Le Hezbollah s'implante grâce à l'aide du guide suprême iranien
Rita DAOU - Le Hezbollah libanais s'est constitué une solide base populaire grâce à son maillage social, financé en partie de son propre aveu par le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, ce qui fait dire à ses détracteurs qu'il est devenu "un Etat dans l'Etat".
Ali Khamenei et Hassan Nasrallah
Le parti chiite, qui s'est illustré par ses opérations spectaculaires contre l'armée israélienne, s'est lancé dans l'activité sociale en 1987 notamment à travers l'organisation "Le jihad de la reconstruction" qui gère depuis l'été la reconstruction après la guerre dévastatrice israélienne.
"Les organisations du Hezbollah reçoivent de l'argent du guide suprême iranien l'ayatollah Ali Khamenei", a affirmé à l'AFP Bilal Naïm, directeur adjoint du comité exécutif du Hezbollah.
Selon lui, cet argent "propre et pur" fait partie des dons des chiites à travers le monde aux marjaa (autorités religieuses de référence chez les chiites) et est destiné au "bien public et à ceux qui sont opprimés".
Une polémique a éclaté sur l'origine de l'argent que le Hezbollah a promis d'accorder aux Libanais dont les habitations ont été endommagées ou détruites durant l'offensive israélienne de juillet-août provoquée par la capture de deux soldats israéliens.
Le gouvernement libanais a annoncé de son côté le paiement de dédommagements, le Premier ministre Fouad Siniora critiquant les sources de financement du Hezbollah. "Tout l'argent que nous recevons est légal et déposé sur les comptes de l'Etat", a ainsi souligné M. Siniora. "Le Hezbollah a déjà dépensé 300 millions de dollars en aides et dédommagements", a indiqué M. Naïm, soulignant que le parti chiite prévoit d'octroyer en tout 600 M USD d'aides.
Selon lui, le plan de reconstruction du Hezbollah a commencé par le déblaiement et le paiement de dédommagements à ceux dont les maisons ont été complètement détruites pour les aider à trouver un logement. Ensuite, des aides à la réhabilitation d'habitations partiellement détruites ont été octroyées.
Dans la banlieue sud de Beyrouth, ravagée par l'offensive israélienne, le Hezbollah a créé la "société de reconstruction de la banlieue sud" qui sera opérationnelle dans trois mois. Le Hezbollah, créé en 1982 en tant que "résistance" à l'occupation israélienne avant de se transformer en organisation en 1984, dirige aussi 14 écoles dans plusieurs régions du Liban qui accueillent plus de 14.000 élèves. "Ces écoles ne sont pas gratuites mais tiennent compte des conditions sociales des élèves et offrent une éducation gratuite notamment aux enfants des martyrs et aux orphelins", a précisé M. Naïm.
Le Hezbollah, soutenu par Damas et Téhéran et seul groupe libanais encore armé, possède aussi deux hôpitaux dans le sud du Liban et dans la plaine de la Békaa. Il gère également 36 dispensaires où les soins sont "quasi-gratuits" pour les membres du parti. Pour la couverture médiatique de ses activités politiques et sociales, le Parti de Dieu disposent d'un site internet, d'un hebdomadaire, d'une radio et de la télévision Al-Manar. Le Hezbollah a aussi pignon sur rue dans les domaines économique et social et accorde des aides aux nécessiteux et aux jeunes mariés.
Toutes ces organisations et services offerts par le Hezbollah a fait dire à ses détracteurs que le parti de Dieu constituait un "Etat dans l'Etat".
"Notre leadership est libanais, notre public est libanais et notre agenda politique aussi", rétorque le parti.
"Le but de toutes ces organisations est un message divin et politique pour le bien de la nation", tient à préciser Bilal Naïm.