Mon approche est plus terre à terre qu'artistique, sans pour autant basculer dans une philosophie tirée d'un dictionnaire de citations tiré sur du papier tabac. Or, les questions, qui se sont toujours imposées d'elles mêmes dès mon premier jour d'apprentissage, méritent réflexion.
Les maudites questions sont très simples avec toute la terreur et l'angoisse qu'impliquent les choses simples. Voltaire n'a-t-il pas regretté de ne pas avoir eu le temps de faire simple !
Ces fameuses questions se résument au nombre de deux.
La première ne m'a jamais vraiment inquiétée, vu que sa réponse coule de source.
Que doit-on manger ?
Tout ce que vos moyens vous permettent.
La seconde est plus effrayante puisqu'elle inclue aussi le comment et le pourquoi ; pauvre Jojo, je n'oublierais jamais ses heures qui tuaient parfois à coup de pouvoir.
Comment manger tel produit et pourquoi ainsi ?
Je n'ai jamais réussi à trouver une réponse absolue à cette question, peut être quelques esquisses hésitantes, mais jamais de certitude, du fait de la nature même de la question éthérique et versatile.
Pourquoi prendre de notre temps pour préparer un repas tout en sachant que cuisiner est l'une des tâches les plus ingrates, à moins de le faire par amour du plaisir partagé ?
Ne dit-on pas que la cuisine est le premier pas vers le bonheur ?
Manger n'est pas si simple que cela paraît.
Je me demande souvent pourquoi j'apprécie tel ou tel produit ; pourquoi je l'aime comme ça et pas autrement ? Dois-je le comparer à un autre produit ou bien à lui-même mais apprêté différemment ?
A cause de ses questions qui, il faut le reconnaître, gâchent le plaisir, je me suis résolu à apprécier le moment gastronomique, qui d'ailleurs n'est pas sujet à la noblesse du produit mais à l'humeur de l'instant.
Depuis, j'ai commencé à saisir que le repas est une communion avec la nature.
Afin d'atteindre ce résultat, je me suis imposé de manger tout ce qui se présente à mon palais, sans préjugés ni idée préconçue. J'ai alors découvert que tout était bon, à la seule condition de savoir l'apprécier, spécialement quand on sait à quel goût s'attendre ; dans un sushi, il est déplacé de chercher le goût d'une tangia et ainsi de suite.
En général, un agriculteur qui sème du blé ne s'attendra pas, à moins d'une intervention divine, à récolter des prûnes.
Bref, le concept reste simple, il suffit de savoir à quoi s'attendre et le reste viendra de lui-même comme une bonne surprise.
Je veux dire pas cela que pour prétendre à un bon palais, il faut obligatoirement avoir une référence gustativo-olfactive extrêmement précise, ou du moins ; avec un minimum de flou artistique.
Dans la prochaine chronique, je tâcherais de me tenir aux caractères spécifiques de chaque repas, soit-il nourricier ou événementiel.