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La téléréalité : un bien pour la démocratie arabe

CGNews - Emarrakech le 14 Mars 2009

Muhammad Ayish - Sharjah, Emirats Arabes Unis – Depuis le milieu des années 90, des programmes de télévision à l’occidentale ont déclenché, dans le monde arabe, pas mal de polémiques sur les effets néfastes qu’ils pourraient exercer sur les valeurs sociales et les traditions de la région.



Star Academy
Star Academy
Et aucun genre télévisuel n’a suscité dans les sociétés arabes un débat aussi chaud que la télévision réalité.

Il est certain que ces critiques portent, en concentrant l’attention sur les côtés saugrenus de ce genre. Mais on peut prouver que des programmes de téléréalité équilibrés et responsables sont assez prometteurs en tant que moyens de favoriser la créativité et de valoriser une participation démocratique dans le domaine public naissant de la région ?

Si l’opinion publique du monde arabe est mécontente de la téléréalité, ce n’est pas tant pour des raisons formelles que pour la façon dont elle traite les valeurs et habitudes sociales et culturelles. J’en veux pour preuve l’indignation nationale qui s’était déchaînée il y cinq ans à Bahreïn et qui avait contraint le Middle East Broadcasting Centre (MBC) à suspendre la diffusion de sa version arabisée de Big Brother, pourtant tournée dans ce petit état microscopique du Golfe Persique. En effet, les producteurs avaient réuni 12 jeunes hommes et jeunes femmes pour vivre sous un même toit, situation à la fois impensable et indécente, sous l’œil de caméras braquées sur eux 24 heures sur 24 pour saisir en continu leur ennui et leurs fausses rivalités.

Toujours dans le genre provocateur, la téléréalité arabe propose d’autres émissions : Al Hawa Sawa (Rencontre à l’écran), émission fugitivement diffusée sur ART (Radio Télévision Arabe), qui exhibait, dans un luxueux appartement, 24 heures sur 24, huit femmes venues de plusieurs pays arabes devant des prétendants. Ou encore Star Academy, produite par LBC Liban, qui en est à sa sixième saison, et où l’on voit des jeunes hommes et des jeunes femmes cohabitant dans un même appartement où ils briguent chacun le titre de “meilleurs chanteur arabe”.

Dans ces émissions, le désir des producteurs de captiver un public jeune l’emporte souvent sur le respect des normes coutumières. Toutefois, la téléréalité présente un avantage qu’il convient de ne pas oublier. Ce genre, en faisant participer le téléspectateur à l’élaboration du contenu, contribue à transformer un public traditionnellement passif en autant de spectateurs actifs, témoins de la vie réelle. En ce sens, la téléréalité permet à de nombreux Arabes de faire peser leur opinion sur les programmes et de faire entendre leurs voix dans le domaine public.

De plus, la téléréalité peut soutenir des formes artistiques traditionnelles et les faire connaître à de nouveaux publics. Elle peut être une rampe de lancement pour des talents créateurs dans plusieurs branches des arts du spectacle — danse, composition musicale, chanson, poésie, chant sacré.

J’ai ainsi pu assister à une émission de la Télévision de Dubaï pendant le jeûne du Ramadan, dans laquelle de jeunes hommes participaient à un concours de récitation du Coran devant un jury, avec la participation du public. À la Télévision d’Abou Dhabi, la célèbre émission de téléréalité Poet of the Million, concours télévisé qui récompense le meilleur poète de langue arabe, offre un exemple de la manière dont ce genre peut être exploité de façon optimale pour mettre en valeur une composante particulièrement importante de la culture arabe traditionnelle : la poésie. Il en va de même d’autres émissions axées sur les aventures dans la nature, l’éducation religieuse et la cohésion communautaire au sens large du terme.

Malgré certains aspects culturels négatifs, la téléréalité du monde arabe expose le public arabe à une approche nouvelle et créative de la vie contemporaine. Le caractère factuel du contexte de ces émissions, associé à l’enthousiasme d’un public qui participe activement, peut avoir pour effet de stimuler une authentique créativité chez les concurrents. En peu d’années, les émissions de ce genre ont permis à un nombre croissant de talents de se faire reconnaître dans leur communauté. On citera, à titre d’exemple, Diane Karazone, chanteuse jordanienne qui a connu le succès après sa participation au Super Star de Futur Télévision en 2003.

En fait, il ne s’agit pas de décider si ces émissions de téléréalité doivent être diffusées, mais plutôt de savoir s’il y a vraiment une plus value à braver les fondements moraux sur lesquels repose l’identité des spectateurs. A mon avis, les téléréalités qui évitent le sensationnalisme exagéré de la télévision commerciale, pour s’inspirer d’une culture locale plutôt qu’importée, participent à la promotion de communautés équilibrées dans les sociétés arabes contemporaines.

Pour que ce résultat soit plus régulier, les producteurs doivent commencer à s’inscrire dans un partenariat avec les organisations de la société civile et les responsables communautaires. La téléréalité peut continuer d’attirer les foules tout en valorisant l’identité de la jeunesse dans le monde arabe, dans l’intérêt de la communauté dans son ensemble, identité qui pourrait déboucher sur la notion de citoyenneté dans le monde arabe.

En effet, le citoyen joue un rôle actif, et non passif, dans la société qui est la sienne.


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