Intégrisme: des enseignants et hospitaliers lyonnais nuancent


AP le 26 Janvier 2010


Lyon - En plein débat sur le voile intégral, "partie visible de cette marée noire de l'intégrisme", selon le président de la mission d'information parlementaire André Gerin, certains professionnels qui travaillent au quotidien dans des écoles et des hôpitaux de l'agglomération lyonnaise relativisent l'ampleur des dérives fondamentalistes dans leur secteur.


André Gerin
André Gerin
D'après des enseignants ou hospitaliers interrogés par l'Associated Press, les phénomènes liés à l'intégrisme islamique évoqués par André Gerin, surviennent de façon sporadique et sont plutôt rares.

Lors d'une conférence de presse le 14 janvier dernier, le député communiste, dont la mission doit remettre mardi son rapport, avait rapporté que "dans certains lycées, certains adolescents réfutent systématiquement les cours d'histoire-géographie ou de sciences naturelles quand il s'agit par exemple de théorie de l'évolution".

Des propos "très exagérés", selon Stéphane Gomez, professeur d'histoire-géographie au collège Gérard Philippe de Saint-Priest (Rhône) en Zone d'Education Prioritaire (ZEP) et secrétaire départemental du SNES, le Syndicat national des enseignements de second degré.

"C'est vrai que c'est quelque chose qui existait il y a une dizaine d'années quand j'ai commencé: on entendait des remarques en cours sur la théorie de l'évolution", se souvient Stéphane Gomez. "Il s'agissait soit d'affrontements directs avec le professeur, soit d'une stratégie d'évitement avec des élèves qui nous remontaient des propos qu'ils avaient entendus de la bouche de ceux qu'on appelait à l'époque les imams des caves: 'tu as besoin de ton diplôme, alors sur ta copie écris ce que le professeur raconte en cours, mais n'oublie jamais que la vérité, c'est celle de l'imam'", raconte-t-il.

"Mais aujourd'hui, cette réalité me semble marginalisée. Il n'existe pas de statistiques sur ce sujet, mais je peux vous dire que cela n'a jamais été un phénomène de masse. Et la loi sur les signes (religieux) ostentatoires a aussi permis de déblayer le terrain et de sortir du cas par cas. Depuis 2004, ce genre de comportement est très rare", tempère l'enseignant.

Lors de la même conférence de presse, Gerin avait expliqué que "dans certains collèges, 50% des filles refusent d'aller en cours de gym, surtout quand il y a de la natation au programme" pour des raisons religieuses. Anouk Médard, professeure de sports depuis 1995 au collège Jules Michelet situé aux Minguettes, un quartier réputé difficile de Vénissieux, dans la banlieue sud de Lyon, juge toutefois que "c'est très, très largement exagéré!"

"Après en avoir discuté avec mes collègues, je peux vous dire que pour les cours de natation où, c'est vrai, nous avons les plus forts taux d'absentéisme et de dispenses, 5 à 10% seulement des élèves ne viennent pas", assure l'enseignante. "Et il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'adolescents dont le corps change et que certains ne viennent pas uniquement parce qu'ils ne se sentent pas à l'aise en maillots de bain devant toute leur classe!", note-t-elle.

"Au moment du Ramadan, régulièrement certains élèves ne veulent plus venir à la piscine, ils ont peur d'avaler de l'eau sans le faire exprès. Mais dans la grande majorité des cas, une explication bien menée permet de les convaincre", raconte la professeure de sport.

"Le plus gros problème en réalité, ce sont les élèves qui arrivent avec une dispense. On sait qu'il y a des dispenses de complaisance. Quand je vois qu'un médecin écrit 'allergie au chlore' et que l'enfant me dit qu'il n'a passé aucun test, je me doute que ce n'est pas vrai. De toute façon, ces dispenses viennent toujours des mêmes médecins. Mais là, on ne peut quasiment rien faire", reconnaît-elle.

Certains hospitaliers nuancent aussi les problèmes dans les hôpitaux. "Trois à quatre fois par semaine, on rencontre des attitudes violentes envers les médecins de la part de maris qui refusent que leurs femmes soient examinées par des professionnels de santé hommes", avait affirmé André Gerin.

Frédéric Abad, un homme qui exerce comme sage-femme à l'hôpital Lyon Sud, assure que "ce genre de situation n'est absolument pas courant". "C'est même très exceptionnel", ajoute-t-il.

"En treize ans d'exercice, j'ai eu un problème. C'était il y quatre ou cinq ans", raconte Frédéric Abad. "J'avais une de mes collègues qui suivait une dame voilée avec son mari qui l'accompagnait. Quand un enfant vient de naître la deuxième sage-femme vient récupérer le bébé, lui faire les premiers soins. Et quand je suis entré dans la salle, le mari m'a sauté dessus. C'était particulièrement violent mais on a réussi à calmer la situation".

"Mais très franchement, ça n'arrive plus parce que les gens sont bien au courant que les équipes sont mixtes à l'hôpital", modère Abad qui travaille dans un service où des affiches, qui expliquent aux patientes qu'elles peuvent éventuellement être prises en charge dans leur parcours par un homme, ont été placardées sur les murs.


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