Si lors de la précédente élection, en 2002, les candidats ne s'étaient guère intéressés à l'internet, ils ont cette fois-ci mis les moyens pour ne pas manquer le train. Il est vrai qu'en 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne, la classe politique s'était laissé surprendre par la circulation importante via le net d'argumentaires favorables au non, qui l'avait finalement emporté.
En 2007, les candidats disposent tous d'un site amiral, certains constituant de véritables ensembles multimédias mariant texte, image et son.
S'y ajoutent des blogs de comités de soutien et de personnalités favorables au candidat.
La socialiste Ségolène Royal a été une des premières à ouvrir son site (www.desirdavenir.org), dès la course interne à l'investiture de son parti.
Son principal adversaire de droite a rapidement riposté (www.sarkozy.fr).
L'équipe de Nicolas Sarkozy revendique aussi quelque 900 blogs militants favorables au patron de l'UMP.
"Sans Désirs d'avenir et ses très nombreux sites décentralisés, Ségolène Royal ne serait sans doute pas la candidate du PS", affirme Thierry Crouzet, auteur du livre "Le Cinquième pouvoir, comment internet bouleverse la politique".
"Internet joue un rôle très important dans la coordination de la campagne des candidats", relève Thierry Vedel du Centre d'études de la vie politique française (Cevipof). Il facilite l'organisation des réunions, la mobilisation des militants, la diffusion des argumentaires.
Internet, qui agit comme une "formidable caisse de résonance", peut également être utilisé pour déstabiliser un candidat, souligne M. Crouzet, éditeur du site Bonweb.com. Le moindre propos controversé peut se retrouver sur le web, video à l'appui, ainsi que l'a expérimenté Ségolène Royal après des déclarations controversées sur le temps de travail des enseignants, diffusées lors de la primaire socialiste.
Internet peut "constituer un formidable outil de dénigrement de l'adversaire, comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis", reconnaît M. Crouzet.
Certains, comme Nicolas Sarkozy, tentent d'ailleurs de prendre les devants en ouvrant leur propre site satirique.
Mais le poids politique réel de l'internet semble encore marginal, ce nouveau média mobilisant surtout un public jeune et diplômé déjà intéressé par la politique.
La télévision reste de loin (58%) la première source d'information politique des électeurs français, internet recueillant 5%, son score montant à 10% chez les 18-34 ans, selon un baromètre du Cevipof.
En outre, selon un récent sondage, 24% d'électeurs internautes déclarent que leur vote pourrait être influencé par l'internet mais 71% ne le pensent pas.
"L'internet participera à la formation du choix mais ce n'est pas lui qui va faire le vote", commente Yves-Marie Cann, du département opinion publique de l'institut de sondages Ifop.
"Plus de la moitié des électeurs n'ont pas accès à internet et ceux qui le consultent ne cherchent pas forcément de l'information politique", souligne-t-il.
Pour Thierry Vedel, "l'internet souffre d'être perçu comme un média peu fiable et seulement un tiers des électeurs internautes ont confiance dans ses informations".