course à un nouveau mandat.
Il ne peut pas non plus, le président Obama, se permettre d’attendre les résultats de l’élection de juin; ce serait, en cas de victoire du camp conservateur, réduire la marge de bonne volonté requise pour des négociations.
La meilleure solution serait de faire passer le message par les soins d’une délégation du Congrès dans l’espoir de susciter un dialogue entre les assemblées élues des deux pays.
Quelle que soit l’identité du destinataire de son message, la bonne volonté d’Obama devrait pouvoir se manifester clairement par des actes spectaculaires présentant des avantages immédiats pour l’Iran comme pour les Etats-Unis. C’est ainsi, et ainsi seulement, que Obama pourra enfin faire bouger une situation alimentée par 30 années de méfiance.