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MAP - Hassan Hermas - publié le Vendredi 16 Juin à 13:44

Juan Goytisolo, intellectuel engagé et homme d'exception



​Agadir - Le décès dernièrement de l’écrivain espagnol Juan Goytisolo a suscité l'émoi dans les milieux littéraires au Maroc et à l'étranger. Auteur d'une quinzaine de romans et de nombreux essais, Goytisolo fut un fervent défenseur de la diversité comme source de richesse et de progrès, constamment jaloux de son indépendance morale et intellectuelle.



Juan Goytisolo
Juan Goytisolo
Sa disparition a laissé place à un concert d'hommage du monde politique également. Il était un homme engagé, un citoyen du monde qui a servi de trait d'union entre orient et occident.

Outre sa défense des valeurs de partage, d’échange et d’interculturalité, ce natif de Barcelone en 1931 est considéré comme l’un des auteurs les plus engagés de sa génération, notamment en faveur des droits de l’Homme et de la défense des causes justes, dont la question palestinienne. 

Sa disparition le 4 juin dernier a eu un impact tout aussi douloureux parmi son cercle intime d’amis et proches à Marrakech où l'écrivain s'est installé depuis plusieurs années.

Au quartier populaire "El Kennaria", lieu de sa résidence jusqu'à sa mort, il était très apprécié des gens modestes parmi ses voisins auprès desquels il a eu à ressentir la force des valeurs de partage et de l’entraide dans la convivialité.

Le choix de cet endroit précis de la ville ocre n’a pas été fortuit. Il permettait à Goytisolo d'être à proximité de la mythique place Jamaa El Fna devenue sa source d'inspiration. Cette affection pour la place le poussa à lancer, aux côtés d’autres intellectuels marocains, l’initiative de la candidature de cet espace pour être reconnue "patrimoine culturel immatériel de l’humanité" par l’Unesco, projet qui se concrétisa avec la proclamation de Jamaa El Fna comme tel en 2001.

Le défunt vouait une admiration sans limite pour cet "espace magique de sociabilité", selon ses propres mots. La Place offre en effet une concentration exceptionnelle de traditions culturelles populaires qui s’expriment à travers la musique, les contes et diverses autres expressions artistiques.

Située à l’entrée de la Médina, elle est le théâtre quotidien d’activités commerciales et de divertissements et un point de rencontre pour les habitants de la ville mais également pour les touristes venus des quatre coins du monde.

Pendant de nombreuses années, Café Matich, attenant à l'ancien Ryad Zeitoun, fut son lieu favori pour contempler la place et retrouver ses amis et ses compagnons le soir lorsque la vie reprend tout son rythme et sa splendeur sur la place.

"Comment définir ce qui, par son caractère protéiforme et sa cordialité insinuante, échappe à tout schéma réducteur ? Sa position stratégique, dans le coin le plus fréquenté, en faisait le bastion, le cœur de la place", écrivait Juan Goytisolo, au sujet de la position stratégique de ce café qui a été ensuite fermé définitivement au grand regret de l'écrivain.

Il a ensuite jeté son dévolu sur la première rangée de la terrasse du "Café de France", endroit tout aussi stratégique à Jamaa El Fna. Il pouvait y admirer le spectacle offert par des clowns, jongleurs, conteurs et autres artistes, dont les numéros attiraient quotidiennement une immense foule d'adultes et d’enfants friands d'histoires.

L'écrivain avait une admiration particulière pour le talentueux conteur Mohamed Baris, signe des rapports humains qui le liaient aux différents acteurs de l'univers de la place et de la Médina en général.

Au fil des ans, tout ce beau monde connaissait de près Juan Goytisolo qui, à son tour, éprouvait à leur égard la même estime qui traduit l’immense passion de l’écrivain pour sa ville d'adoption, symbole par excellence pour lui de la diversité et du métissage culturels.

Ces dernières années, le poids de l'âge a eu raison de cet homme d’exception. Il ne pouvait plus se déplacer que sur chaise roulante vers son endroit préféré au cœur de Marrakech.

Jusqu’au dernier jour de sa vie, il a néanmoins incarné le rôle de trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée en puisant, dans ses écrits tant comme journaliste qu’écrivain, dans le patrimoine authentique du Maroc pour nourrir la littérature universelle.

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