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Khalid NACIRI : Maintenant parlons entre nous les yeux dans les yeux

Khalid NACIRI Le Matin le 6 Août 2009

Le Maroc a mal à sa démocratie balbutiante, à cause, non pas d'une volonté velléitaire d'un Etat sans stratégie, mais d'une classe politique, d'une élite civile et d'une communauté médiatique largement immatures et irresponsables.



Khalid NACIRI
Khalid NACIRI
Tel est le paradoxe du Maroc : Un pays qui structure une démarche de mise à niveau et de modernisation tous azimuts, qui y enregistre des succès remarquables, qui avance, qui se transforme, qui résorbe progressivement ses déficits, mais qui traîne des casseroles en guise de relais. Le Maroc est un Etat qui fonctionne loin de son optimum parce qu'il a trop peu de relais. L'essentiel de l'espace public est squatté par les vociférations du grand orchestre du nihilisme ravageur, dont les membres rivalisent de nuisance, insensibles aux terribles dommages qu'ils font subir à cette nation. Les revues «Tel Quel» et «Nichane» en sont des prototypes avérés. Après avoir traité durant plusieurs semaines d'affilée, les 10 ans de règne, en long, en large et surtout en travers, faisant dans la surenchère et la provocation, ces magazines croient accéder à l'héroïsme suprême, en réalisant et publiant un sondage d'opinion sur la monarchie. Et jouant l'innocence bafouée, croient s'en sortir par une entourloupette puérile, en vertu de laquelle, il n'y a pas de loi sur les sondages, par conséquent, on sonde…sur la monarchie. Le gouvernement réagit comme le prévoit la Constitution et le Code de la presse : nul n'est autorisé à se jouer de l'institution monarchique, donc le sondage ne peut être autorisé à paraître. Hélas, en face, la classe politique marocaine, l'élite civile et la communauté médiatique, à quelques très rares exceptions près, critiquent dans le pire des cas la réaction du gouvernement, et dans le meilleur des cas, se font porter aux abonnés absents. Le courage politique, la vision stratégique, la mission pédagogique, toutes ces valeurs qui ont fait leur gloire par le passé, ne sont plus que des concepts creux dans le nouveau landerneau politique marocain.Ces trois composantes essentielles de l'espace public national, qui ont vocation à encadrer les citoyens, à les aider à comprendre, à les former à l'école du civisme, qui ont à jouer le rôle de relais de la citoyenneté démocratique, ces trois composantes déclarent forfait. Commençons par la classe politique : force est d'exprimer un sentiment de consternation face à son incurie, à son absence de réactivité, à son déficit d'imagination, à sa propension à la banale gestion des affaires courantes. A cause de son impéritie, le débat, susceptible de vivifier une démocratie naissante, fait défaut. Quelques rares exceptions se retrouvant au sein des partis ou en dehors, vaincues par la lassitude ou le découragement, sont là pour témoigner malgré tout qu'une flamme perdure encore. Celle-ci nous permet de ne pas désespérer. En attendant, le pays est soumis au matraquage cacophonique du discours unique négativiste. Idem pour l'élite civile qui se déploie dans une démission généralisée, se contentant de «cultiver son jardin». Dans le meilleur des cas, cela advient dans une indifférence totale, allant jusqu'au boycott des élections et de la vie nationale, et dans le pire des cas, jusqu'à verser de l'eau au moulin de toutes les contestations, y compris les plus irrationnelles, réécrivant à sa manière le cogito de Descartes : « Je pense, donc je suis contre». Et pour encadrer tout ce beau monde, une presse largement acquise au sensationnalisme irresponsable, à la recherche des gains faramineux et cultivant le nihilisme sublimé. Quelques plumes courageuses toutefois sortent du lot… hirondelles incapables de faire le printemps en cet automne de la presse à principes. Et voilà que grâce à cette alchimie incongrue, le Maroc passe insensiblement, des dérapages des années de plomb, aux dérapages contemporains des médias, c'est-à-dire d'une dictature ampoulée de l'Etat à une dictature nouvelle, celle de la presse nihiliste, qui rase tout sur son passage. Celle-ci qui réclame le droit de bousculer toutes les sacralités, s'auto-propulse elle-même en néo-sacralité, inaccessible et intouchable. Et gare à qui oserait élever la voix pour s'indigner de ses outrances, de ses mensonges, de ses injures, de ses diffamations. Il sera voué aux gémonies. Le terrorisme intellectuel a tué le débat et fait le lit de la médiocrité Le résultat est un incommensurable gâchis. Le Maroc donne l'impression d'être une bizarrerie que la science politique serait bien en peine de décrypter. Le pays se reconstruit mais, bizarrement, avec des acteurs qui paraissent quasiment tous, opposés à tout ce qui se fait ! C'est cette image schizophrénique qui caractérise le Maroc d'aujourd'hui. La raison est d'une extrême simplicité : seule la confrérie des refuzniks s'exprime parce qu'en face, une nouvelle terreur s'est installée, qui empêche les esprits les plus lucides, les plus équilibrés, les plus objectifs de leur apporter la contradiction. Ils se feraient malmener comme des malpropres. Si ce pays a encore du ressort, il est temps que chacun assume ses responsabilités. Le Maroc est un pays en transition, mais paradoxalement sans débat ! Cela ne peut continuer de la sorte. C'est ce terrorisme intellectuel, qui a remplacé le débat par l'invective, l'injure et la diffamation. Le plus gros des titres de la presse dite «indépendante» ne fait pas d'analyse, ne s'adresse pas à l'intelligence. Cela est remplacé par des poncifs mal fagotés sur les « néo-makhzéniens »…Par le terrorisme intellectuel, cette déferlante de la médiocrité a fait le vide autour d'elle. Le Maroc mérite mieux que cela. Oui le Maroc a toutes les raisons d'avoir mal, très mal, à sa démocratie balbutiante. Il est normal, les choses étant ce qu'elles sont, que l'espace public marocain soit si pollué, que la société civile et politique soit tellement en déshérence. Disons-le en toute franchise et brutalité : nous n'irons pas loin si nous ne prenons pas à bras-le-corps cette problématique essentielle. Un aggiornamento est requis, d'urgence. Pour un sursaut national salvateur, qui réhabiliterait les valeurs de patriotisme et de civisme et qui réduirait à leur dimension de nains politiques tous ces médiocres qui peuplent les instances d'intermédiation. Ce sursaut national devrait ériger au rang de valeur cardinale la critique démocratique pour que les médias, dans leur pluralité et leur liberté consolidée, ne se mettent qu'au service d'un seul agenda, l'agenda national. La liberté de la presse, option stratégique s'il en fut, ne se conçoit que dans et grâce à son respect de l'indépendance nationale. Nulle circonstance atténuante, nulle transaction honteuse ne saurait être tolérée en la matière. Il est évident que cela exige de grands hommes (et femmes) d'Etat. Les petits politiciens à la petite semaine, les petits manœuvriers à la petite carrure, les petits calculs aux petits intérêts… tout cela ne pèse pas lourd. Un rayon d'espoir, dans ce tableau grisâtre cependant : le Maroc recèle un potentiel fabuleux, c'est le moment de le mettre en œuvre. Un bon débat franc, loyal, honnête, courageux, sans complaisance ni démagogie est l'instrument idoine de cette indispensable mise à plat. En ce qui nous concerne, nous invitons les hommes et femmes des médias, y compris les nihilistes sincères, à s'y joindre. Osons le mot, c'est d'une véritable refondation qu'il s'agit, pour ouvrir une nouvelle page dans le cursus historique de ce pays. Le Maroc vaut bien ça.


Commentaires

1.Posté par 3ebbou le 16/08/2009 16:45
Blablabla..............................
Le Maroc est comme le reste des pays arabes et musulmans. Le dénominateur commun est l'absence de la notion d'Etat au sens moderne du terme. Qu'est-ce qui fonctionne dans ces pays y compris le Maroc ? Ce n'est pas une question de monarchie ou de république, c'est le pire qui demeure toujours à l"oeuvre : Le régime féodal-tribal inféodée dans la religion comme idéologie de l'Etat au service de la conservation des habitudes et des pratiques qui font obstacles majeurs à toute entreprise de changement et de transformation. L'idée d'ouverture ou de modernité n'est qu'une façade derrière laquelle une petite minorité dite occidentalisée et qui n'est en fait qu'une poignée de l'héritage féodale et de la bourgeoisie administrative qui tient avec une main de fer tous les rouages de l'économie du pays. Je ne peux pas nier certaines avancées depuis dix ans ou un peu plus dans le domaine des libertés et des conditions morales de la femme. Mais elles demeurent insuffisantes si on prend en compte le potentiel du pays en matière des ressources humaines et naturelles. Tous les marocains qui sont scolarisés savent bien qu'en géographie le pays est divisé en deux parties : Le Maroc utile (riche) et le Maroc inutile (pauvre). A ma connaissance cette distinction est héritée de l'époque coloniale, mais je refuse de tout attribuer à cette période de 1912 au 1956. Les politiques suites à l'indépendance ne font que suivre ce schéma. En ce qui concerne l'éducation, la situation est tellement grave. Non seulement le niveau a baissé, mais le pire c'est que les citoyens marocains majoritairement ont perdu la confiance dans l'éducation, dans l'école, dans les universités. En matière des langues, oui, ni arabe correct, ni français correct. Vous ajoutez à cet état de lieu, des medias surtout des chaines de tv qui fabriquent des émissions dites culturelles en français et en arabe, quand je les regarde je me pose des questions à quel public sont destinées. Vous traversez les villes dans tous les sens vous ne trouvez pas de bibliothèques ou médiathèques destinées aux grand publics. Des cafés et des terrasses occupés par des gens pour tuer le temps et rêver pour partir à l'étranger. Comme disait Tahar Benjelloun : "Partir pour partir". Ce qu'il faut reconnaitre dans ce pays c'est l'existence d'un potentiel énorme pour un vrai changement et une transformation de la société dans une perspective démocratique. Le Maroc ne mérité pas cet état dans lequel il se trouve et le peuple marocain est connu par sa générosité et sa patience et aussi par sa solidarité.



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