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Les Macarons du Ramadan Marrakchy


Habib Abouricha (eMarrakech) : Au risque de se voir taxer d'un manque de clarté, soulignons d'ores et déjà, qu'il s'agit ici de balancer la combinaison de saison qui mettrait en cohérence nos discours avec nos réalités locales.



Ghryeba
Ghryeba
Dans une précédente chronique (Marrakech Estivale : devoirs de vacances) on décryptait l'absence totale d'animation festivalière dans la Cité Rouge alors que ses multitudes de visiteurs estivaux tournaient en rond et que ses habitants comprenaient très mal comment de petites localités s'offraient des répliques modernes des moussems ancestraux. Sid El Mokhtar et Imintanout fournissent,en voisins,des exemples de réjouissances, qui font le bonheur des médias et de quelques pseudos organisateurs.

A peine la saison estivale a placé devant leurs flagrantes contradictions les élus, les élites et les professions ayant en partage la gestion et le développement de l'animation de la ville que pointe sidna Ramadan.

Alors qu'il fallait fixer à l'avance un programme instaurant une complicité durable entre la population autochtone et ses indispensables hôtes, nous voila, de nouveau interpellés par d'autre conduites qui se moquent de notre intelligence. Induscutablement la palme reviendrait à ce commerce « innocent » de la bonne bouteille qui affiche « Fermeture pour congés payés. Réouverture le Vendredi 27 octobre 2006 » Après quelle prière ? N'est-il pas simple de coller au Ramadan événementiel !

En clair pour « ces gens la » comme dirait le grand Jacques(Brel) on ne vit pas le Ramadan pareillement aux autres ; qui escamotent déjà l'été . Rien de plus aisé, en conséquence, de se plaindre de la bureaucratie , de la stagnation économique, de la corruption, de la prostitution… et j'en passe !

Heureusement que le génie populaire et les traditions locales, hautes en couleur, font du Ramadan le festival le plus extraordinaire du Royaume .De la place Jamâa El Fna aux carrefours achalandés des nouveaux quartiers,des promenades vespérales aux aurores des S'hour, mettant fin aux interminables mangeries nocturnes, les marrakchis se donnent en spectacle.

Spectacles de la rue, comédies en soi, concours de jeux de cartes qui font déplacer tout un monde « dart ou ma dart »
Prix d'énervements/ défoulements, défilés ininterrompus de vêtements beldi, réhabilitation de harira anciennes( genre illan ou dchicha )musique en solo pour gheita et neffar, sélection des meilleurs dattes ( avec l'invitée habituelle, degla de Tunisie ) et bien entendu, sans oublier au programme quotidien, le haloua chabbakia-sfouf sur presque toutes les tables.

Toute cette animation abracadabrante impose évidemment aux agents de la circulation, un accroissement considérable de tâches.Une approche non sécuritaire des manifestations du Ramadan ( mois de tolérance ! Par excellence ) se traduirait par une répartition raisonnable de macarons, ces sauf-conduits, laissez-passer, coupe files des temps modernes.Mais comment opposer des macarons auto-collants sur les voitures à cheval, les carrosses et autres cyclistes ?

Pour les puristes il conviendrait d'avoir recours à un autre genre de macaron beaucoup plus doux et apaisant .Arret image sur dico : si ce terme d'origine grecque n'apparaît en France qu'en 1552 en passant par l'Italie (macarone, macaroni) à Marrakech il remonte à la période almoravide. Ramené d'Andalousie avec le prince poète Ibn Abbad par le grand sultan Youssef ben Tachfine,le macaron se diffuse à travers n'zahat,ryads et jardins.Il s'acclimate.

Etranger « gharib » le macaron s'appelera ici , ghouryeba ou ghriba, ce gâteau sec, ovale ou rond , préparé à base de pâte d'amande, de blanc d'œuf, ... et de substances Kif Kif –hachich . Cela donne donc le macaron de Ramadan à Marrakech. Célèbre, grâce à ses effets de drogue douce, ce gâteau fait passer le Ramadan dans une joie discrète.

Les amateurs de la série Sex And City constateront avec délice l'attachement de son personnage aux macarons. Et si à Paris il y a un temps pour les macarons (après celui des cerises ) ne faudra-t-il pas profiter du 6ème FIFM qui reçoit l'Italie pour positionner notre ghriba-macaron. Les français, qui font remonter le secret du macaron à l'histoire italo-arabe ( avec arrêt séculaire en Sicile d'avant la maffia ) devraient bien reconnaître qu'il s'agit d'une originalité marrakchya avec ses développements festifs durant le ramadan .Si cela enclenche un mouvement en faveur de notre ghriba ,cette Chronique, plus ou moins macaronique, aura apporté sa modeste contribution à l'animation Ramadaniénne de la Cité Rouge.

Passez le plateau aux fins gourmets SVP.

Habib Abouricha - eMarrakech
Lundi 09 Octobre 2006


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