Los Angeles – Nous connaissons tous les différentes façons dont les terroristes se servent de l’Internet : des sites liés à Al-Qaïda, des vidéos pour recruter des membres, le téléchargement des derniers messages vidéo d’Oussama Ben Laden ou encore des manuels en ligne expliquant comment fabriquer des explosifs. Al-Qaïda et ses sympathisants ont été les premiers à utiliser la Toile et sa capacité sans égale pour contacter les gens, dans un but destructeur.
Or une nouvelle tendance allant à l’encontre de ce phénomène est en train de se faire jour. Effectivement, l’usage de l’Internet se répand de plus en plus au Moyen-Orient et nous pouvons désormais dire que la technologie et les médias sociaux ont un impact sur la paix - et non uniquement sur le terrorisme.
Ce sujet figurait justement parmi les thèmes abordés à la conférence d’Abu Dhabi à laquelle j’ai récemment participé. D’ailleurs, j’ai participé à de nombreuses conférences sur la technologie et j’ai rarement vu un enthousiasme et un optimisme comparables à ceux des participants de celle-ci, qui a été organisée par le cheikh Abdullah Ben Zayed, ministre des affaires étrangères des Emirats arabes unis et par l’International Peace Institute, sur l’île de Sir Bani Yas. Les participants étaient notamment : Salam Fayyad, Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, ainsi que d’autres responsables politiques de haut rang, venant de Jordanie, de Palestine, de Malaisie, du Pakistan et de Bahreïn.
Lorsque, le deuxième soir de la conférence, j’ai parlé de l’usage des médias sociaux pour la promotion de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient, j’ai été surprise de voir à quel point la plupart des dirigeants arabes présents étaient prêts à faire davantage appel à ces nouveaux outils sociaux.
Parmi eux, il y avait Khalid Alkhalifa, qui se présente sur Twitter comme « diplomate, ambassadeur, ministre des affaires étrangères de Bahreïn, bon vivant, aimant la lecture et voyageant partout dans le monde ». Féru de Twitter, il maîtrise l’art de connaître ses disciples.
Pendant le dîner de la conférence, Nasser Judeh, ministre des affaires étrangères de la Jordanie, m’a fait part d’une interview qu’il a donnée en direct sur Twitter l’été dernier et au cours de laquelle il a répondu à de nombreuses questions, dont certaines venaient de « Tweeps » ou d’internautes suivant les mêmes intérêts sur Twitter dans son pays. Bien entendu, le fait que la Reine Rania soit sur Facebook, YouTube et Twitter est bien connu de tous - 1,3 millions d’internautes s’intéressent à elle sur ces sites –, ce qui constitue une part essentielle de son répertoire de communication. Au début de ce mois, elle s’est exprimée sur Twitter en ces termes : « la technologie n’est pas simplement un luxe des pays développés, elle est essentielle aux pays en développement ». Ainsi elle s’est fait l’écho du fondateur de Twitter, Biz Stone, pour qui « Twitter n’est pas le triomphe de la technologie, mais celui de l’humanité ».
A travers tout le Moyen-Orient, les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les groupes et les particuliers utilisent des sites sociaux pour avoir un impact sur leur société – que ce soit sur le plan politique, culturel ou social.
En Jordanie, les jeunes s’envoient des texto, des messages sur Twitter et utilisent Facebook et YouTube pour attirer l’attention sur les problèmes écologiques. D’ailleurs l’écologie est une préoccupation dans toute cette région du monde. Le bahreïni Khalid Alkhalifa, a récemment dit sur Twitter : « Les Emirats arabes unis, le Qatar et Bahreïn figurent parmi les plus grands pollueurs de la planète. »
En Egypte, les jeunes utilisent les outils sociaux pour attirer l’attention sur la brutalité de la police et pour pousser leur gouvernement à agir de façon honnête. En effet, la semaine dernière, à l’occasion du premier tour des élections législatives, le gouvernement a refusé de permettre à des observateurs étrangers de superviser le processus. Cependant, le site Internet U-Shahid.org (« Vous êtes témoins » en arabe) a tenté de parer à cette absence de contrôle en sollicitant le témoignage des citoyens égyptiens en cas de problèmes. Les Egyptiens ont pu ainsi signaler des irrégularités par email, sur Twitter (hashtag #USHAHID) ou par texto – et U-Shahid en a gardé la trace sur une carte interactive. Cent vingt-cinq bénévoles travaillent actuellement sur ce projet pour U-Shahid.org.
Une autre initiative dans ce pays, mise en place récemment, vise à recenser les cas de femmes victimes de violence dans les rues du Caire –un grand problème dans cette ville : 83 pour cent des Egyptiennes y ont été victimes de violence sexuelle. Harrassmap est un nouveau site Internet qui aide les femmes à dénoncer anonymement la violence à leur encontre via Twitter, Facebook, courriel ou texto. Le site a pour but de distinguer les quartiers du Caire où cette menace est particulièrement présente, et d’y mener un travail de soutien communautaire.
Au Liban, l’organisation Social Media Exchange propose des formations à l’usage des médias sociaux dans le but de développer des projets tels que « Construire une culture de la paix », dont l'objectif est d’enseigner aux jeunes militants libanais comment résoudre un conflit.
Par ailleurs, partout au Moyen-Orient, les jeunes téléchargent l’application Mideast Youth pour iPhone, outil qui prétend réunir en un seul endroit ce que la jeunesse de la région dit sur Twitter, Facebook, Friendfeed et tout un éventail d’autres sites en vogue. Les particularités de cette application sont notamment qu’on peut avoir accès à un flot d’information provenant de tout le Moyen-Orient, aux derniers tweets de la région, aux podcasts de la jeunesse orientale ainsi qu’à une liste de groupes de défense des droits de l’homme sur Facebook dans la région.
Désormais notre plus grand espoir pour le Moyen-Orient ne repose plus sur la pression exercée par notre gouvernement sur les gouvernements de cette région – pression qui a d’ailleurs souvent échoué. Si de véritables changements se produisent dans cette partie du monde, ce sera de la base vers le sommet – et les médias sociaux nourriront cette transformation.
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*Arianna Huffington, co-fondatrice et rédactrice en chef du journal
The Huffington Post, est une journaliste qu'on lit dans tous les Etats-Unis. Elle est l'auteur de treize ouvrages.
Article abrégé distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l’autorisation de
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