|
|
|||||||
|
|
Hindi Zahra : Une chanteuse nomade, entre la France et le Marocpar Stefan Franzen - CGNEWS le 15 Février 2010
Paris – Hindi Zahra est le nouveau visage d’une jeune génération de chanteuses et de compositrices nord-africaines, émancipées et cosmopolites. Son album Handmade sort fin février.
Née à Khouribga dans le sud du Maroc, l’artiste se dit une nomade invétérée : « Dès ma tendre enfance, j’étais sur les routes avec mes parents, immergée au quotidien dans la musique marocaine – des chants de femmes berbères et de Gnaouas [ordre soufi marocain] en passant par le rock. J’aimais aussi particulièrement la musique des Touareg, la musique égyptienne et celle de Bollywood. » Outre toutes ces différentes influences, ce qui a véritablement conditionné l’artiste, c’est la voix mélodieuse, omniprésente, de sa mère. Chez les Berbères, le chant a toujours été le domaine réservé des femmes et, dans chaque famille, il y a toujours au moins une femme qui chante. Hindi Zahra explique, avec beaucoup d’émotion, que c’est grâce à ce vécu, qu’elle possède une grande dose d’assurance, féminine, « forte et profonde ». Ce n’est donc pas étonnant que toutes ses idoles soient des femmes, à savoir la chanteuse de jazz américaine Ella Fitzgerald, la grande diva égyptienne Oum Kalthoum et la Péruvienne Yma Sumac au timbre exotique et au registre extraordinaire de cinq octaves. « Ce sont toutes des divas de la tristesse » fait-elle remarquer. L’artiste marocaine est arrivée à Paris alors qu’elle débutait dans la chanson, avec la ferme volonté de se libérer des liens avec son pays natal pour découvrir de nouvelles cultures. Cela n’a pas été facile. Elle se souvient : « C’est dur pour tous [les immigrés] de s’installer dans un nouveau pays, particulièrement pour les jeunes. Mentalement, on peut s’adapter plus facilement au changement quand on est adulte. Pour les jeunes, le changement est trop pesant. S’adapter à la vie d’une grande ville a été très difficile pour moi. J’étais habituée à être sur les routes. » Vivant dans la communauté berbère, dans un pays doté d’une forte culture arabe et où l’on parle plutôt l’arabe que le berbère, Hindi Zahra avait toujours eu en grandissant le vague sentiment de vivre dans un « quelque part » un peu confus. Ce sentiment lui a en même temps permis de s’adapter à de nouveaux endroits – et même à la vie parisienne. Elle a commencé sa vie sur les bords de la Seine comme choriste soul. « Mais ça me frustrait de travailler uniquement avec des musiciens occidentaux », se rappelle-t-elle. « En même temps, c’est là que j’ai pris conscience de la richesse que j’avais en moi. C’est ainsi que j’ai voulu transformer la culture musicale de mon pays, introduire différents instruments, surtout le piano et la guitare électrique, pour créer un mélange harmonieux d’instruments très différents. » L’aboutissement du voyage de cette jeune femme dans sa découverte de soi peut être entendu sur l’album Handmade, principalement acoustique, de blues berbère, avec des morceaux qui rappellent le trance ou qui sont inspirés des sons jazz des années 1930 et 1940, chantés en anglais et en berbère. Le magazine anglais Wire décrit « Beautiful Tango » comme une des meilleures chansons de l’album, la comparant à un croisement entre la musique du guitariste manouche Django Reinhardt et la voix de la chanteuse de jazz américaine Billie Holiday. « Je suis bien d’accord, » dit-elle en riant. « Le rythme est tout à fait basé sur les battements de mains berbères. Et le blues berbère est proche de la musique des manouches français. Pas très étonnant, puisque ce sont deux peuples nomades. Quant au vieux jazz, cela me fascine et m’influence depuis longtemps. Pour moi, les musiciens de jazz sont semblables à des marins voyageant vers l’inconnu. Moi aussi, je suis du voyage, par le biais de ma voix. » Les onze chansons de l’album ont pour particularité leur côté spontané et informel, certaines sont des miniatures intimes déstructurées, d’autres des hymnes à la nuit. L’artiste a aussi un faible pour le psychédélique : la chanson « Set Me Free » (libère-moi) par exemple, est censée dégager l’atmosphère d’une nuit dans le désert, où l’on regarde en silence les étoiles en plongeant dans la contemplation de la nature et dans la méditation sur le sens de la vie. Selon Hindi Zahra, la guitare électrique peut vous emporter jusqu’aux étoiles. Certaines chansons ont des thèmes plus spécifiques. Par exemple, « Oursoul » (mot berbère à consonance anglaise) est le titre d’une chanson qui explore délicatement le thème du mariage forcé – tradition culturelle, et non islamique - toujours en vigueur dans cette région du monde. Handmade a été enregistré dans un grand studio d’artiste dans le souci de préserver un caractère artisanal authentique. Après tout, les musiciens travaillent de leurs mains, la musique est donc bel et bien une forme d’artisanat pour Hindi Zahra. « Les arrangements musicaux et vocaux me viennent dans mes rêves», dit-elle très sérieusement. « Les mélodies viennent d’elles-mêmes, sans grand effort de ma part. Je travaille instinctivement, sans rien noter ». Pour son travail en studio, la chanteuse est constamment en déplacement. Que cela soit au Maroc, à Paris, à Bruxelles ou à Londres, elle reste une vraie nomade.
________________________Dans la même rubrique_________________________
|
PARTICIPER
|
|
||||






















Digg
Reddit
Y!
Technorati
Wikio
Facebook
MySpace
Twitter
LinkedIn
Le photographe Hassan Nadim, et «une promenade silencieuse» à la galerie "noir sur blanc"
