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L’islamophobie en Europe: une exploitation politique de la peur de l’AutreCommuniqué - Em le 18 Mai 2009
L’islamophobie est considérée comme un racisme culturaliste, fondé sur des préjugés selon lesquels l’occident serait porteur d’une culture supérieur, basée sur les principes de droits de l’Homme.
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Cette forme de xénophobie à l’égard des immigrés musulmans ne serait pas l’incarnation de préjugés théologiques et religieux. Elle en serait moins un racisme biologique basé sur une hiérarchie des races, les musulmans étant de divers horizons et groupes ethniques.
C’est ce qu’a précisé Vincent Geisser, sociologue et politologue français, dans son intervention, Samedi 16 Mai, lors de la première journée du colloque « Musulmans d’ici et d’ailleurs : Réalités, défis et perspectives ». Lequel est organisé par l’association marocaine Eden pour les œuvres socio-culturelles à Rabat. En abordant le sujet de l’islamophobie en Europe, Geisser a énoncé qu’ :« on note aujourd’hui une sorte de tension, de questionnement, d’angoisse, de curiosité positive ou négative, autour de la question de l’Islam de manière générale, et des pratiquants musulmans que les européens côtoient dans leurs propres sociétés ». L’intégration de l’Islam en Europe est un constat, Geisser a expliqué qu’ : « aujourd'hui il y a une véritable dimension musulmane de la société européenne et de la société française, et qu’on ne peut pas parler uniquement de l'histoire de l'Islam et de l’Europe comme une relation de face à face ». Les européens musulmans, descendant d'immigrés, sont pour leurs pays hôtes de « vrais nationaux ». Ils sont à la fois européens et musulmans. De plus, avec l'élargissement de l’union européenne, la population se diversifie, et inclue de plus en plus des groupes ethniques « avec des veilles racines musulmanes », à titre d’exemple la Bosnie. Il est sans oublier, la préadhésion de la Turquie à l’UE, qui connaît des hauts et des bas justement pour des raisons culturelles et politiques. Mais cela ne va pas sans dire qu’il existerait « un véritable territoire musulman en Europe. » Pour parler des origines de cette tension par rapport à l’Islam, Geisser a tenu à clarifier que cette forme du racisme ne découle pas d’une descente religieuse, « l’islamophobie actuelle ayant rompue avec l’antimohamistisme chrétien ». « L’erreur à ne pas commettre est de dire que cette tension entre l’Europe et l’Islam d’une part et musulmans d’une autre, serait une continuation du rapport entre, ce que certains ont voulu conceptualiser de manière fantasmatique, le jihad et les croisades. » « l'Islamophobie serait le produit direct de cet héritage d’affrontement entre le christianisme et l’Islam. » Geisser a rejeté cette idée, rappelant qu’il reste certainement quelque part « des traces chrétienne de rivalités et d’angoisse par rapport à l’Islam », mais il faut faire beaucoup de nuances par rapport à « l’idée qu’on entend parfois de certains Sheikh musulmans qui disent que les chrétiens veulent reconquérir et désislamiser ». Selon lui, l’église catholique adopte aujourd’hui une position de dialogue, et a un regard pacifié et apaisé par rapport à l’Islam. « En tant qu’acteur institutionnel, elle n’est pas en soi productrice d’un discours islamophobe. » D’après Geisser, ce genre de discours angoissé envers les musulmans émane en grande partie de l’élite intellectuelle, qui se réclame de la culture des droits de l’homme et de la modernité. « Le discours péjoratif sur l’lslam est passé d’un discours religieux à un discours qui se réclame des valeurs de la modernité, des droits de l’homme, parfois de la laïcité et du sécularisme» a-t-il précisé. Ce renversement date de la période du triomphe des nationalismes et de l’idéologie coloniale. « La colonisation telle qu’elle s’est faite du coté français en Afrique noire et au Maghreb, n’était pas au nom de la supériorité de la foi chrétienne, mais la colonisation comme mode de légitimation a notamment emprunté au discours de la modernité et du progrès » dans la mesure où on colonisait pour civiliser et démocratiser. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, même si le régime colonial n’est plus, même si les rapports entre Occident et la plupart des pays musulmans se sont normalisés », un regard de supériorité par rapport à l’Autre musulman demeure toujours. Dans son intervention, Geisser a aussi écarté l’idée selon laquelle cette vague d’islamophobie serait due principalement aux actes terroristes commis aux états unis et dans certains pays européens. La grande Bretagne et l’Espagne, bien qu’ils ont été frappé par le terrorisme, ont adopté un discours responsable et « exemplaire », qui n’a pas criminalisé l’ensemble de la communauté musulmane. Ces attentats ont certes engendré une inquiétude par rapport à la religion musulmane, mais qui ne s’est pas traduite en agressions racistes ou en discours islamophobie, du moins au niveau des autorités publiques. Par contre, un basculement a été observé au Danemarque, d’une tradition libérale vers une attitude rejetant l’Autre musulman et l’étranger en général. Les danois ont substitué une forme d’intolérance jouant sur la peur envers l’Islam, et souvent exploité politiquement, à l’idéologie multiculturelle. En France, cette angoisse par rapport aux immigrés musulmans daterait non pas du 11 septembre, mais de la guerre civile en Algérie. Cette peur amplifiée par les attentats aux états unis, s’est accompagnée d’un basculement de la représentation que les français ont des musulmans et d’une complexification de l’interprétation de leurs pratiques. Ainsi, il était question au début d’une mondialisation de la « menace islamique », suivi d’une « nationalisation de cette menace » et finalement d’une « intégration des intégristes » au sein même des cercles intellectuels en France. Ceci dit, Geisser a souligné que la France n’est pas un pays islamophobe, mais il a « du mal à prendre en compte la visibilité de la pratique de l’Islam, principalement dans l’espace publique. » La preuve en est, l’Islam est institutionnalisé, notamment à travers la construction de mosquées et l’établissement du conseil français du culte musulman. Pour ce qui est de la part des responsabilités des musulmans en tant qu’acteurs de la production de cette islamophobie, Geisser a crié haut et fort que les musulmans ne devraient pas se culpabiliser pour les comportements excessifs et sectaires de certains individus, et qui devraient, selon lui, être relativisés et non pas généralisés à l’ensemble des musulmans. Par ailleurs, il a appelé à ne pas communautariser ni islamiser la délinquance en France. La méconnaissance de l’autre aggraverait plus ce racisme anti musulman, Geisser a souligné, avant de clore son intervention, l’importance de favoriser le dialogue, entre croyants pour ce qui est de la question religieuse, et entre citoyens au sujet des problèmes actuels politiques, économiques et sociaux. Notons que Vincent Geisser est l’auteur de plusieurs livres sur la question religieuse en Europe mais aussi dans le monde arabe, à savoir "Discriminer pour mieux régner. Enquête sur la diversité dans les partis politiques", "Habib Bourguiba - La trace et l'héritage", "La nouvelle islamophobie", "Le syndrome autoritaire - Sociologie politique de la Tunisie", "Diplômés maghrébins, d'ici et d'ailleurs - Trajectoires sociales et itinéraires migratoires", entre autres. ________________________Dans la même rubrique_________________________
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