D'où le surnom du poisson et l'origine des anneaux gris sale sur sa peau.
Près de la mer de Galilée l'eau est douce, donc biotopes invivables pour ce poisson de mer, la légende est par conséquent infondée, et scientifiquement et moralement ; vu que le Christ n'était pas idiot et même qu'il était prophète. Si par malheur il avait des fins de mois difficiles. Il aurait sûrement envoyé Saint Pierre, l'apôtre pas le poisson, chercher du fric dans la gueule d'une baleine franche et pas dans celle de ce minable qui, même grande ouverte, ne contiendrait même pas les trente deniers de Judas. Enfin vous connaissez tous le fisc… !
D'après une autre légende, de source douteuse celle-là, le poisson vivait effectivement en eau douce et que réellement l'apôtre le ferra. Etant d'une laideur indescriptible, il flanqua la trouille de sa vie à l'envoyé de Jésus, à ce moment précis de l'histoire, et par attrition, Mea-culpa oblige, le poisson fit vœux de ne plus vivre en eau douce mais en mer, pour ne plus traumatiser les compagnons de Jésus, les pauvres, avaient déjà les romains sur le dos et les autres imbéciles qui ne voulait pas les écouter.
La source douteuse c'est moi :
Selon mes critères, le Saint Pierre fait partie de la sainte trinité de la laideur artistique. D'abord il n'y a mon ex-fiancée, ensuite mon actuelle fiancée et enfin lui, le bizarre m'attire, allez savoir pourquoi ! Les voies du seigneur ne sont elles pas impénétrables.
Assez plaisanté
Les produits de la mer sont nombreux et aussi savoureux les uns que les autres. Mon préféré est inéluctablement le St Pierre, de son vrai nom Faber Zeus, ce qui ne veut pas dire que mon intérêt pour les autres est moindre, c'est plus de l'affinité affectueuse entre nous qu'on en est arrivé au point de nous tutoyer, je l'appelle pierre sans majuscule et des fois en passant il me tape sur le dos d'une main complice.
Ce miracle de la nature me procure tous les plaisirs qu'un cuisinier peut ressentir, d'autant plus que son apprêt, d'une arrogance exaspérante, clame avec ferveur une énorme délicatesse afin de vous permettre la joie de se laisser apprécier.
D'aspect répugnant, j'ai tendance à le personnifier en imaginant l'une de mes exs ou celles de prime d'abord banales, qui sans l'œil exercé d'un initié, resteraient à l'état brut.
Je plains les stéréotypés constipés, dont la vue juste utile et statique ne permettra jamais le plaisir de baigner dans la magie d'une rencontre éternellement éphémère, juste le temps d'un cillement qui vaut toutes les vies de la plèbe. Et si par miracle la liesse ultime s'accomplit, que Venus t'absout de tes errements de mortels, afin de que la belle daigne te faire grâce d'un autre regard inespéré, alors, alors….Alléluia.
Le St Pierre vaut à mes yeux tous ces états seconds frisant le Nirvana.
Parfois le préparer m'est préférable à la compagnie de la plus belle de la gente féminine.
Soyons clairs, j'ai bien dis parfois, pas souvent et encore moins tout le temps, ma pauvre mère garde toujours espoir en mon cas.
Une fois les filets de cet amour levé, il se prête à toute les préparations culinaires possibles ou presque. Faites le faire par votre poissonnier vu que cette opération demande une certaine expérience.
Personnellement, je le préfère dans la plus simple des tenues, pas nu, l'idée ne m'effleure même pas l'esprit, mais grillé, une pointe de fleur de sel, cuit juste à cœur, moelleux à souhait, une larme d'huile d'olive vierge et une goûte de jus de citron vert, à peine pour franchir le pas entre le sublime et le divin.
Gardez toujours à l'esprit que je mange le poisson, il n'est guère l'écrin mais le bijou.
Un autre cuisinier que moi salivera sur un bon millésime pour l'accompagner, je ne bois ni vins ni alcool par conviction religieuse, seulement le choix des autres me laisse ataraxique.
Le St Pierre est un poisson à chaire ferme et délicate, il ne nécessite pas de longue cuisson, préparez-le simplement sans complication ni exercice de style qui ne réussiront qu'à en altérer la finesse.
C'est un poisson qui se suffit à lui-même amplement comme une femme belle au réveil.