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Google contre la Chine: qui gagne, la liberté de l'internet ou les censeurs?


AFP le 25 Mars 2010


Pékin - La décision de Google de fermer son site en Chine a été saluée comme une victoire par les partisans de la liberté de l'internet, mais ni les censeurs chinois ni leurs opposants ne sortent victorieux de cette bataille, jugent des analystes.


Google contre la Chine: qui gagne, la liberté de l'internet ou les censeurs?
Des associations de défense des droits de l'Homme ont salué la "position courageuse" de Google qui sortirait grandi du bras de fer pour avoir refusé de se plier aux règles du régime communiste chinois en cessant d'autocensurer son moteur de recherche google.cn.

Pour d'autres, ce sont les censeurs de Pékin qui ont gagné cette épreuve de force de deux mois en ne cédant pas devant les menaces de départ de Google, ce qui induit un risque élevé de durcissement de la censure pour la communauté d'internautes la plus vaste de la planète (400 millions).

Mais les conditions dans lesquelles le plus grand moteur de recherches au monde se retire de facto de Chine continentale posent question, alors que Google acceptait depuis quatre ans de s'autocensurer pour être présent sur ce gigantesque marché.

"Pourquoi est-ce que tout d'un coup ils décident qu'ils ne peuvent plus se soumettre à la censure?", se demande Jean-Philippe Béja, du Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hong Kong.

"Il y a eu une prise de conscience, ils sont en train de perdre leur âme en Chine, ils ont essayé mais ça n'a pas marché? C'est à moitié convaincant comme explication", dit-il.

Le groupe américain a aussi été mis sous pression l'an dernier par Pékin qui l'a accusé de propager violence et pornographie et a été secoué par le départ de son charismatique président en Chine, Lee Kai-fu, avant de subir des cyberattaques massives.

"Il s'est passé quelque chose", dit le chercheur, sans exclure que les Chinois aient pu violer un accord avec Google sur sa messagerie Gmail, par exemple, ou que les Etats-Unis "en aient eu assez des attaques de hackers" chinois et que le retrait, très politique, de Google "intervienne en représailles".

Il peut aussi s'agir pour Google d'une simple "affaire de stratégie commerciale", dit-il, à un moment où le géant américain, mis en cause dans de nombreux pays, veut "redorer son blason sur la scène internationale".

De son cô té, si la Chine apparaît triompher dans la mesure où elle n'a pas cédé sur la censure, il pourrait s'agir d'une victoire à la Pyrrhus.

"Le gouvernement chinois n'a pas maîtrisé la bataille", note Renaud de Spens, spécialiste de l'internet en Chine.

"Tous les journaux ont parlé de la censure, en toutes lettres, c'était assez nouveau. Donc tout le monde a été amené à réfléchir à ce concept".

De plus, cette censure "est complètement condamnée par toutes les possibilités de détournement", ajoute-t-il. "Aujourd'hui il y a une explosion du marché du VPN (réseaux privés: ndlr) en Chine, plein d'entreprises chinoises avec pignon sur rue vendent des VPN pour détourner la censure".

"La censure est aujourd'hui inadaptée en raison de la maturation de l'opinion publique chinoise", ajoute M. de Spens.

Les internautes chinois disposent de multiples outils, ni sophistiqués ni coûteux (les VPN les moins chers coûtent environ 25 euros par an), pour franchir allègrement la Grande muraille édifiée par Pékin -- avec la technologie américaine notamment -- afin de censurer l'internet.

"Environ 30% des internautes sautent le mur", dit M. Béja, citant une étude de spécialistes.

Malgré tout, certains analystes de l'internet en Chine s'inquiètent des répercussions du départ de Google.

"La situation en Chine -- en tout cas en ce qui concerne la censure, la réglementation et la manipulation de l'internet -- ne va probablement pas s'arranger de sitô t, et pourrait en fait s'aggraver", estime Rebecca MacKinnon, sur son site.


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