Les TIC promettent le meilleur... ou le pire. Soit elles combleront le fossé numérique entre ''inforiches et infopauvres'', en permettant un partage démocratique des connaissances, un commerce plus juste, une administration participative, la télé-santé et la télé-éducation, un dialogue de toutes les cultures. Soit elles renforceront les pouvoirs économiques, le (cyber) contrôle des citoyens, une ''Mac-culture'' mondialisée, des médias aseptisés.
L'enjeu du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) aurait dû être une stratégie pour exploiter les chances des TIC tout en posant des règles. Internet permet également une gestion interactive du monde, en rassemblant les principaux acteurs : Etats, société civile et secteur privé.
En 2003, l'ONU a donc préparé le SMSI à Genève en expérimentant une nouvelle démocratie internationale, associant aux décisions des diplomates, organisations non gouvernementales (ONG) et entreprises. Non sans obstacles.
Ce vaste chantier s'enlise aujourd'hui à Tunis. On n'a pas dégagé de projet mobilisateur -- par exemple, une bibliothèque universelle en ligne. L'appareil sécuritaire tunisien, traquant ses dissidents sur Internet, montre un autre visage de la société de l'information. Des dictatures bien plus dures, comme la Chine, maillent tous leurs citoyens dans les filets électroniques et font miroiter aux pays du Sud un développement qui ne s'encombre pas de démocratie. Et l'obsession antiterroriste des Etats-Unis peut aussi empoisonner la liberté des internautes.
De leur côté, les pays occidentaux ne se sont pas engagés sérieusement contre le fossé numérique. Et le secteur privé, longtemps en retrait, que propose-t-il? Coup médiatique ou un premier pas, on présentera à Tunis le fameux PC (ordinateur) à 100 dollars.
Enfin, le blocage le plus spectaculaire : la gouvernance d'Internet. Le réseau est actuellement géré par l'institut californien ICANN. Les Européens veulent ''multilatéraliser'' ce contrôle par les Etats-Unis (qui n'en ont jamais abusé jusqu'ici), et indirectement par Microsoft, Google et d'autres.
Washington rétorque en substance : ''Ça marche très bien comme ça, ne risquons pas des interférences avec des pays comme la Chine ou l'Iran''. C'est oublier la société civile, qui voudrait associer ses experts proposant des protocoles favorables aux libertés et à la convivialité.
Un suivi à Genève? Ces blocages ne seront sans doute pas dénoués à Tunis. L'ONG 'Comunica-CH' propose donc à Genève une Commission pour la société de l'information. En y associant le grand absent de ces discussions : les médias eux-mêmes, suggère Guillaume Chenevière, membre de l'ONG.
*(Daniel Wermus est un journaliste de InfoSud, une agence de presse basée à Berne, en Suisse). (FIN/2005)