Maati Kabbal - Il y a le regard, le geste et il y a le silence comme maitre de la création. Le peintre commence par décomposer, ensuite déconstruire les lignes de force de l'espace pictural pour en reconstituer par strates l'alchimie parfaite des couleurs.
Fouad bellamine par Fouad Maazouz
Etre artiste-peintre revient ainsi, parmi bien de nombreuses qualités, à commenter, décortiquer le travail d'un autre peintre. Il s'agit d'une maîtrise de la texture, des volumes, des surfaces, des messages manifestes ou latents. Seul le peintre est à même d'en posséder la formule. Fouad Bellamine est l'un des rares artistes Marocains à cultiver la pédagogie du regard et du savoir. Une familiarité qui n'est donnée qu'à ceux qui arpentent fréquemment les espaces des musées et des galeries, s'imprègnent de ce qu'ils présentent et représentent comme expériences singulières.
L'exposition Gustave Courbet qui se tient au Grand palais jusqu'au 18 janvier a eu l'effet d'un déclic sur la rétine et la gestuelle de Bellamine, notamment le tableau, l'origine du Monde, peint en 1866. Ce travail a fait l'objet d'une âpre polémique avec l'ambassadeur d'Iran au Mexique. Bellamine n'a pas pastiché Gustave Courbet, mais fasciné par la scène de « l'ob-scène » comme scène primitive de procréation et de création ( une femme dans une posture lascive au sexe offert avec abondance), il en a fait une scène juteuse. Nous sommes en présence d'une dialectique antinomique : le clos et l'ouvert. Une culture de la clôture est aujourd'hui à l'œuvre dans de nombreux pays, dont l'Iran. Bellamine réussira t-il à montrer ce travail au Maroc ? la juxtaposition dôme, ouverture, rondeurs n'a rien de fortuit.
Le dôme nous introduit dans la scène de la niche dont Bellamine a su réhabiliter les courbes et la forme circulaire. La symbolique de la Qoubba, de la coupole, renvoie à la forme circulaire de la terre et du monde, mais elle indique également les rondeurs du féminin. Corps noble dans lequel se manifeste la profusion de la maternité de la mère et de l'amante. Dans ce condensé riche du sacré se lisent de nombreux messages. La fusion opérée par Bellamine brouille les codes du sacré en nous introduisant à cela même qui est l'essence de l'art : la transgression. L'art n'est-il pas par essence un acte de subversion ? il n'a pu évoluer que par cette série d'actes. Fouad Bellamine est à cet égard un peintre qui s'inscrit dans la mouvance, pionnière, de l'enfreindre : codes, formes, usages, statuts etc…
Rappelons que des pièces de Fouad Bellamine seront exposées lors de l'exposition Modernité plurielle qui se tiendra du 8 décembre au 9 mars 2008 à l'Institut du Monde arabe à Paris.
Bellamine figure aux côtés d'autres peintres comme : Chaïbia Talal, Farid Belkahia, Mohamed Kacimi, Mohamed Melehi, Mehdi Qotbi.