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Jean Ferrat n'est plus


Sarra Grira le 14 Mars 2010

eMarrakech L’heure s’est à jamais arrêtée au cadran de la montre. Dans son village de l’Ardèche, Jean Ferrat est allé rejoindre ce panthéon d’artistes et d’amis qu’il a si souvent évoqués dans ses chansons : Pablo son ami, le grand Neruda, Brassens, Lorca et j’en passe.


Jean Ferrat n'est plus
Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, a vu le jour le 26 décembre 1930. D’origine juive, il échappe aux déportations grâce à des militants communistes qui le sauvent, à l’âge de 11 ans. Une reconnaissance que le jeune Jean transformera plus tard en militantisme. Les grands événements historiques seront illustrés par ses chansons (« La Commune », « Potemkine », « Nuit et brouillard » pour la Seconde Guerre Mondiale). Et l’esprit communiste de la solidarité et de la fraternité jaillit à chaque strophe, à chaque refrain : « Mon frère, mon ami, Mon fils, mon camarade, Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint ».

Mais Jean Ferrat est aussi à l’image des grands poètes engagés qui donnèrent à lire les plus beaux poèmes d’amour. Aussi, si l’on se souvient de lui comme de celui qui « ne chante pas pour passer le temps », Ferrat reste indéniablement l’un des plus grands chanteurs d’amour de la chanson française. La fraternité communiste tout autant que la beauté du verbe le poussèrent vers la poésie de Louis Aragon, poète dont le nom sera à jamais associé à celui de Ferrat. Les textes du premier furent portés par la composition et la voix, que l’on distingue entre mille, du second. C’est alors que les chants d’amour inoubliables (« Heureux celui qui meurt d’aimer », « Que serai-je sans toi ? ») se mêlèrent aux textes les plus engagés (« Un jour, un jour », « Les Poètes »).

Jean Ferrat ou la figure du révolté et de l’insoumis. Certains de ses titres furent un temps interdits d’antenne. Conscient que ses chansons dérangeaient une certaine opinion publique bien pensante, il rétorquait dans sa chanson « Le Bruit des bottes » : « On a beau me dire qu’en France, On peut dormir à l’abri, Des Pinochet en puissance, Travaillent aussi du képi ». Une duperie qu’il refusait tout autant à l’égard du Parti communiste dont il fut pourtant compagnon de route : en 1968, à l’heure où Moscou réprimait le Printemps de Prague, le voilà qu’il prend son micro pour dénoncer avec « Camarade », une révolution trahie.

Ferrat quitta très tôt la scène. Son dernier concert date de 1972. Mais le tour de chant arrêté, il continua à sortir des albums, dont « La Montagne », hommage à la région de l’Ardèche dans laquelle il a choisi de s’installer, fut un des plus brillants succès. Lui qui voulait « mourir debout, dans un champ, au soleil » aura gravé dans les mémoires l’image d’un artiste fier et d’un homme militant, qu’il fut jusqu’au bout. Adieu, Ferrat mon ami.

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