La cyber-citoyennetée au Maroc, une notion pour s'acheminer vers la cyberdémocratie
Ouahbi Thami Amine : L'Internet a ouvert au Maroc des espaces de liberté à même de changer voir de redéfinir la nature de l'exercice de la citoyenneté. Les sites Internet dans lesquels le citoyen peut devenir contributeur et défendre une cause citoyenne sont légions.
Le gouvernement tout autant que les citoyens doivent apprendre à exploiter les potentialités de ce nouveau média susceptible de faciliter le dialogue social et d'augmenter l'efficience du service public. Il faut bien entendu que d'un côté les citoyens s'expriment à travers ce nouveau canal avec discernement, ceci afin de donner à leurs revendications un caractère respectable et que d'un autre côté, le gouvernement jauge les cyber-doléances de la population à leur juste mesure comme un moyen tout aussi efficace que la grève si ce n'est plus. A terme, le gouvernement assurera une veille Internet à même de rendre caduque l'exercice des manifestations.
État des lieux des sites gouvernementaux marocains.
Les sites Internet gouvernementaux du Maroc souffre d'une mauvaise visibilité. Ils ne sont pas tous référencés dans Wikipedia par exemple. Parfois, ce sont des institutions nationales comme l'armée ou la police qui ne dispose pas d'une vitrine sur le web. La commande avancée suivante à taper dans le moteur de recherche Google permet de faire remonter de manière sélective les sites dont l'url est en .gov.ma : « allinurl: .gov.ma »
Lorsqu'on copie-colle la commande précédente dans Google sans les guillemets, ce ne sont pas moins de 20 sites en .gov.ma qui apparaissent parmi les résultats.
Sur ces sites web gouvernementaux, seuls trois d'entre eux soit 15% permettent d'écrire directement au ministre à l'aide d'un formulaire web de contact ou d'une adresse e-mail: le Ministère de l'Equipement et du Transport, le Site du Premier Ministre, et le Site Officiel du Département des télécommunications. Il faudrait généraliser cette possibilité à tous les sites. Les sites web de l'Enseignement Supérieur au Maroc ainsi que celui du Ministère délégué chargé de la recherche scientifique soit 10% ne contiennent tout simplement pas de formulaire web de contact ou d'adresse e-mail à qui s'adresser. Quant aux site web du secrétariat d'état chargé de l'eau et du Ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et de l'Aménagement de l'Espace, ils ne fonctionnent tout simplement pas. Et quant aux fonctionnalités web 2.0, le résultat est affligeant : aucun site web gouvernemental ne permet d'extraire de fils RSS. Ceci permettrait par exemple à tout journaliste, tout membre du gouvernement d'être informé facilement de l'actualité de l'ensemble des ministères à l'aide d'un agrégateur de flux RSS du type de Netvibes.
Une doléance citoyenne au Maroc ou pourquoi tous les espoirs sont permis
Il y a quelques semaines, je suis allé retirer mon permis de conduire électronique au centre immatriculateur de Rabat, les deux mois de délai de traitement étant passés. A ma grande surprise, le permis n'était toujours pas là. J'ai demandé à l'employé chargé de me remettre mon permis quand je devais passer pour le récupérer. Il m'a répondu qu'il ne savait pas et que je devais revenir de temps en temps jusqu'à trouver mon permis : le traditionnel «Sir ou Aji » à la marocaine. Ça m'a mis hors de moi : non seulement le permis n'était pas disponible après le délai annoncé, mais en plus, on me renvoyait gentiment aux calendes grecques pour le récupérer. Fort de mes connaissances sur les sites web gouvernementaux, je me suis adressé au Ministre des transports en envoyant la lettre suivante :
Ouahbi Thami Amine
Monsieur Le Ministre,
Je vous écris pour porter à votre connaissance la réalité du déroulement de la délivrance des permis de conduire électroniques par le centre d'immatriculation de Rabat. J'ai déposé un dossier complet en date du 22 novembre, acquitté des frais, rendu l'ancien permis de conduire papier afin de pouvoir me faire délivrer un permis électronique. On m'a ainsi édité un permis provisoire et demandé de repasser dans deux mois. Trois mois sont passés et le permis électronique n'est toujours pas arrivé. Lorsque je demande aux employés combien de fois je dois revenir pour espérer obtenir mon permis, ils me répondent qu'ils ne savent pas et que c'est n'est pas de leur faute puisque c'est la société qui édite les permis qui est responsable du retard.
Je vous demande ainsi Monsieur le Ministre de prendre vos dispositions pour que les demandes des citoyens soient traitées avec le sérieux qu'elles méritent.
Dans l'attente d'une réponse, je vous prie, Monsieur le Ministre, d'agréer l'expression de ma très haute considération.
Quelques jours plus tard, je recevais un coup de fil du chef de service du centre d'immatriculation de Rabat. Je fus prévenu par téléphone de l'arrivée de mon permis électronique. Ce qui est important à préciser, c'est que je n'ai pas fait cette démarche uniquement pour mon permis à moi, mais en espérant que le service s'améliore et soit bénéfique à l'ensemble des citoyens. J'ai ensuite raconté cette anecdote à un ami médecin. Il était éberlué : d'une part, il ne pensait pas qu'un citoyen puisse s'adresser à un ministre via Internet, d'autre part, lui même qui souffre des conditions d'exercice de sa profession n'envisagerait pas un seul instant de se plaindre de peur de représailles. En réalité, le Maroc a changé. Il est possible de s'exprimer publiquement et librement. Mais il faut le faire dans un esprit de cyber-citoyenneté.
Nb : le titre original de l'article était :La cyber-citoyennetée, une notion à inventer au Maroc pour s'acheminer vers la cyberdémocratie