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La littérature arabe en vedette à Londres


Susannah Tarbush : Lorsque le romancier égyptien Neguib Mahfouz devint en 1988 le premier (et jusque-là le seul) auteur arabe à remporter le prix Nobel de littérature, on avait espéré qu'il s'agissait là du début d'une véritable percée de la littérature arabe en Occident, et notamment en Grande-Bretagne. Mais la percée en question traîna des pieds pendant plusieurs années.



Certes, quelques auteurs arabes traduits en anglais ont eu un succès incontestable, mais rien de comparable à l'engouement des lecteurs britanniques pour le réalisme magique latino-américain, ou pour les auteurs russes ou d'Europe de l'Est, ou encore pour les écrivains originaires du sous-continent indien.

Or les choses sont en train de changer de façon radicale dans les maisons d'édition, pour ce qui de la littérature arabe. C'était très visible à la foire du livre de Londres, la London Book Fair (LBF), qui vient de se dérouler du 14 au 16 avril, et qui avait choisi, cette année, le monde arabe, pour thème principal.

Une centaine de maisons d'édition et d'institutions culturelles arabes y étaient présentes. Sans parler du programme de séminaires organisé conjointement par la LBF et le British Council, et auquel ont participé, en tant qu'experts, une soixantaine d'écrivains, d'éditeurs et d'universitaires arabes, la plupart venus de l'étranger.

« Le petit-déjeuner avec Bahaa Taher » à l'English PEN Literary Café, était l'un des moments phares de cette foire ; une séance matinale durant laquelle la journaliste Maya Jaggi a interviewé le grand romancier égyptien qui a remporté dernièrement la toute première édition du prix international du livre arabe, International Prize for Arabic Fiction (IPAF), pour son roman Sunset Oasis.

L'IPAF, dont le montant s'élève à 60 000 Dollars, financé par la Fondation des Emirats à Abou Dhabi, a été inauguré en association avec la Fondation britannique Booker Prize. La LBF et le British Council ont fait venir les six auteurs sélectionnés pour l'IPAF. Ce prix a d'ailleurs redonné un tout nouvel élan à la traduction, puisque le vainqueur est assuré de voir son œuvre traduit en anglais.

Tout en mettant en valeur la traduction de la langue arabe, la LBF a fait connaître deux projets en cours aux Emirats arabes unis, pour encourager la traduction vers cette langue. L'initiative « Kalima » menée par l'Abou Dhabi Authority for Culture and Heritage, a pour objectif la traduction de cent volumes par an. Le programme « Tarjem » de la Fondation Mohammad Bin Rashid Al-Maktoum à Dubaï a, quant à lui, l'ambition de faire traduire mille best-sellers en arabe sur trois ans.

La présence à la LBF de l'écrivain (et dentiste) égyptien Alaa Al-Aswany suscita beaucoup d'intérêt. Al-Aswany a remporté un succès phénoménal dans le monde arabe et ailleurs, avec son livre L'Immeuble Yacoubian et le film qui en a été tiré. C'était « l'écrivain du jour » le deuxième jour de la foire. La publication en anglais d'un deuxième livre de l'écrivain prévue pour septembre est très attendue.

Alaa Al-Aswany a fait des études de médecine dentaire à l'université d'Illinois à Chicago, tout comme la jeune Saoudienne Raja Alsanea, autre écrivaine de langue arabe qui a beaucoup de succès et qui a suscité un grand intérêt à la foire. Le premier roman de celle-ci, les Filles de Riad , a eu un succès fulgurant en arabe, et a été traduit en 23 langues. L'édition de poche en anglais sort chez Penguin au mois de juin. Les maisons d'édition, arabes ou occidentales, attendent impatiemment le prochain Al-Aswany, le prochain Alsanea.

Margaret Obank, responsable de la publication chez Banipal, magazine de littérature arabe moderne, souligne que: « les éditeurs britanniques qui publient les traductions d'ouvrages d'auteurs arabes sont de plus en plus nombreux, et désormais une toute nouvelle maison d'édition, fondée conjointement par Arcadia Books et Haus Publishing se spécialise dans les romans venant du monde arabe, et s'intéresse tout particulièrement aux ouvrages qui figurent sur l'immense liste de l'éditeur American University of Cairo (AUC) Press ».

L'essor qu'a pris la littérature arabe traduite est en partie dû au lancement du magazine Banipal il y a dix ans. Banipal a mis sur pied une division consacrée à la publication de romans traduits de la langue arabe et a crée le prix Saif Ghobash-Banipal pour les traductions d'œuvres littéraires arabes. Son dernier projet consiste à créer avec le Arab-British Centre de Londres une bibliothèque de littérature arabe moderne.

Une indication frappante de la montée de la littérature arabe sur le plan mondial, c'est la présence de trois romans écrits par des auteurs arabes sur la liste très sélective du prix littéraire international le plus grand et le plus complet qu'est l'International IMPAC Dublin Literary Award. La liste a été rendue publique depuis peu et il s'agit d'une sélection de huit ouvrages. Doté d'un prix de 100 000 Euros, le concours est ouvert aux romans écrits ou traduits en anglais.

Un des romans figurant sur la liste des huit, De Niro's Gamedu Libano-canadien Rawi Hage, a été écrit en anglais. The Attack de Yasmina Khadra (nom de plume de l'ancien officier de l'armée algérienne Mohammed Moulessehoul) a été traduit du français. Quant à l'Arabe israélien Sayed Kashua, il figure sur la liste pour son Et il y eut un matin écrit en hébreu. Tout cela reflète bien la richesse actuelle de la littérature arabe contemporaine.

*Susannah Tarbush est une journaliste indépendante.

Susannah Tarbush - CGNews
Samedi 10 Mai 2008


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