Le 6 mars 2007 à quelques semaines des élections présidentielles qui vont le consacrer à la tête de la magistrature suprême de son pays, M. Nicolas Sarkozy annonçait officiellement et solennellement le projet de création de l’Union méditerranéenne.
Une structure rebaptisée il y a quelques jours « Union Pour la Méditerranée » (UPM) afin de calmer certains pays européens- dont l’Allemagne- que l’idée laissait froid tant elle semblait faire double emploi avec le Traité de Rome.
L’UPM comptera finalement, lorsqu’elle deviendra une réalité concrète, 39 pays : les 27 Etats composant actuellement l’Union européenne plus 12 autres du pourtour méditerranéen dont Israël et le futur Etat palestinien, et bien sûr la Turquie.
L’annonce officielle de l’UPM par le président Sarkozy est programmée pour le 13 juillet prochain à Paris. La date choisie est symbolique : la veille de la fête de la Révolution française. Elle est en effet le moment propice pour le nouveau Chef Suprême des Armées Françaises de décliner son programme et stratégie de modernisation de de la Grande muette, notamment par des réductions d’effectifs dont les Armées de terre et de l’Air sont les cibles. Alors que la Marine verra sa flotte et ses hommes renforcés.
Par ce geste, la France de Sarkozy voudrait montrer sa volonté de « miser tout sur la Marine»* dont un porte-avion à propulsion nucléaire et lanceur d’engins dernier cri, Le Terrible, a rejoint officiellement le 21 mars dernier la flotte de la marine de guerre lors d’une cérémonie organisée à Cherbourg et présidée par M. Sarkozy. Miser tout sur la Marine cela signifie au moins deux choses. Un : que tout va se jouer en Méditerranée dans les prochaines années. Ce qui nécessite une flotte de guerre conséquente pour y garantir la paix et la sécurité des navires de commerce et aussi la sécurité de la circulation des personnes. D’ailleurs, le message de Paris à cet égard a été reçu 5/5 par le Maroc dont le Roi, le Chef Suprême des Armées et Chef d’Etat-Major Général des FAR, a inauguré officiellement le 24 mars 2008 la première base navale de la Marine royale en Méditerranée, exactement à Ksar Sghir, près du port commercial Tanger Med, le plus grand d'Afrique.
Deux : Miser tout sur la Marine signifie également que Paris va revoir sa politique militaire africaine ; dans ce sens que les effectifs des armées de terre et de l’air basés -in situ- dans certains pays amis vont être considérablement réduits au bénéfice de troupes de la Marine qui va croiser au large des côtes de ces pays ; ce qui lui conférera plus de sécurité, de mobilité et d’efficacité en cas de besoin. L’agression contre les soldats de la Force Licorne le 6 novembre 2004 à Bouaké, en Côte d’Ivoire, est toujours gravée dans les mémoires...
En bref, la Mare Nostrum version UPM ressemblera à une gigantesque base navale où chaque pays membre contribuera pour que les échanges commerciaux « inter et intra » se fassent dans le maximum de sécurité et de sérénité, un peu à l’image de la Grèce antique qui était faite de plusieurs cités achéennes fédérées autour d’Athènes et dont la force reposait sur la flotte maritime.
Tout ça est beau ! Mais et malheureusement, l’on reste suspendu à un méga point d’interrogation. Quid de la gestion des flux migratoires Sud-Nord qui vont crescendo. Des flux qui seront difficiles à maîtriser où à juguler même si l'économie européenne a besoin du réservoir africain de main d'oeuvre comme jadis Rome vait besoin du grenier africain pour se nourrir ; ne serait-ce que parce que ces flux obéissent au phénomène naturel de l’osmose. À savoir le passage de personnes d'un espace moins riche à un autre plus aisée. Une sorte de différence de pression hydrostatique (phénomène des pateras) qui va compenser exactement la différence de pression osmotique (disparités sociales Nord-Sud ). Or si l'équilibre n'est atteint rapidement et maintenu par un système d'élimination des surplus qui agit comme une pompe à eau, c'est l'éclatement totale de la structure qui se passe.
L'intégration souvent ratée et les refoulements massifs aux frontières sont les deux seuls systèmes du maintien d'équilibre actuellement en service. Combien de temps tiendront-ils ?
(*) L'idée remonte au moins à 2002, sous le mandat de Chirac et de sa ministre de la Défense de l'époque : Mme Michèle Alliot-Marie.