Frappés par la crise, des immigrés peinent à envoyer de l'argent au pays


MAP le 11 Août 2009


Isabelle LIGNER : Durement touchés par la crise économique, un nombre croissant d'immigrés doivent diminuer le montant des fonds qu'ils envoient dans leur pays d'origine, ou se serrer la ceinture pour "sauver la face" et continuer à assurer un financement souvent vital pour leurs proches.


Manuela Celedon, une Mexicaine de 42 ans résidant et travaillant à Saint-Denis, près de Paris, depuis 20 ans, se sent "très coupable". Ayant perdu l'un des trois emplois de garde d'enfants qui lui rapportaient environ 1.000 euros par mois au total, elle n'envoie plus que 200 euros par mois contre 250 auparavant à sa mère, son frère et ses quatre nièces.

"Je suis très inquiète car les emplois se font rares, un de mes employeurs vient de me licencier, l'autre m'a demandé de réduire mon taux horaire (salaire, ndlr) qui est déjà très bas", souligne cette femme, les traits tirés.

Les dernières prévisions de la Banque mondiale, publiées mi-juillet, tablent sur une chute d'au moins 7,3% des envois de fonds des 200 millions d'immigrés dans le monde, qui atteignaient en 2008 un total de 328 milliards de dollars.

La Banque mondiale souligne le danger de paupérisation de nombreux pays en développement, pour lesquels ces fonds atteignant parfois plus de 20% du PIB jouent un rô le crucial dans la lutte contre la pauvreté, le soutien de la consommation des ménages et constituent un des leviers de la microfinance.

Avec la hausse du chô mage dans les pays riches, la Banque mondiale s'inquiète également des effets d'un éventuel durcissement des législations sur l'immigration.

"Comme toujours, la crise frappe les plus pauvres, les immigrés en France et ceux qui sont déjà dans la misère dans des pays comme Haïti", s'indigne Augustine Saint-Jean, Haïtienne de 32 ans, coiffeuse à domicile à Montreuil, en région parisienne. "Je gagne de moins en moins, à peine 900 euros par mois depuis mai, car pour mes clients mon activité est un luxe qu'ils peuvent de moins en moins se permettre", raconte-t-elle.

Elle n'envoie plus chaque mois que 150 euros au lieu de 250 qu'attendent sept de ses proches: "Je suis très angoissée pour l'avenir, le mien et celui de ceux qui dépendent de moi", confie la jeune femme.

A la Western Union, l'un des spécialistes mondiaux des transferts d'espèces, on ne fait pas de commentaire officiel mais un employé d'une agence parisienne assure sous couvert d'anonymat que le nombre et le montant des transferts ont "beaucoup baissé" depuis six mois.

Certains immigrés tentent pourtant de dissimuler leurs difficultés à leurs proches restés au pays.

Résidant depuis 31 ans à Mantes-la-Jolie, à l'ouest de Paris, Amadou Koné, Malien âgé de 54 ans, a été licencié d'un de ses deux emplois dans le nettoyage en juin. Mais il met un point d'honneur à continuer à envoyer 400 euros par mois aux 12 personnes qu'il fait vivre dans la région de Kayes (ouest du Mali).

"L'important, c'est de sauver la face, je ne vais pas parler de mes problèmes, je dépense moins pour moi et j'envoie la même somme", dit-il.

"Les explications sur la crise dans les pays riches, les Marocains restés au pays ne les comprennent pas", renchérit Mohammed Jamal, Marocain de 36 ans, livreur au chô mage depuis deux mois.

M. Jamal, habitant Bobigny, envoie 200 à 300 euros par mois à 12 proches au Maroc. "Une équation impossible", résume-t-il. "Pour eux, qui voient la vie en Europe comme un eldorado, si tu as la chance de vivre ici et que tu ne gagnes pas d'argent, c'est simplement que tu te débrouilles mal".


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