José Luis Zapatero, on en est convaincu, sait transformer en un clin d’œil un godillot en babouche, même s’il doit marcher encore très longtemps avant que nos amis algériens se rendent à l’évidence. Le chef du gouvernement espagnol et patron du PSOE qui a réservé sa première visite à l’étranger, en tant que président du gouvernement madrilène, au Maroc est intimement convaincu que l’avenir de l’Espagne se situe dans un Maghreb Uni. Il sait également que cet ensemble maghrébin ne pourra pas se concrétiser sans que l’affaire du Sahara ne soit résolue.
Zapatero admet qu’avec une Europe à 25, Bruxelles va traîner des casseroles durant une bonne décennie. Car il faudra bien mettre à niveau à coup de milliards d’euros les nouveaux venus. Ce qui équivaut pour le royaume ibérique à un vrai dilemme. Soit elle met la main à la poche comme l’avaient fait pour elle (et pour le Portugal), avant 1986, les pères fondateurs de l’Europe communautaire, soit elle s’abstient. Mais dans les deux cas, il est certain que les fonds de structuration surtout ceux qui sont destinés aux zones périphériques (Andalousie, Canaries, Baléares…) seront en forte baisse. Donc l’Espagne est contrainte de trouver des alternatives à cette fermeture du robinet qui s’annonce inéluctable. Des solutions réalistes et surtout rapides. Comme, par exemple, une association entre les Canaries et les provinces sahariennes du Maroc et une autre entre le Sud ibérique et le Nord du Royaume chérifien. Ces alternatives sont d’autant plus intéressantes que les mécanismes existent déjà. Lesquels mécanismes n’attendent que leur activation. En revanche, ces alternatives durables ne peuvent être offertes que par les régions marocaines. L’Algérie, à part le gaz, et quelques touristes, certes dépensiers, n’a rien à donner. Ça aussi Zapatero le sait. Mais il n’ose pas le dire tout haut. Et c’est là tout le problème. Mais que peut-il ? Le pauvre est pris en sandwich entre la nostalgie d’une Espagne coloniale et une Algérie qui sous couvert du principe de l’autodétermination des peuples cherche un accès à l’Atlantique via le fantôme RASD. Et il ne sait même pas à quelle sauce il va être mangé. C’est pourquoi la diplomatie espagnole tâtonne, titube, improvise, avance et recule. Le dernier repli date juste d’il y a 24 heures. Il est signé Miguel Angel Moratinos, l’actuel ministre espagnol des Affaires étrangères et ex-ambassadeur de l’UE au Proche-Orient. Moratinos nous fait revenir en arrière, au plan Baker. Alors que Zapatero est convaincu d’une solution politique maroco-algérienne. L’ancien conseiller politique à l’ambassade d’Espagne à Rabat, en visite depuis le 01 août 2004 au Maroc (à Asilah précisément), demande à l'ONU de prolonger le mandat de son représentant spécial pour le Sahara.
En assurant que l'Espagne « vote à nouveau pour le plan Baker » dans le Conseil de la sécurité de Nations Unies, qui se réunira avant la fin du mois d'octobre. Et d’ajouter que l'Espagne « n'a aucun problème avec le plan Baker ».
Ce qui est dangereux dans la déclaration de Moratinos même si elle ne surprend pas c’est qu’elle met au jour une sorte de dichotomie entre le palais de la Moncloa et la diplomatie, un peu à l’image de l’administration américaine actuelle dont le chef George Bush ne chante pas sur la même longueur d’onde que son ministre des affaires extérieures Colin Powell. Danger !