S'il n'en tenait qu'aux traditionalistes africains, le Dr Pierre Foldes serait un homme mort. Le chirurgien urologue fait fi des avertissements qu'il reçoit comme on ignore les enfantillages de gamins. «Plus on me menace, plus je suis persuadé d'avoir raison. Je n'ai pas peur de mourir, surtout pas pour ça.»
«Ça», c'est la réparation de l'identité, l'espoir d'une renaissance pour des milliers de femmes excisées.
Le Français de 53 ans a mis au point une technique de reconstruction du clitoris qu'il pratique depuis 10 ans à la clinique Louis-XIV de Saint Germain-en-Laye, à l'ouest de Paris. Il a opéré plus de 1000 femmes à ce jour. Face aux 130 millions d'autres qui sont mutilées, ce n'est qu'une goutte dans l'océan.
Avec Médecins du monde
C'est lors d'une mission au Burkina-Faso pour l'organisme humanitaire Médecins du monde dans les années 80 qu'il constate l'ampleur des dégâts causés par l'excision. Il traite alors des patientes souffrant de fistules vésico-vaginales, des sortes de petites lésions entre le vagin et l'appareil urinaire. La complication la plus commune chez les femmes excisées. L'urine s'écoule en permanence dans le vagin, sans possibilité de contrôle. Autre conséquence, l'accouchement devient difficile, voire impossible.
Pour ces femmes, l'acte sexuel relève aussi d'une séance de torture. «Certaines ne peuvent pas toucher la cicatrice de leur clitoris ni même porter un slip trop serré», s'indigne le colosse bien charpenté.
De retour en France, le Dr Foldes s'inspire d'une méthode de rallongement du pénis pour mettre au point sa technique. L'intervention consiste à enlever la cicatrice cutanée et aller chercher sous l'os du bassin le reste de l'organe -le clitoris mesure environ 10 centimètres- pour former une nouvelle protubérance à la surface de la peau. Les nerfs redeviennent sensibles au bout de quelques mois.
«Il était temps»
Le Dr Foldes s'est bâti une clientèle dans les années 90 grâce au bouche à oreille dans les organismes humanitaires, dont le groupe Femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles (GAMS), établi à Paris. Le médecin considère qu'il a ouvert «un tonneau de souffrances». Lorsque ses clientes parlent de leur excision, c'est un torrent d'émotion qui sort. «Les consultations sont absolument dramatiques. C'est comme une victime de viol qui en parle pour la première fois», dit-il.
Grâce au battage médiatique des journalistes qui se sont emparés de la nouvelle en 2004, la résonance est maintenant internationale.
«La méthode du Dr Foldes a un immense impact sur les femmes excisées, explique Isabelle Gillette-Faye, directrice du GAMS. Elles viennent d'aussi loin que les Pays-Bas et les États-Unis pour le rencontrer.»
«Après toutes ces années de combat, il était temps qu'un médecin prenne l'initiative de mettre un terme à la souffrance des Africaines», dit Khady Koïta, militante sénégalaise très active en Europe.
Maintenant que l'opération est remboursée par le gouvernement français -avant 2004, elle était considérée comme de la chirurgie esthétique-, d'autres médecins ont appris sa technique. Une dizaine de médecins la pratiquent en France et une poignée de docteurs africains s'apprêtent à l'importer dans leurs pays.
Héros malgré lui, le grand humanitaire qui se cache derrière un air bourru et une voix glaciale ne sait que faire des compliments. «Pourquoi aurais-je du mérite? Parce que je fais le travail que j'ai choisi? Ce sont elles qui ont du mérite d'avoir eu le courage d'affronter une opération. Pour moi, ce qui serait gratifiant serait que cette pratique s'arrête.»