Le monde arabo-musulman doit apprendre à vivre en paix et sereinement avec ce qu'il considère comme des « tentatives blasphématoires » contre sa foi. Un film, un livre, un tableau, une sculpture, une caricature ou même une petite blague de mauvais goût qui met en scène un épisode du Coran ou le personnage du Messager Mahomet ne peut en rien porter atteinte ni diminuer la force ni la grandeur de l'Islam. Au contraire, ces moyens d'expression le renforcent. Au contraire ceux qui l'affaiblissent sont les réactions violentes, épidermiques et souvent exagérées et zélées de ceux qui se croient les gardiens du temple.
Tout simplement les bonnes épopées ne meurent pas. Ni l'Islam, bientôt 15 siècles d'histoire, ni le christianisme plus de 20 siècles, ni le judaïsme, près de 23 siècles ne peuvent souffrir de doutes ou de dénégations que ceux apportés par des preuves scientifiques tangibles. Même des textes profanes comme l'Iliade, socle de la religion grecque ancienne et œuvre présumée du poète Homère, 28 siècles d'âge, semblent immunisés contre toute tentative d'adaptation de bonne foi ou malintentionnée : le film hollywoodien « La Guerre de Troie » qui a fait un tabac aux box office n'a en rien effacé l'image que le mémoire collective universelle s'est faite des héros de la prise de la Valée des dieux par les armées achéennes.
Alors que pourra le petit film du député hollandais Geert Wilders contre l'Islam ? Rien. Sauf ce qu'il a déjà provoqué ; c'est-à-dire des craintes et des réactions d'hostilité aux Pays-Bas et dans le monde arabe et musulman.
Le film, basé sur un scénario écrit par Ayaan Hirsi Ali, l'ex-députée libérale d'origine somalienne exilée aux Etats-Unis, pas que les caricatures danoises sur Mahomet, ne sera en mesure d'entamer l'image et le message que le vrai Islam veut véhiculer. Il est temps que les musulmans se convainquent une fois pour toute que ce sont les bons croyants qui font le bon islam et non l'inverse. Crier au complot chaque fois qu'un écrit ou un film essaye de voir l'ultime religion monothéiste sous un angle différent est un acte irresponsable et indigne de la civilisation du 21 siècle.
« A sa descente du Mont Sinaï, Moïse était sous l'effet de puissants hallucinogènes lorsqu'il a présenté les Dix Commandements au peuple juif, estime Benny Shanon, professeur au Département de psychologie cognitive de l'Université hébraïque de Jérusalem. » ! Pourtant cet imminent chercheur israélien n'a ni été pendu, ni crucifié par les médias ni par les siens, pourtant très attachés à l'image collective qu'ils ont fait du sauveur du peuple hébraïque. Mieux : « La dernière tentation du Christ », le film de l'ex-séminariste américains d'origine italienne, Martin Scosese (sortie : 1987), qui met en scène Jésus fait homme qui rêvait de posséder Marie-Madeleine et de lui faire des enfants, alors que l'homme public se devait de mourir pour témoigner, n'a provoqué, excepté quelques réactions violentes de la part d'adeptes de l'église intégriste parisienne Saint Nicolas de Chardonnet, aucune levée de boucliers dans le monde chrétien. Et ce malgré que ce film ait été tournée en partie au Maroc et sponsorisée par sa compagnie aérienne nationale : la RAM !
Idem d'un autre cinéaste d'origine irlandaise : Mel Gibson. Ce dernier qui a signé un film sur la passion du Christ en insistant sur certains détails antisémites n'a jamais, depuis la sortie de son œuvre en 2004, été inquiété ni vu sa tête mise à prix comme l'a été celle du pauvre Salman Rushdie, coupable d'avoir commis un écrit sur un épisode curieux du Coran.