Jérusalem – « C'est comment de vivre en Egypte en tant que femme occidentale? » Durant les années que j'ai passées au Caire, on m'a souvent posé cette question lorsque je rentrais dans ma Finlande natale ou lorsque je voyageais ailleurs qu'au Proche-Orient.
Je répondais brièvement : « C'est différent ».
En réalité, on m'a tellement posé cette question que j'ai décidé d'écrire un livre sur l'Egypte. J'ai d'abord envisagé de décrire les circonstances de mon arrivée au Caire comme étudiante en arabe âgée de 22 ans qui n'avait pas beaucoup voyagé et n'avait encore jamais entendu parler de Lonely Planet, les guides de voyage. Je pouvais expliquer à ceux qui me posaient la question que le chaos orchestré et le charme de la mégalopole m'avaient tout de suite séduite, ou encore que la ville m'avait rendue folle parfois pour ces mêmes raisons.
Je pouvais leur dire qu'à chaque fois que je franchissais le seuil de ma porte, il me fallait prendre certaines précautions: pas d'épaules ni de genoux dénudés; des lunettes de soleil pour éviter de croiser le regard des hommes désoeuvrés dans la rue; un iPod sur les oreilles pour ne pas entendre les chuchotements de ceux que je croisais et que l'on pouvait généralement qualifier de harcèlement sexuel. En effet, selon une étude menée en 2008 par le Centre égyptien des droits de la femme, 98% des femmes étrangères se sont plaintes d'avoir été harcelées. Et, plus important encore, 83% des femmes égyptiennes ont également signalé avoir été harcelées, parfois de manière quotidienne.
Ce chiffre reste le même, que les femmes portent le hijab (foulard) ou non.
Le harcèlement représente une nuisance et parfois un danger pour toutes les femmes au Caire et je ne cesse d'être impressionnée par les Egyptiennes qui luttent pour y mettre un terme. Il y a des Egyptiennes courageuses qui luttent contre la pratique culturelle de la mutilation génitale féminine et pour le droit de choisir délibérément de porter le foulard sur leur lieu de travail, à l'université, d'être élues au Parlement ou de se voir confier la garde des enfants en cas de divorce.
Ainsi donc, au lieu de parler de la vie en Egypte en tant qu'étrangère, j'ai décidé de mettre l'accent sur ces courageuses et formidables Egyptiennes que j'ai côtoyées chaque jour et qui sont la source de mon inspiration.
Parmi elles, l'écrivain féministe Nawal el-Saadawi est sans doute la plus connue. Elle est septuagénaire, mais reste encore active en tant que locutrice et écrivain en matière de féminisme, de santé et de politique.
Moins connues du public occidental, mais non moins influentes en Egypte, Hiba Ra'uf Ezzat et Hiba Qutb. Hiba Ra'uf Ezzat est une islamiste modérée affiliée aux Frères musulmans. Pour elle, l'islam est un moyen d'améliorer le statut des femmes. Elle ne se considère pas comme féministe bien qu'elle en épouse les valeurs, estimant qu'une femme peut devenir présidente et que les femmes devraient servir dans l'armée.
Hiba Qutb, quant à elle, est sexologue. Elle porte le foulard et apparaît régulièrement sur les chaînes de télévision arabes pour parler de sexualité, surprenant le public en soutenant que l'islam a inventé les préliminaires.
Une autre femme dont le courage m'impressionne est la jeune styliste du Caire, Hind al-Hinnawy. Elle est devenue célèbre en Egypte après avoir demandé à son ex-ami, un acteur avec lequel elle a fait un mariage urfi (mariage officieux), de prouver sa paternité concernant sa fille. Fait sans précédent, elle s'est rendue sur un plateau de télévision pour exposer son histoire au grand jour. Les Egyptiens – y compris le Grand mufti, Sheikh Ali Gomaa – ont pris sa défense. Et bien que son ex-ami ait refusé de se soumettre au test ADN, le tribunal l'a néanmoins déclaré père de l'enfant.
Après une bataille juridique de deux ans, sa fille, Lina, a reçu un certificat de naissance et a finalement été reconnue citoyenne égyptienne.
Mais il n'y a pas que les femmes égyptiennes de notre époque qui continuent de surprendre et d'inspirer. L'union féministe égyptienne a été fondée en 1923 par une héritière charismatique, Huda Shaarawi, trois ans seulement après le succès du mouvement des suffragettes aux Etats-Unis. Et dans les années 50, une féministe égyptienne du nom de Doria Shafik avait fait la grève de la faim pour réclamer l'égalité des droits pour les femmes de son pays.
C'est pourquoi, quand je me suis assise pour écrire un livre sur mes impressions concernant la vie en Egypte en tant qu'étrangère, j'ai fini par décrire plus largement la société égyptienne dans son ensemble, les Egyptiens, tant les hommes que les femmes, qui s'opposent aux clichés et créent le changement dans les domaines de la politique, de la culture, de la religion et de l'économie – et qui le font avec humour. Car on ne peut pas parler des Egyptiens sans évoquer leurs blagues, d'où mon livre Hold on to your veil, Fatima! (Accroche-toi à ton voile, Fatima!).
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*Sanna Negus est la correspondante de la société de radiodiffusion finlandaise YLE au Proche-Orient et l'auteure de Hold on to your veil, Fatima! And Other Snapshots of Life in Contemporary Egypt (Garnet 2010) (Accroche-toi à ton voile, Fatima! Et autres instantanés de la vie dans l'Egypte contemporaine).