Nour Awaiss, éditrice de l’édition française et arabe du Service de Presse de Common Ground pour le Moyen-Orient, s’interroge sur son expérience de chrétienne libanaise pendant ce mois où un grand nombre de ses compatriotes musulmans jeûnent et esquisse un parallèle avec l’atmosphère qui entoure les fêtes chrétiennes : rassemblement des familles à Noël, joie des enfants le dimanche des Rameaux, hommage aux morts à la Toussaint.
Cela ressemble, selon elle, à un repas de Noël : “La célébration de la fin du Ramadan, l’Aïd el-Fitr, est l’occasion, pour toute la famille, de participer à un repas de fête au village après la prière du matin qui marque la fin du mois du mois sacré”.
Un autre collègue libanais, Ali Dahwich, directeur des finances et de l’administration, explique : "Je vais aller à Tyr, ma ville natale dans le Sud, pour partager le déjeuner avec ma famille. Trente cousins, oncles et tantes vont se retrouver autour d’assiettes généreusement garnies d’agneau farci et méchoui.
Tout comme dans les jours qui précèdent le dimanche des Rameaux, qui célèbre l’entrée de Jésus dans Jérusalem une semaine avant Pâques, “les jours avant l’Aïd el-Fitr, la fête du dernier jour du ramadan, les magasins de vêtements sont bondés et les parcs de loisirs envahis par les enfants. Dans leurs habits tout neufs, ils se laissent griser par la magie de cette fête sacrée”.
Un peu comme les catholiques honorent leurs morts le Jour des Morts, le matin de l’aïd « certaines familles musulmanes se réunissent autour des tombes de leurs défunts pour lire la fatiha (le premier chapitre du Coran) en mémoire de leurs ancêtres” rappelle encore Nour Awaiss.
Au Liban, les fêtes religieuses de toutes les grandes confessions sont des jours fériés officiels pour tous. “La vie est belle au Liban”, conclue-t-elle, “tous les jours de fête”.
Le ramadan est aussi bon pour les affaires, un effet qui est particulièrement bien reçu en Indonésie.
Agung Yudhawiranata, coordonnateur de programmes et éditeur pour le bahasa indonesia, explique: “Le changement d’horaires a un effet sur les affaires. Les restaurants et établissements de loisirs réduisent leurs horaires d’ouverture ou voilent leurs fenêtres de rideaux noirs pendant la journée. Les déjeuners d’affaires ont été remplacés par des repas de buka puasa (rupture de jeûne ou iftar). Mais auparavant, tous doivent souffrir dans les embouteillages records qui encombrent les rues au moment, juste avant le coucher du soleil, où chacun se presse de rentrer chez soi pour rompre le jeûne avec la famille”.
S’adaptant à cet horaire du ramadan,“les commerces, entreprises, bureaux et administrations organisent des soirées pour leurs collègues, leurs clients, leurs employés et leurs familles. Les affaires vont bon train et les relations d’affaires sont réaffirmées à l'occasion des réunions du buka puasa”.
A l’époque du ramadan, les embouteillages, qui compliquent une circulation déjà problématique à Djakarta, ne sont pas le seul problème. D’après Agung Yudhawiranata, “en vertu d’un étrange phénomène économique, les prix des aliments de base s’envolent, frappant durement les familles qui, après un bond des tarifs de l’électricité en juillet, ne peuvent plus se permettre d’acheter ces aliments”.
En Guinée, si l’essentiel des aspects spirituels et culturels du ramadan sont comme ceux des autres pays, ils sont néanmoins modulés par le contexte unique de ce pays.
Safiata Barry, adjointe à l’administration et aux finances du bureau de Conakry explique : “Ici, en Guinée, le ramadan est un mois très spécial où nous prions, nous jeûnons et passons du temps auprès de nos familles. Comme dans les autres pays musulmans, nous jeûnons toutes la journée, jusqu’à la prière du soir après le coucher du soleil”.
“Après la prière, famille et amis se réunissent pour rompre le jeûne. Traditionnellement, nous mangeons du riz accompagné de poulet, de viande ou de poisson avec des légumes, du fonio (céréale très appréciée en Afrique de l’ouest) et du gruau. Ensuite, nous nous asseyons pour bavarder et regarder la télévision – quand l’électricité marche”.
Safiata ajoute : “Pour le ramadan, les hommes envoient de l’argent et des noix de cola à leurs beaux-parents en signe de respect”.
Mais, comme la plupart de mes collègues qui font le ramadan, elle souligne que ce mois sacré signifie bien plus que le jeûne, la bonne chère et les présents : “Le ramadan me donne l’occasion de penser à ceux qui ont moins de chance. Je ressens vraiment la faim et peux donc comprendre ceux qui vivent tous les jours sans manger.”
###
* Juliette Schmidt est directrice adjointe du programme relatif aux relations islamo-occidentales de Search for Common Ground.